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Notre forum : La légalité, meilleure pour tous

«il existe plusieurs articles de la Loi fondamentale en mesure de contenir la situation actuelle et qui permettent de préparer la prochaine étape en toute légitimité et d’organiser l’élection présidentielle de manière ordinaire».

PUBLIE LE : 23-03-2019 | 23:00
D.R
Des experts en économie et en droit constitutionnel : « Il faut faire les choses de manière graduelle, pour ne pas tomber dans une impasse politique. »
 
«La façon la plus civilisée de régler la crise politique que traverse actuellement notre pays est de passer à un dialogue national inclusif. De même que la dissolution ou la transformation de toutes les lois et institutions de l’État constitue plus un danger qu’une solution», affirme Mme Fatiha Benabbou, spécialiste en droit constitutionnel, en réponse à la question de savoir comment peut-on aller vers une transition douce. 
 
Invitée à notre Forum, au même titre que M. Smaïl Lalmas, expert économiste, pour nous donner leur vision d’experts sur la situation actuelle, Mme Benabbou considère qu’il est impératif d’avoir «des réponses et des instruments juridiques, pour éviter le blocage des institutions». Pour notre invitée, «il existe plusieurs articles de la Loi fondamentale en mesure de contenir la situation actuelle et qui permettent de préparer la prochaine étape en toute légitimité et d’organiser l’élection présidentielle de manière ordinaire». La constitutionaliste estime que c’est le suffrage universel qui confère la légitimité, et, par conséquent, le président Bouteflika doit «impérativement revenir aux textes de la Constitution et organiser une élection présidentielle avant la fin de son mandat, car, si après cette date, il restait en poste, il continuerait donc à assurer les affaires courantes de l’État et deviendrait alors un président anticonstitutionnel». Mme Benabbou évoque, en cas de la persistance du maintien du report des élections, le risque «d’entrer dans une impasse politique aux conséquences très graves, où les institutions algériennes se retrouveraient dans un cadre extraconstitutionnel». Notre invitée estime cependant que «l’élection  présidentielle peut être organisée à court terme», mettant en relief le fait inaliénable que «le peuple est source de tous les pouvoirs». 
 
Comment l’Algérie peut-elle sortir de cette impasse constitutionnelle ?
 
Mme Benabbou dit que «plusieurs scénarios sont envisageables : le premier serait l’application de l’article 102 de la Constitution qui permet de révoquer le Président, pour raisons médicales. Cette décision relève du Conseil constitutionnel qui doit constater par tous les moyens, notamment médical, la vacance du pouvoir. Dans ce cas, le président du Conseil de la nation (la chambre haute du parlement algérien), Abdelkader Bensalah, serait nommé président par intérim pendant 90 jours. Il aurait la charge d’organiser une nouvelle élection présidentielle, à l’issue de la période transitoire. Autre possibilité : Abdelaziz Bouteflika décide de démissionner de son propre gré. Il serait aussi remplacé par le président du Conseil de la nation pour une durée de trois mois. Sa seule mission serait de gérer les affaires courantes jusqu’à l’élection d’un nouveau président de la République. Cela sauverait vraiment l’Algérie d’un vide constitutionnel et d’une crise institutionnelle», note Fatiha Benabbou. Et si Abdelaziz Bouteflika restait à son poste après le 28 avril ? «L’édifice constitutionnel se retrouverait fortement ébranlé entre un président inconstitutionnel, d’un côté, et un parlement algérien très largement discrédité en raison de cette gouvernance très présidentialiste», commente Fatiha Benabbou. La seule solution serait, selon elle, de s’appuyer sur «l’armée, seule entité légitime pour assurer la sécurité de l’Algérie, et ce n’est pas une très bonne solution» a-t-elle toutefois estimé. Pour éviter de tomber dans ce cas de figure, elle appelle à «rétablir la légalité des institutions, en évitant d’entrer dans une période transitoire qui fragiliserait l’État algérien». 
 
Par ces manifestations, le peuple a retrouvé sa dignité
 
Pour sa part, M. Smaïl Lalmas se veut être plus pragmatique, tout en appuyant le retour vers la légalité et tout en prédisant que les manifestants pourraient refuser que le président du Conseil de la nation puisse gérer cette période de transition. Il propose de «désigner un autre sénateur sur lequel le consensus sera établi pour mener cette transition, tout en restant dans la légalité de la Loi fondamentale». Notre invité dit que «le peuple des miracles a surpris tout le monde, politiciens, opposants et analystes compris, dans le fond des revendications comme dans la forme des manifestations. Le peuple a retrouvé sa dignité». L’expert ajoute qu’«il faut profiter de cette dynamique, pour mettre en place un nouveau modèle politique et économique». Pour lui, les marches des Algériens constituent «une belle image de civisme et de maturité», et que «cette belle dynamique, il ne faut pas la casser». 
Notre invité estime qu’il faut trouver, dans les plus brefs délais, des solutions et des réponses aux revendications de ceux qui sortent dans la rue, car «c’est une opportunité à ne pas rater». M. Lalmas regrette que certaines personnalités soient refoulées et huées dans la rue, et considère qu’il s’agit là d’un mouvement populaire qui appartient à tous les Algériens. À la question de savoir quelles sont les mesures les plus urgentes à prendre actuellement, l’expert répond que sur la situation économique, par exemple, l’urgence est là depuis plusieurs années, car notre situation économique est dramatique. 
«Nous n’avons plus d’économie et nous n’avons plus de gouvernance économique, et toutes les mesures prises étaient des leurres», dit-il. Pour M. Lalmas, «si l’on pouvait exploiter cette dynamique et cette énergie exprimée par les jeunes dans la rue, on pourrait créer des miracles, car ce peuple est prêt à porter un projet sérieux et démocratique». 
Farida Larbi 
 
 
M. Lalmas : « ne pas faire la sourde oreille »
 
Évoquant l’impact de cette crise politique sur les relations internationales, l’expert en économie, M. Smaïl Lalmas, a estimé qu’il «n’est pas facile» de réviser les accords internationaux avec les partenaires économiques étrangers, indiquant que «généralement, les accords se font entre Présidents et à longue durée». 
S’agissant de la visite du vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, aux grandes capitales du monde (Rome, Moscou, Berlin et Pékin), M. Lalmas a estimé que cette «visite n’aura aucune répercussion d’apaisement» sur la rue algérienne. Dans ce cadre, M. Lalmas a précisé que «le monde a compris qu’il est impossible de sous-estimer les revendications du peuple, dont le nombre de manifestants ne fait que s’amplifier de semaine en semaine». Il déplore, dans ce contexte, le fait que «des agences de presse étrangères aient annoncé un nombre très approximatif des manifestants algériens qui sont sortis dans la rue». Concernant l’arrêt du métro au moment des manifestations et de certains transports en commun, l’expert en économie a exprimé son mécontentement sur cette politique qui «retarde» le déplacement de la clientèle et des abonnés, d’autant plus que sa fermeture temporaire a des «répercussions économiques négatives» sur le rendement financier de la société des transports.
H. Hamza
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