lundi 27 mai 2019 15:26:24

Conférence nationale inclusive et indépendante avant la fin de l’année : Le gouvernement, facilitateur et non pas organisateur

Intervenant hier à la radio Chaîne 3, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a qualifié d’entrée «d’historique» le dernier message du Président Abdelaziz Bouteflika.

PUBLIE LE : 14-03-2019 | 0:00
D.R

Intervenant hier à la radio Chaîne 3, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a qualifié d’entrée «d’historique» le dernier message du Président Abdelaziz  Bouteflika.

Il considère que par ce message, «le Président de la République a répondu aux appels pressants de grandes franges de la société qui se sont exprimées pacifiquement à travers des marches populaires dans la capitale comme dans le reste du pays». Il a assure ainsi que M. Bouteflika a «reçu le message de ses compatriotes», soulignant que la première réponse du Chef de l’Etat a été celle du 3 mars où «il a exposé une démarche susceptible d’aider la société algérienne à se réunir autour d’une solution consensuelle, celle d’une conférence nationale inclusive indépendante qui répondrait à  un besoin ressenti par beaucoup d’acteurs politiques sur la scène nationale. Un besoin de concevoir, de formuler et d’adopter des réformes de nature constitutionnelle, de modifier également la loi électorale afin que la prochaine élection présidentielle puisse se dérouler dans un cadre juridique rénové». M. Lamamra atteste ainsi que «les appels qui ont été lancés par ceux, de plus en plus nombreux à participer aux marches populaires, ont été entendus par le Président de la République qui a décidé de ne pas organiser la présidentielle du 18 avril et d’avancer la tenue de la conférence nationale afin que les Algériennes et les Algériens puissent se réunir en discussion ouverte et approfondie sur l’avenir de la Nation, l’avènement de la deuxième République et sur un nouveau système qui se construirait en lieu et place du système qui a marqué la vie de la Nation algérienne depuis l’ indépendance». Il tiendra,  toutefois, à préciser que «le Président ne propose pas de faire lui-même cette nouvelle Constitution ou d’adopter lui-même cette nouvelle plate-forme». «Contrairement à d’autres candidats qui exposaient, naturellement, au peuple algérien les idées et objectifs qu’ils s’assignaient, le Président Bouteflika a décidé que le moment était venu de donner la parole au peuple et de ne pas lui exposer un nouveau programme», explique-t-il, non sans citer les programmes antérieurs initiés par le Chef de l’Etat. «L’aspiration profonde étant le changement du système, M. Bouteflika a donc priorisé l’option de la conférence nationale pour y parvenir, avec la participation de tous à cette finalité», a-t-il encore indiqué.

Le Parlement ne sera pas dissous

A une question relative au report de l’élection présidentielle, l’invité de la Radio a d’abord mis en avant le fait que l’Algérie «assume pour elle-même, pour le voisinage et pour la communauté internationale des responsabilités concernant la  sécurité, le développement et la stabilité de la région, il est donc important que l’évolution vers la nouvelle ère soit préparée dans la stabilité avec la possibilité qui est offerte aux forces vives de la Nation d’y participer». M. Lamamra fera savoir que c’est «au nom de la permanence de l’Etat, de la légitimité que le Président tient du suffrage populaire, et aussi pour se prémunir de tout risque où difficulté qui viendrait compliquer plutôt que faciliter cette phase de conduite de réformes que, tout naturellement, le Président Bouteflika, dans son adresse à la Nation, a indiqué que toute les institutions, y compris la Présidence de la République, continueront à fonctionner normalement jusqu'à ce que peuple ait choisi librement son successeur». «Il n’y aura pas de vide à aucun niveau, y compris le Parlement», a-t-il également assuré, ce qui met un terme aux rumeurs évoquant la dissolution de l’APN et du Conseil de la nation. Il ajoutera que dans l’objectif de voir la conférence nationale véritablement appropriée par la Nation, le Président Bouteflika souhaite que les forces politiques, les personnalités et tous ses compatriotes puissent enrichir «le plan de travail qu’il a proposé aux cœurs et aux consciences» des Algériens. Il a tenu par ailleurs à clarifier le propos de  M. Bouteflika où il a soutenu, dans son dernier message, qu’il n’avait jamais été question pour lui d’un cinquième mandat, indiquant que le Chef de l’Etat, dans le cas où il était élu, ne resterait pas à la tête de l’Etat tout un quinquennat mais juste «le laps de temps nécessaire à l’accomplissement de la mission de la conférence nationale. Quant aux dispositions légales  sur lesquelles s’appuie le report de la présidentielle M. Lamamra tiendra à préciser qu’«il peut y avoir de choses qui ne sont pas expressément formulées, de la manière dont certains juristes voudraient le voir», mais «le droit qui est un produit social ne peut que favoriser les retrouvailles plutôt que de bâtir des murs entre les compatriotes qui aspirent à se projeter ensemble». «Il ne faut pas voir le droit comme obstacle» a soutenu le vice-Premier ministre, rappelant la décision du Président Liamine Zeroual d’écourter son mandat en 1998, une procédure qui n’était pas prévue par la Constitution de l’époque. «La stabilité passe avant tout. Si la patrie perd, personne ne gagne», a-t-il dit.  
 
Nouveau gouvernement de Bedoui : de nouveaux visages,  des femmes et des jeunes 

«Le Président de la République a souhaité un renouvellement substantiel du gouvernement», a rappelé par ailleurs le vice-Premier  ministre qui annonce le départ d’un certain nombre de ministres et leur remplacement par de nouveaux visages, des femmes et des jeunes. Il a fait savoir que la participation de l'opposition et de la société civile était «souhaitable», précisant qu’il sera plus facile à l’opposition d’intégrer le gouvernement, «une fois qu’elle aura participé à la nouvelle Constitution». Des contacts  avec l’opposition ?  M. Lamamra  répond qu’il «n’y a pas encore de tractations, mais des invités, des appels à manifestation d’intérêt». «L’opposition est cordialement invitée» à siéger dans  le nouveau  gouvernement, assure t-il. «Un certain nombre de ministres vont partir, mais cela  ne veut pas dire qu’ils ont failli. Ce sera une rotation pour permettre à la société de voir de nouveaux visages», a-t-il expliqué.  «Des changements substantiels seront apportés à la composante du gouvernement qui ne se contentera pas d’expédier les affaires courantes mais qui aura à prendre des décisions importante, notamment dans le domaine économique», a-t-il révélé. Dans le même contexte, M. Lamamra a assuré que le futur gouvernement, sous la conduite du Premier ministre, Noureddine Bedoui, ouvrira les canaux de communication et cherchera à convaincre, car, a-t-il dit, «il s'agit d’un  gouvernement qui a une obligation de résultats». «Il faut aller vers les citoyens, les forces politiques et toutes les personnes qui ont un potentiel pour pouvoir influencer le cours des évènements». Il mettra également l’accent sur le fait que ce même gouvernement «n'est pas l’organisateur de la conférence nationale   inclusive et indépendante et qu’il «souhaite   être un facilitateur».

Conférence  nationale : hormis les constantes nationales, tout est discutable  

 C’est après l’installation de ce nouveau gouvernement que les consultations vont commencer pour définir les formes, les modalités et le rythme de la transition vers un nouveau système, a ajouté le vice-Premier ministre. «Il va y avoir des consultations entre les partis et autres organisations liées à la mouvance présidentielle, un autre bloc composé de l’opposition au-delà de l’opposition représentée au parlement et un troisième bloc qui est, à mon avis, la société civile dans l’acceptation la plus large du terme», a-t-il ajouté. «Le Président de la   République avait indiqué que la Constitution qui sera élaborée par cette Conférence ne devrait pas toucher le caractère républicain et démocratique de l’Algérie ainsi que les trois composantes de son identité (islam, arabité et amazighité), tout le reste étant discutable», a-t-il rappelé.  «Il faudrait veiller, poursuit-il, à ce que cette Conférence reflète les différentes composantes de la société algérienne, notamment les jeunes et les femmes», expliquant que les consultations qui seront menées avant la Conférence aux niveaux national et régional et avec la communauté algérienne établie à l’étranger «permettront de dégager le mode  d'organisation des travaux». «Des partis politiques avaient demandé par le passé la mise en place d’une  Assemblée constituante et je suis tenté de dire qu’il s’agit de la part du Président Bouteflika d’une réponse à cette attente des partis politiques», a-t-il rappelé, expliquant que «la différence entre une Assemblée constituante et la Conférence nationale c'est que la première est constituée de délégués élus avec un mandat spécifique, à savoir l’élaboration d’une Constitution alors que les participants à la Conférence nationale devraient ne pas être élus mais issus de consultations qui permettraient cette représentation que le Président Bouteflika veut équitable». M. Lamamra a  souligné que la Conférence qui se tiendra avant fin 2019, fixera la date de l'élection présidentielle «et une fois cette  élection organisée, le Président Abdelaziz Bouteflika remettra formellement et solennellement les clés du Palais d'El Mouradia à son successeur élu librement par le peuple». Pour ce qui est de l'organisation de l'élection présidentielle, il a indiqué qu'après la dissolution de la Haute instance indépendante de surveillance des élections, une Commission électorale indépendante sera créée et sera compétente sur tout le processus électoral alors que le ministère de l'Intérieur aura juste un rôle technique et administratif, d'appoint et de soutien à cette nouvelle commission.        

M. Lamamra écarte la reproduction du scénario syrien

M. Lamamra qui salue les mobilisations populaires pacifiques appelle, à cette occasion, les Algériens à saisir cette opportunité pour réaliser «ensemble le changement». «Nous sommes, affirme-t-il, admiratifs devant cette capacité d’organisation et cette maîtrise extraordinaire. La principale réalisation de Bouteflika, c’est cette jeunesse, c’est un capital précieux pour la nation algérienne», s’est-il félicité. Le vice-Premier ministre écarte la reproduction des scénarios syrien et libyen en Algérie, il appelle, toutefois, à «veiller à la préservation de la patrie». «Le pire n’est jamais sûr, nous sommes optimistes, il faut faire le maximum pour ce grand contrat social que nous sommes en train de renouveler». «Il faut être responsable, mais il ne faut pas s’inquiéter. Nous sommes l’Algérie, nous avons notre histoire, notre peuple. La Syrie et la Libye ont fait des erreurs que nous ne faisons pas, que nous ne ferons pas».
A une question sur sa nomination au poste de vice-Premier ministre que certains ont considéré comme celui de vice-président, il a indiqué qu'il n'était pas vice-président de la République, «un poste qui ne peut exister que par la Constitution». Interrogé sur l’interview accordée à RFI juste après sa nomination au poste de vice-Premier ministre, il a expliqué que RFI est «le média par excellence qui permet de communiquer avec l'Afrique qui est notre profondeur naturelle et stratégique», affirmant que l'Algérie «est  importante pour ce continent». 
     Karim Aoudia
 

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