mardi 26 mars 2019 10:29:21

Vente-dédicace , dernier souverain d’El-Djazaïr : Le Dey Hussein revisité

Mohamed Balhi à El Moudjahid : « Un homme propre »

PUBLIE LE : 11-03-2019 | 0:00
Ph. Wafa

C’est au niveau de la Librairie générale d’El-Biar, que le journaliste Mohamed Balhi a signé, samedi dernier, son dernier livre, le Dey Hussein, dernier souverain d’El-Djazaïr 1818-1830. Une œuvre d’envergure historique, où son auteur restitue le parcours du dernier dey de la régence d’Alger.

Publié par Anep éditions, cet ouvrage de plus de 200 pages, signé Mohamed Balhi, a paru en 2018 à l’occasion de la 23e édition du salon international du livre (SILA). A travers ses pages, l’auteur a essayé de nous dessiner, du mieux qu’il pouvait, le portrait du dey Hussein, «étant donné que les archives ottomanes ne sont pas toutes accessibles aux chercheurs qui s’intéressent à une période qui a quand même duré trois siècles», a-t-il affirmé.
Il s’est mis dans le contexte géopolitique de l’époque, qui a vu apparaître l’émergence de puissances occidentales, comme les États-Unis d’Amérique, et l’affaiblissement puis l’effritement de l’Empire ottoman. Mohamed Balhi apporte de nouvelles pistes pour mieux appréhender les réels évènements de l’époque, sans reconduire ce qui a été produit par la littérature coloniale. Natif de Smyrne (Izmir), Hussein ibn Hassan est pourtant un personnage incontournable pour la compréhension de la fin de la période ottomane. Certes, l’Histoire n’a retenu que l’épisode du «coup de l’éventail» et le départ précipité des janissaires vers la Turquie, après le débarquement des troupes du général de Bourmont, le 14 juin 1830, à Sidi Fredj.
Durant la période ottomane, depuis l’arrivée des frères Barberousse, l’on entrevoit déjà les pourtours de l’Etat algérien, avec pour capitale Alger. Le dey Hussein, homme pieux et intègre, depuis son avènement, succédant à Ali Khodja, mort de la peste, avait réclamé à la France le remboursement des dettes qu’elle avait contractées depuis 1789. L’Algérie fournissait du blé aux différents rois et empereur de France. En guise de remboursement, la France déclara la guerre à la Régence et ce, depuis l’embargo qu’elle décréta en 1827.
Le dey avait résisté à sa manière et jusque même durant son exil forcé à Livourne, en Italie. Mohamed Balhi, références de première main à l’appui, apporte un éclairage important sur le dey Hussein et son entourage le plus proche. «Ce livre retrace le parcours du dey Hussein et la fin de l’époque ottomane qui a duré trois siècles», écrit Balhi sur la couverture du livre. Il relate  : «le 3 du mois de shawal de l’année 1242 de l’hégire (30 avril 1827) coïncidant avec la fête de l’Aïd, est une journée houleuse et déterminante pour l’Algérie. Deval, le consul de France, est au palais du dey, avec d’autres invités, pour présenter leurs vœux de fin de Ramadhan.
C’est la tradition. Le dey Hussein en profite pour aborder le non-paiement de la créance Bacri. Mécontent, il invite le consul à quitter les lieux. Celui-ci ne se lève pas. Alors le dey le touche avec son éventail et lui indique la sortie.»  «Les dettes contractées par la France n’ont jamais été remboursées. Un embargo est décrété contre l’Algérie qui durera jusqu’en 1830». Pourquoi la Régence d’Alger s’est écroulée ? Que sait-on exactement du dey Hussein, appelé à tort  «dey capitulard» ? Pourquoi El Djazaier a été colonisée, un rêve caressé depuis Napoléon ?
Sihem Oubraham

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Mohamed Balhi à El Moudjahid :  
« Un homme propre »

Qu’est-ce qui vous a incité à réaliser cette œuvre et pourquoi le dey Hussein ?
Parce qu’il n’existe pas un ouvrage sur le Dey Hussein, y compris par des historiens qui sont qualifiés. Parce qu’il a un vide et puis et il est intéressant de parler de ce personnage qui est le dernier souverain qui a régné durant 12 ans… c’était une performance. 

Pourquoi avez-vous choisi cette période du règne du dey Hussein ?
Votre question est pertinente ! J’ai choisi une séquence de la période ottomane qui a duré trois siècles pratiquement. Et il fallait œuvrer pour que ce dernier Dey, le dernier souverain de la région d’Alger (quoique le mot région ne soit pas approprié), soit connu par le grand public y compris par les historiens. Pourquoi il n’est pas connu, et surtout, dans l’imaginaire des algériens, il est considéré comme un traitre et un Dey capitulaire, ce qui est complètement faux. Vous allez le constater dans le livre, sur la base de documents de l’époque. on sait que le Dey Hussein a essayé de résister à sa manière de diverses façons. En premier lieu, il avait résisté, et ça selon l’historien Mostefa Lacheraf, pour faire en sorte que les militaires français de l’époque protègent les biens des algériens autochtones et surtout qu’ils accordent une grande importance à l’islam. Or, ça n’a pas été le cas parce qu’au lendemain de la signature du traité en 1830, l’armée coloniale n’avait pas respecté ce traité de capitulation. Déjà une première entorse, pratiquement, à la parole donnée. Autre élément, il a résisté durant 3 ans quand il était en exile à Livourne, en Italie, et lorsqu’il avait appris, du côté de Annaba, que les tributs de la région et les autochtones ont fait déguerpir l’armée française en 1831 après l’occupation de Annaba, donc cela l’a encouragé à ne pas baisser les bras et de résister. Mais il ne pouvait pas parce que c’était en 1830, et le contexte du haut politique de l’époque était en défaveur de l’Algérie avec l’émergence de grandes puissances comme les Etats-Unis, la France, l’Europe de manière générale, et l’écroulement de l’empire ottoman. Le Dey Hussein s’est retrouvé, pratiquement, seul et il ne pouvait pas recevoir de l’aide du Sultan du Maroc, ni du Bey de Tunis, ni du vice-Roi de l’Egypte, qui était un ami de la France, ni du Sultan ottoman, et cela a provoqué l’écroulement d’Alger d’abord en vingt jours. et après cinquante ans de résistance, l’Algérie était tombée entre les mains de l’armée française. Pourquoi, justement, l’Algérie a été colonisée ? et pourquoi le Dey a capitulé ? Quand on lit l’ouvrage de Hamdane Khoudja, qui était conseillé du Dey, baptisé «Le Miroir», de l’avis de tous les spécialistes (l’historien Mostefa Lacheraf), le Dey était un homme propre, il n’était pas corrompu, il était pieux, il était têtu. Alors ! Pourquoi il y avait un effritement de l’Etat algérien ?  C’est parce qu’à un moment donné, lorsque les ottomans sont arrivés, il y avait une sorte de consensus entre les notables, il y avait le grand Diwan et le petit Diwan. Ce dernier concernait les conseillers du Dey et le grand Diwan était pour les notables et les populations autochtones et les raïs qui donnaient leur avis. Mais avec le temps, le pouvoir était concentré uniquement chez le Dey, ce qui est une erreur parce que lorsqu’on dirige un pays, il faut écouter les autres. Le deuxième grief que l’on peut faire aussi à Dey Hussein c’est que les janissaires, à un moment donné durant la période ottomane, avaient une sorte de code; ils venaient tous de la Turquie. Et avec le temps, à partir du début du XIXe siècle, le corps des janissaires était perverti par des repris de justices, ce qui fait qu’à l’époque celle qui était considérée comme l’armée algérienne—même s’ils n’étaient pas nombreux— était de l’intérieur un corps pourris. Et puis sur le plan économique, la régence d’Alger vivait de la course (à ne pas confondre avec la piraterie, la course était l’économie de l’époque). à l’intérieur du pays, il y avait des insurrections qui commençaient à remettre en question l’ordre ottoman et ça a entrainé la chute de l’Algérie.

Justement, ça vous a pris combien de temps pour effectuer vos recherches afin d’écrire votre livre ?
Ça ne concerne pas que moi ! pour avoir les documents c’est très difficile, surtout pour la période ottomane. Pour consulter les archives, il faut connaitre le vieux turc. il y a des documents qui sont en arabe dialectal, des fois c’est incompréhensible, de l’avis même d’un historien comme Nasreddine Saidouni. Les archives sont éparpillées un peu partout; à Istanbul, en Italie, en Egypte, en France, en Espagne et chez les pays nordiques, notamment au Danemark. Parce qu’il y avait une très bonne proximité  entre le royaume du Danemark et la régence d’Alger. Donc pour réunir toutes les informations, cela demande du temps et surtout un travail d’équipe.
Propos recueillis par : S. O.
 

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