dimanche 16 dcembre 2018 12:46:29

Redressement des cours pétroliers : Il faut une réduction « conséquente » de la production

Pressions des États-Unis sur l’Arabie saoudite

PUBLIE LE : 06-12-2018 | 0:00
D.R

Un redressement des cours pétroliers passe par une réduction «conséquente» de la production des pays de l’Opep et de ses partenaires non Opep, a indiqué l’expert dans les questions énergétiques, Nazim Zouioueche, dans un entretien accordé à l’APS, à la veille de plusieurs réunions de l'Opep, qui se tiendront du 5 au 7 décembre à Vienne (Autriche). Selon lui, la réduction estimée, aujourd’hui, à 1 million de barils par jour (mbj), doit être plus conséquente, avec une baisse de 1,5 mbj, pour pouvoir compenser d’éventuelles augmentations venant d’autres pays. Afin de comprendre les enjeux et défis de la prochaine réunion de l’Opep avec ses partenaires, M. Zouioueche, ex-PDG de Sonatrach, fait le point sur le contexte actuel marqué par une augmentation de l'offre pétrolière de certains pays producteurs et un ralentissement de l'économie mondiale.
«À l’approche du mois de novembre 2018, mois fixé pour la reprise des sanctions contre l’Iran, certains producteurs avaient cru bon d'augmenter leur production, pour être prêts à compenser la diminution des exportations pétrolières iraniennes sur le marché. Or, les États-Unis ont décidé, au dernier moment, d’un moratoire laissant la possibilité à huit pays, dont la Chine et l’Inde, de continuer à importer du pétrole iranien, pour une période de six mois, sans crainte de représailles de la part des États-Unis», rappelle-t-il.
Par ailleurs, poursuit-il, l’économie mondiale subissait un ralentissement dû en grande partie aux nouvelles taxes imposées par les États-Unis aux importations à partir de la Chine et de l’Union européenne principalement. Ainsi, le ralentissement de la demande et l’abondance de pétrole sur le marché ont grandement contribué à la chute brutale des prix, en portant atteinte à l’équilibre offre-demande.  M. Zouioueche rappelle, à ce titre, qu’après avoir atteint un niveau de 86 dollars, en octobre dernier, le Brent s’est écroulé, en novembre, pour s’établir à un niveau inférieur à 60 dollars, alors que le baril de WTI américain s’établissait autour de 50 dollars. Selon cet expert, il est ainsi clair que la principale manière de stopper, d'abord, cette décroissance des prix, et d'aider, ensuite, à une remontée des prix, «passe par une réduction de la production des pays de l’Opep et de ses partenaires».

Pressions des États-Unis sur l’Arabie saoudite

Mais, avise cet expert, si l’Opep et ses partenaires n’arriveraient pas à s’entendre clairement sur une réduction de production, il est certain que le prix du baril, aussi bien le Brent que le WTI, pourrait encore chuter.
D’autant plus que les États-Unis militent ouvertement pour un prix de pétrole bas. «On se rend compte que les États-Unis tentent de faire pression sur l’Arabie saoudite, pour l’amener à ne pas consentir à une réduction de la production de l’Opep. Comme l’Arabie saoudite est, de loin, le principal producteur de l’Opep, on s’imagine bien que si les pressions américaines aboutissent, nous risquerons à coup sûr de connaître un nouvel épisode de baisse», avance-t-il.
Interrogé sur les perspectives du marché pétrolier à moyen terme, M. Zouioueche pense que si l’Opep et ses partenaires n’annonceront aucune réduction de la production, demain à Vienne, ou annonceront une réduction «cosmétique», le prix du baril connaîtra une baisse plus marquée dans l’avenir immédiat, et ce surtout si le ralentissement de la croissance mondiale se précise.  Cependant, soutient-il, si les pays de l’Opep et les partenaires producteurs observent une stricte discipline en matière d'extraction, et si, comme cela semble s’annoncer, la «guéguerre» des taxes sur les exports prenait fin, «on pourrait constater, dès la seconde moitié de 2019, une reprise sensible du prix du pétrole».  
Dans un avenir plus lointain et comme conséquence de la réduction des investissements mondiaux dans l’exploration et la production des hydrocarbures depuis 2014, le prix du baril pourrait connaître une hausse «sensible» similaire à celles de la décennie précédente, prédit cet expert. «On constate déjà que l’on compense de moins en moins la production par de nouvelles réserves», estime-t-il.  Dans ce sens, M. Zouioueche ne manque pas de souligner l’impératif pour l’Algérie de changer de cap et de s’orienter vers une politique économique moins dépendante des hydrocarbures, lui permettant de se libérer des fluctuations des prix du pétrole. «En ce qui concerne notre pays, ces fluctuations des prix nous incitent de plus en plus à développer une économie solide hors hydrocarbures, et à investir dans les énergies renouvelables, abondantes et infinies dans notre pays», fait-il valoir.  Ceci permettra de produire de l’électricité, non seulement pour les besoins internes du pays, mais aussi pour l’export, tout en dégageant de grosses quantités de gaz (moins nocif que les autres hydrocarbures), qui est appelé, selon lui, à être de plus en plus apprécié, surtout comme vecteur de transition vers les énergies renouvelables.
 

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