Crise politique, sécuritaire et humanitaire en RCA : Nœud gordien ?

Embourbée dans un conflit sanglant depuis un peu plus de six ans, la République de Centrafrique, que se partagent des groupes armés, peine à trouver le chemin de la paix, avec, en prime, plus d’un quart de déplacés sur une population globale de 4.5 millions d’habitants.
PUBLIE LE : 09-01-2019 | 23:00

Embourbée dans un conflit sanglant depuis un peu plus de six ans, la République de Centrafrique, que se partagent  des groupes armés, peine à trouver le chemin de la paix, avec, en prime, plus d’un quart de déplacés sur une population  globale de 4.5 millions d’habitants.

De hauts responsables des Nations unies, de l'Union africaine (UA) et de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) entament, depuis mardi, une visite à Bangui, pour «relancer» les négociations de paix menées par l'UA. Ces hauts responsables sont à Bangui «afin de relancer les efforts internationaux pour une paix durable dans le pays, à travers le dialogue entre le gouvernement et les groupes armés sous les auspices de l'Initiative de l'Union africaine», selon un communiqué de l'ONU. La médiation de l'UA a été lancée en juillet 2017 et soutenue par l'ONU, ainsi que par les principaux partenaires de la Centrafrique. Cette visite — à laquelle prennent part, notamment Jean-Pierre Lacroix, chef du département de maintien de la paix de l'ONU, et Smaïl Chergui, commissaire à la paix de l'UA — doit se prolonger jusqu'à aujourd’hui. C’est à l’est du pays que les choses se compliquent, avec une prise en otage par les groupes armés de populations entières. Ces hommes armés, hostiles à toute négociation avec les autorités, assurent avoir investi la ville de Bakouma pour combattre des hommes de l'Armée de résistance du seigneur (LRA), une rébellion ougandaise. Sur le terrain, la situation humanitaire est catastrophique dans cette ville riche en uranium qui a même réactivé les intérêts de certains puissances, notamment la France. Depuis le début des années 1960, année de la constitution de ce pays, la RCA n’a pas connu de gouvernement stable. Jeux d’alliance, conflits à répétition… les nombreuses ethnies ne cessent de se disputer le pouvoir. Les dirigeants sont, la plupart du temps, propulsés à la tête de l’État par des putschs successifs. Au début des années 2000, commence la crise militaro-politique qui dévore le pays encore aujourd’hui. Le 15 mars 2003, énième coup d’État, François Bozizé renverse le président Ange-Félix Patassé. À peine un an plus tard, un groupe rebelle déclenche la première guerre civile : l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), dirigée par Michel Djotodia, conteste l’accession de Bozizé à la présidence. Malgré des accords de paix signés en 2007, le conflit se poursuit. Djotodia revient à la tête de la Séléka (« alliance » en langue Sango), une coalition d’ethnies musulmanes originaires de Centrafrique, mais aussi du Tchad et du Soudan voisins. Le groupe rebelle accuse le président Bozizé de ne pas respecter ces accords, et lance une offensive le 10 décembre 2012 sur tout le territoire. La Séléka prend le pouvoir le 24 mars 2013, et Djotodia s’autoproclame président de la République, contraignant Bozizé à s’exiler au Cameroun. L’influence des Séléka déborde, et le président Djotodia annonce sa dissolution, le 13 septembre 2013, mais elle éclate en de multiples factions disséminées à travers le pays, refusant de se désarmer. Face aux exactions de la Séléka, émerge alors la mouvance anti-balaka. Ces milices d’auto-défense, constituées en majorité de paysans chrétiens ou animistes, commettent à leur tour des atrocités. Le pays plonge dans le chaos. Le 10 mai 2015, une dizaine de groupes armés ex-Séléka et anti-balaka signent un accord de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR), initié par la Minusca, la Mission des Nations unies en Centrafrique. Le président Faustin-Archange Touadéra, élu en février 2016, peine à faire appliquer ce programme de désarmement. Pas moins de quatorze groupes armés identifiés ont la mainmise sur la majeure partie du territoire. Sans le vouloir, le pays devient entre autres le terrain de jeux des grandes puissances. Français, Russes et Américains se disputent à distance chaque parcelle regorgeant de richesses. Désemparé face à cette crise militaro-politique, le président Touadéra accepte volontiers la main tendue par Moscou. En janvier 2018, la Russie envoie plus de six mille fusils d’assaut et des armes lourdes, ainsi qu’une mission de formation des Faca. Parmi les militaires russes déployés, une quarantaine d’hommes assurent la sécurité rapprochée du président centrafricain. Devant cette avancée des pions russes, les États-Unis annoncent en ce même mois de janvier vouloir investir près de 13 millions de dollars dans la formation des Faca (forces armées centrafricaines). La France a, quant à elle, annoncé un investissement de 24 millions d’euros et a récemment envoyé 1.400 fusils d’assaut. Environ 200 soldats français (contre 2. 000 à l’époque de Sangaris) sont encore présents dans ce pays.
M. T.
 


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