lundi 14 octobre 2019 21:54:51

Evocation : Du fondement culturel de la personnalité algérienne

On a souvent prétendu, ici et là, que le passé de notre pays se résumait à une suite d’échecs. Certes, le peuple algérien fut battu, décimé, spolié par la colonisation française.

PUBLIE LE : 15-04-2019 | 23:00
D.R

On a souvent prétendu, ici et là, que le passé de notre pays se résumait à une suite d’échecs. Certes, le peuple algérien fut battu, décimé, spolié par la colonisation française. Eperdu, dos au mur, il se réfugia d’abord dans des citadelles inviolables : sa foi, ses traditions orales et ses langues parlées.

Toutefois il s’y réfugia, non point pour y cultiver la résignation, mais pour reprendre un jour, sur un autre terrain, avec des moyens nouveaux, dans une situation favorable, cette contre-offensive que le général en chef de l’armée algérienne n’a pas su déclencher à Staouéli vers la mi-juin de l’année 1830. Sur ces entrefaites, on retiendra que la marche de l’histoire a tout de même fini par triompher. Et cette longue marche, qui a commencé à l’aube de l’humanité, a fait que de nos jours, en dépit de l’extrême jeunesse de sa population et d’une indépendance relativement récente (près de 60 ans), l’Algérie a une longue, très longue histoire inscrite dans celle du Bassin méditerranéen. Sous cet angle donc, il est indéniable qu’elle a reçu, mais elle a aussi exercé des influences.  Mais parce que l’historicité de la réalité algérienne d’aujourd’hui ne se limite pas à arguer seulement que c’est un territoire indépendant et souverain depuis 1962, ne fallait-il pas être, un tant soi peu, conséquent et, par-là même, aller plus loin dans le travail d’objectivisation des faits historiques enseignés ou relatés, en tout cas plus loin que leur simple rappel condensé dans une laconique et froide chronologie à peine esquissée dans les manuels scolaires ? Ne fallait-il pas également expliquer comment, au terme d’un cheminement opiniâtre, multiséculaire, l’Algérie d’aujourd’hui voit son unité fortifiée par un brassage continu qui trouve, au niveau de ses populations, un argument décisif dans la conscience berbéro-arabo-musulmane ?

Le fondement de l’unité nationale n’est rien d’autre que la diversité initiale

Ne fallait-il pas enfin expliciter qu’une telle unification n’enlève rien à des composantes caractérielles constantes qui font la richesse avérée de la personnalité de l’Algérien d’aujourd’hui ? Que de la sorte, ce qui est nouveau, c’est que ces composantes, en vertu du brassage ci-dessus évoqué, se tressent entre elles et témoignent, à l’évidence, de ce que le fondement de l’unité nationale n’est rien d’autre que la diversité initiale, endogène, paradoxalement perçue trop souvent à tort pour engendrer et/ou justifier les préjugés, l’intolérance, les tensions, voire la violence prosélyte ?
Pourtant, l’observation attentive du tempérament algérien, en même temps qu’elle dévoile une personnalité modifiée par le combat, par la modernité et leurs contenus respectifs, révèle qu’éminemment affleure, selon les circonstances et les lieux, l’une ou l’autre des vocations venues des âges les plus reculés : vocation maritime, punique dirions-nous, de l’homme habile, courageux mais prudent, qui tire sa subsistance du commerce maritime et y a pris le goût des échanges. Vocation montagnarde de l’homme rivé au sol, âpre au travail sans lequel rien n’est donné, réaliste et en puissance déjà, nationaliste. Vocation saharienne de l’homme du désert, inlassable contemplateur d’étoiles, méditatif et habile à concevoir l’infini, frère des hauts mystiques, homme grâce auquel le rêve peut féconder la froide réalité.

Les Algériens devront  trouver un langage conforme  à la métamorphose  de leur société

Mer, montagne, désert : c’est sans doute ici, dans des modes de vie différents les uns des autres parce que façonnés par le milieu naturel, qu’il aurait fallu parler d’entité spécifiquement algérienne, ou, pour tout dire, d’algérianité au sens moderne de ce terme-concept. Car ces hommes complexes, qui ne sont ni redevenus des «Arabes» d’avant la conquête, ni devenus, par l’exemple du colonisateur français, des pseudo-Européens, transpirent sans cesse, dans leur personnalité, d’une originalité profonde, prometteuse. Finalement, dans la mutation de la personnalité algérienne, pour son modelage, dans son amalgame, ils n’ont rien rejeté ; rien, sinon l’aliénation du colonisé.  De fait, une communication diffusée au cours du premier Festival panafricain d’Alger, en 1969, se terminait par ces mots qui sonnent encore comme une réponse idoine à toutes les questions jusque là informulées, ou demeurées pendantes : «Les Algériens devront trouver un langage propre à leur public et conforme à la métamorphose incessante de leur être et de leur société». Réponse idoine, disions-nous... C’était en 1969. Autant dire il y a de cela un demi-siècle environ.  C’est dire, en définitive, toute l’ambiguïté des faux problèmes sciemment entretenus à ce jour et à dessein par de faux patriotes, de faux dévots, hélas de plus en plus nombreux, qui est là servie. Ambigüité qui, de triste évidence, n’est toujours pas levée, mais qui le sera, nous n’en doutons pas, tôt ou tard, en tout cas le jour où l’Algérie redeviendra elle-même, dans toute son authenticité et s’acceptera telle quelle, au grand bonheur de ses enfants.
Kamel Bouslama 
 

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