dimanche 16 dcembre 2018 12:45:11

M. Ali Ghanem, réalisateur et écrivain : « Il n’y a pas de stars dans mon dernier film »

Retour au douar est le tout dernier documentaire-fiction, dont Ali Ghanem, avec sa double casquette de réalisateur-écrivain, vient de terminer le tournage dans les Aurès.

PUBLIE LE : 06-12-2018 | 0:00
D.R

Retour au douar est le tout dernier documentaire-fiction, dont Ali Ghanem, avec sa double casquette de réalisateur-écrivain, vient de terminer le tournage dans les Aurès.

D’une durée de 1h 30mn, ce long métrage ­— sans stars —retrace le déchirement dû à leur double culture et, pour ainsi dire, à la «confrontation» à peine voilée entre deux contextes socio-économiques et culturels totalement différents que bon nombre d’Algériens ayant longtemps résidé à l’étranger —et y ayant forcément acquis d’autres habitudes— ressentent au moment de quitter le pays d’accueil pour retourner dans ce que le réalisateur entend par «douar», plutôt que «bled» ou «village», ce dont il s’expliquera un peu plus loin. C’est donc ce déchirement-là que le réalisateur Ali Ghanem a voulu «toucher du doigt» dans ce long-métrage pour montrer au spectateur combien le décalage est grand entre le lieu d’origine de ces petites gens, à savoir les Aurès, et le pays d’accueil, la France en premier lieu.
Pas de stars dans le film donc, et pour cause : il s’agit, pour le réalisateur,  d’Algériens lambda lesquels, parce qu’ils reviennent au terme de longues années d’exil dans leur douar de naissance et/ou de jeunesse, sont quelque part victimes des habitudes qu’ils ont fini par acquérir dans un quotidien appartenant à un autre contexte socioculturel. Pourquoi le douar ? Parce que pour Ali Ghanem, le douar, c’est un «symbole» ; parce que «la majorité des gens qui vivent à l’étranger viennent de là». Et puis, le mot «village», voire le mot «ville», sont relativement plus récents. Le mot «douar» donc, c’est, du moins, ce que les anciens résidents à l’étranger prononcent chaque fois qu’il s’agit d’évoquer la localité d’origine.  Film-symbole donc, mûrement «réfléchi», selon le réalisateur, pour qui «ce long-métrage sort carrément des sentiers battus». Autrement dit, rien à voir avec la thématique ambiante, pour lui largement éculée, celle qui a trait précisément à des sujets récurrents, tels le racisme et l’islamophobie. «Ici, il ne s’agit pas de racisme», renchérit Ali Ghanem, car cette doctrine est surtout due à l’ignorance de ceux qui la pratiquent». Non, pour le réalisateur, «il s’agit plutôt de situations où ses personnages sont confrontés à de multiples contraintes de divers ordres, dont leur double culture, et par voie de conséquence, se trouvent, à un moment particulier de leur vie, confrontés à leur propre destin».

« Toi, tu n’es pas comme les autres… »
 
Du fait aussi qu’entre-temps, selon notre réalisateur, «les choses ont profondément évolué, voire carrément changé en France, pour ne citer que ce pays d’accueil ; et que si certains de ses personnages disent quelque fois être victimes du racisme, c’est que, dans la plupart des cas, ils sont aussi victimes collatérales de ceux qui, au sein même de la communauté, sont censés être «responsables d’eux-mêmes» lorsqu’ils agissent souvent de sorte à ce que le discrédit soit jeté sur toute la communauté, laquelle n’a pourtant rien à voir avec leurs actes répréhensibles au regard de la loi».  Ali Ghanem estime ainsi ne pas se sentir «concerné» de trop près par ce genre de situations, dans la mesure où, affirmant être lui-même toujours correct envers autrui partout où il se trouve, il se voit souvent entendre dire : «Toi, tu n’es pas comme les autres…». Il n’en demeure pas moins que ces situations-là l’intéressent au plus haut point et ce, ne serait-ce, selon lui, que pour savoir comment se passent les choses avec les Algériens résidant en France. Et pour pouvoir ainsi situer le contexte dans lequel il pourrait être appelé un jour, soit à réaliser d’autres films, soit à écrire d’autres romans. Et pour en revenir au long-métrage dont il vient de terminer le tournage dans les Aurès, Ali Ghanem nous apprend que ce ne sera pas le dernier car il en prépare d’ores et déjà un autre dont il vient de nous donner la primeur : dans ce prochain film auquel il a donné le titre de «Trois amis, trois destins», il s’agit de trois personnages liés par une vieille amitié qui reviennent, chacun en ce qui le concerne, sur leur vie passée. Le réalisateur va donc filmer 30 années de chacune des vies passées à partir de l’âge de trente ans et ce, jusqu’à l’âge de 75 ans. Reste l’autre casquette d’écrivain d’Ali Ghanem que nous n’avons pas abordée dans le présent article, mais sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir sous peu.
Kamel Bouslama

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Filmographie 

Ali Ghanem, qui vit depuis une cinquantaine d’années en France, a construit une longue carrière, couronnée de prix et de films intéressants, notamment «Une femme pour mon fils», «l’Autre France», «Mektoub» et «Chacun sa vie».
Il vient de réaliser son dernier film «Retour au douar», ainsi que le prochain intitulé «Trois amis, trois destins», tout en parlant de la crise du cinéma et de la culture en Algérie. Il a aussi réalisé plusieurs documentaires ainsi que des spots publicitaires. Ali Ghanem est aussi romancier.
Longs métrages : «Mektoub» (1970) - «L’autre France» (1977) - «Chacun sa vie» (2013) - «Une femme pour mon fils» (1982).
Documentaires : «Les patrons algériens en France» - «Octobre 1961» - «Le ramadan en France».
Ali Ghanem est aussi patron d’une société de distribution de films dénommée «Les films du Tiers-Monde».
 

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