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Notre Forum, M. Chitour : « L’Algérie a besoin de transparence et de compétences »

« Un jour, on fera des thèses de recherche sur les manifestations du 22 février »

PUBLIE LE : 14-04-2019 | 23:00
D.R

«Pour assurer la continuité de l’État, il faut aller vers la création d’un conseil de sages composé de personnes propres et non impliquées dans le système, et qui auront pour seule mission de servir le pays», a déclaré, hier, le professeur Chems Eddine Chitour, professeur émérite à l'École Polytechnique d'Alger, lors de son passage à notre Forum.

Tout en se disant optimiste pour la mobilisation pacifique du peuple algérien, Pr Chitour dit que l’impératif aujourd’hui, c’est que l’Algérie doive rester debout. «Toute l'intelligence consistera à être en éveil et à déjouer les complots, à faire de cette Révolution un réel nouveau départ d'une République démocratique où compte la seule valeur ajoutée de chacun à l'édification de l'État de droit», dit-il.
 Pour notre invité, la solution à la crise ne doit pas rester confinée dans la seule application constitution. «Pourquoi rester bloqué  sur la mise en œuvre de l’article 102, au moment où des solutions politiques existent et pourraient nous sortir de cette impasse ?» s’interroge Pr Chitour.
L’expert estime que l’impératif aujourd’hui est de maintenir l’Algérie debout, et, pour cela, il faut écouter le peuple et répondre - ses revendications. «C’est ce peuple qui vaincu le colonisateur, c’est ce peuple qui a résisté au terrorisme et c’est aujourd’hui à ce peuple de changer la donne», affirme Pr Chitour, qui trouve qu’«il n’est pas normal que ce système reste entêté pour se maintenir au pouvoir, et rater cette opportunité d’aller vers une alternance du pouvoir, comme il n’est pas normal que les institutions de l’État arrêtent de travailler, parce que les citoyens protestent par des grèves, faisons comme les Japonais, protestons avec des brassards, mais continuons à travailler !» L’invité de notre Forum estime que «nous n'avons pas encore évalué à sa juste dimension, l'immensité de la tâche qui nous attend. Nous sommes une économie de rente. Nos finances sont dans le rouge et nous n’arrivons pas à mettre en place une transition énergétique. Nous n'avons pas de temps à perdre concernant la mise en place d'une stratégie énergétique qui nous permette d'éviter de brûler ce qui reste de gaz et de pétrole. Il faut savoir qu'un rapide calcul nous révèle qu’on a fait perdre au pays depuis 20 ans au moins 100 milliards de m3 de gaz, faute de ne pas avoir mis en place un plan énergie renouvelable».

 « La Constitution n’est pas le Coran »

 Quelles solutions préconise Pr Chitour, pour sortir de cette crise ? «La lecture littérale de la Constitution nous conduit vers une impasse, nous répond notre invité. Cette constitution a été malmenée plusieurs fois. La situation actuelle me paraît dangereuse si elle venait à perdurer ! Mon sentiment est qu'il faille sortir de ce dilemme : ou on respecte la Constitution et le peuple se voit imposer des personnalités, avec tout ce que cela comporte comme perpétuation de l'ordre ancien qui a tant fait mal au pays ou, par contre, on sort du cadre constitutionnel et on respecte le peuple et son choix de tourner le dos au passé. Le choix est clair ! Si cette constitution risque de plonger notre pays dans le chao, je démolirai cette constitution ! Nous devons alors trouver rapidement les voies et moyens de pallier l'apesanteur des institutions en plébiscitant des personnalités, car il ne suffit pas de dire non au système, il faut, et c'est le moment, faire en sorte qu'on ne perde plus de temps, tout mettre en œuvre pour aller vers une solution, quand bien même elle ne serait pas optimale, mais elle permettrait de sauver cette belle révolution. Le futur président aura la charge d'ouvrir le chantier de l'élaboration d'une nouvelle Constitution.»
Pr Chitour cite le nom de plusieurs personnalités nationales qui pourraient gérer cette transition, à l’exemple de Messieurs Benbitour, Hamrouche, Sifi et Zeroual. Pour notre invité, «il est impossible d’organiser des élections propres dans les conditions actuelles, comme il est impossible de préparer ces élections en seulement trois mois. Pourquoi ne pas organiser ces élections le 1er novembre, quelle symbolique ce sera !» Notre invité estime que «le monde nous regarde, il ne nous attendra pas. Il faut faire vite et bien. il faut aller vers le XXIe siècle dans le calme, la sérénité et la non-violence, pour donner une utopie à cette jeunesse». «Cette belle révolution doit montrer à la face du monde que les Algériennes et Algériens ont décidé d'être acteurs de leur destin. Veillons à éviter les provocations et les récupérations malsaines. Les Algériennes et les Algériens seraient reconnaissants à tous ceux qui leur indiqueraient le chemin de l'effort», ajoute Pr Chitour, qui considère que l’Armée nationale populaire a les moyens d’accompagner la population de manière raisonnable et sereine. «L’ANP , aujourd’hui, a des universitaires et intellectuels en son sein. En plus de la protection du pays, notre armée ne doit pas inférer, mais approcher les points de vue, car plus vite on sort de cette situation, plus vite on évitera l’ingérence étrangère. On a aujourd’hui besoin de nous réconcilier les uns avec les autres, essayons, aussi bien du côté de l’ANP, de la population et de l’opposition, de faire l’effort pour avoir une solution de convergence et ne pas pousser les gens à l’extrême et pourrir cette belle révolution !» dit notre invité, qui considère qu’on ne peut pas continuer a travailler contre le peuple.
Sur un autre chapitre, l’expert a estimé que la légitimité, aujourd’hui, est celle du savoir. «Malheureusement, chez nous, l'école a été un échec, car les ministres qui se sont succédé ont procédé à des réformettes sans s'attaquer au problème de fond qui est celui de la modernité, de la rationalité. Le combat est celui de mettre du rationnel dans les enseignements en développant à marche forcée les mathématiques, les sciences, l'ouverture sur l'universel. Le bac math et la technologie, c'est 2% des effectifs en Algérie. Voilà le constat. Il faut bien l'avouer, le système éducatif a été pour ces jeunes un échec. L’Éducation nationale est une machine à fabriquer des perdants de la vie, elle n'a pas été un ascenseur social. L'enseignement supérieur souffre des mêmes travers, là aussi il est important de le réhabiliter. Le vrai combat, c'est celui qui consiste à aller vers le savoir rationnel. Cette économie de la connaissance qui double tous les deux ans. C'est le seul combat qui vaut la peine d'être mené», a enfin estimé l’invité du Forum d’El Moudjahid.
Farida Larbi

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« Un jour, on fera des thèses de recherche sur les manifestations du 22 février »

Le professeur émérite à l’École Polytechnique d’Alger, Chems Eddine Chitour, a estimé que «les académiciens seront appelés, à l’avenir, à faire des thèses de recherche sur ces manifestations populaires pacifiques déclenchées depuis le 22 février dernier». Lors de son évocation de diverses questions politiques, économiques et sociales en Algérie, le Pr Chitour a mis en exergue que les manifestations pacifiques ont donné une nouvelle image sur l’Algérie, «c’est pourquoi les ONG internationales sont appelées à retirer l’Algérie de leur liste noire».
D’autant plus que les manifestations pacifiques ne donnent pas une assurance aux investisseurs économiques étrangers, en affirmant que l’Algérien n’est pas le prototype agressif montré par les médias dans les évènements politiques.
Dans le même sens, les manifestations chaque vendredi ont donné une bonne réputation aux Algériens établis à l’étranger, précisant que «l’Algérien, étudiant et fonctionnaire, devient plus respecté au sein de la société étrangère».
Après avoir rappelé que la révolution algérienne (1er Novembre 1954) est étudiée dans les différentes universités internationales, Pr Chitour a estimé que les manifestations du 22 février feront ainsi l’objet de thèses de recherche, car ces dernières ont très agréablement surpris l’opinion publique mondiale.
M. Chitour a mis en garde le système contre sa politique qui tend à faire la sourde oreille envers les revendications du peuple, car celle-ci pourrait mener à l’extrémisme et à la violence.
H. Hichem

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