dimanche 16 dcembre 2018 12:44:29

Rencontre aujourd’hui à Genève entre le Maroc et le Front Polisario : la fin du blocage ?

L'Envoyé personnel du Secrétaire général de l'Onu pour le Sahara occidental, Horst Kohler, veut mettre fin au blocage du processus de négociations entre le Maroc et le Front Polisario, en réunissant les deux parties en conflit.

PUBLIE LE : 05-12-2018 | 0:00
D.R

L'Envoyé personnel du Secrétaire général de l'Onu pour le Sahara occidental, Horst Kohler, veut mettre fin au blocage du processus de négociations entre le Maroc et le Front Polisario, en réunissant les deux parties en conflit.

Le Sahara occidental, rappelle-t-on, est un territoire non autonome, donc éligible à un référendum d'autodétermination, tel que stipulé par la résolution 1514 de l'Assemblée générale de l'Onu du 14 décembre 1960. Occupé illégalement par le Maroc depuis plus de 40 ans, il reste la dernière colonie de l'Afrique. Dans un contexte favorable et fort de la dernière résolution du Conseil de sécurité qui enjoint le Maroc et le Front Polisario de reprendre les négociations, «sans préconditions et de bonne foi», en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, l'émissaire onusien a préféré dégeler la situation en organisant des pourparlers préliminaires sous le format de table ronde, afin de préparer les prochains rounds de négociations.
C'est dans ce sens, que le Conseil de sécurité, qui a prorogé, cette fois-ci, le mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation du référendum au Sahara occidental (MINURSO) de six mois, veut débloquer la situation en demandant aux deux parties en conflit de «s’engager à nouveau à faire avancer le processus politique dans la perspective d’une cinquième série de négociations». Engagé depuis 2007, le processus de négociations est bloqué depuis 2012, à cause de la position marocaine qui refuse d'appliquer les résolutions du Conseil de sécurité prévoyant l'autodétermination du peuple du Sahara occidental. Tout laisse indiquer, selon des sources proches du dossier, que l'émissaire onusien veut opérer, dans une première phase, pour dépasser la barrière psychologique et «briser la glace», en tant que facilitateur. Tout porte à croire que dans ce rôle, il veut d'abord analyser, avec les deux parties en conflit et en présence de l'Algérie et de la Mauritanie, en tant que pays voisins et observateurs, les expériences antérieures, ainsi que les causes de leur échec. Mais, ce qui est sûr, c'est que depuis sa prise en charge du dossier depuis 2017, il a réussi à faire asseoir les deux parties en conflit autour de la même table, après les avoir rencontrées plusieurs fois.Pour pouvoir assurer, en deuxième phase, son véritable rôle d'émissaire onusien pour le règlement de ce conflit, tout dépendra des résultats de ces pourparlers préliminaires, pour que le Maroc et le Front Polisario, représentant légitime du peuple du Sahara occidental, s'engagent dans une nouvelle série de négociations, après six ans de blocage. Il est évident, selon des observateurs, que le contexte est différent des rounds précédents, l'expliquant par la résolution du Conseil de sécurité qui a montré en quelque sorte son exacerbation sur le statu quo de ce conflit, et par la nouvelle approche américaine exprimée par son ambassadeur-adjoint aux Nations unies et dont son pays est le porte-plume des résolutions du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental. Jonathan Cohen a précisé, suite à l'adoption de la dernière résolution du Conseil de sécurité du 31 octobre, que les États-Unis s’étaient lancés dans une nouvelle approche concernant la Minurso, soutenant qu'il ne peut plus y avoir de statu quo au Sahara occidental. Il a déclaré que son pays apporte «tout son soutien» à l’Envoyé personnel Horst Kohler dans ses efforts pour parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permettra l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Ce qui laisse supposer, estime la même source, que l'émissaire onusien engagera un premier pas avec une certaine aisance que ses prédécesseurs n'avaient pas. Cependant, la grande inconnue dans la relance des pourparlers restera le Maroc, la puissance occupante du Sahara occidental, qui est soutenu par la France.

Le peuple sahraoui attend que la rencontre soit une première  étape vers l’autodétermination

Le représentant du Front Polisario en France, Oubbi Bouchraya Bachir, a affirmé hier que le peuple sahraoui et sa direction attendent de la rencontre, prévue aujourd’hui et demain à Genève entre le Maroc et le Front Polisario, qu'elle constitue une première étape vers l'exercice du droit à l'autodétermination, à travers un référendum libre et juste, mettant l'accent sur l'attachement du Polisario à cette option, en tant qu'unique solution à la question sahraouie. Contacté par téléphone, M. Oubbi Bouchraya a précisé que les représentants du Polisario prendront part aux négociations de Genève, dans le cadre d'une «feuille de route bien claire, basée sur les deux dernières décisions du Conseil de sécurité». Soulignant que cette feuille de route est axée sur trois principaux points, il a expliqué qu'il s'agit, premièrement, de la définition précise des parties au conflit, à savoir l'État occupant «le Royaume du Maroc», et le représentant légitime du peuple sahraoui, privé de son droit à l'autodétermination depuis plus de quatre décennies, «le Front Polisario». Le deuxième point a trait à «la reprise de négociation directes entre les deux parties sans pré-conditions et de bonne foi», a-t-il ajouté, estimant que c'est là un fin de non-recevoir aux conditions marocaines, dont l'option relative à l'autonomie.
Le dernier point, a-t-il précisé, fixe l'objectif final du processus, en l'occurrence «permettre au peuple sahraoui d'exercer son droit à l'autodétermination, conformément aux principes et à la charte de l'ONU». Après avoir indiqué que le cadre de négociation avec la partie marocaine a été clairement défini par le Conseil de sécurité, le représentant du Front Polisario a dit ne pas exclure «des manœuvres» auxquels l'occupant marocain pourrait recourir pour compromettre le processus de paix, affirmant que «le Polisario est prêt à y faire face, comme cela a été le cas, lors des précédentes rencontres».  Pour M. Bouchraya, «l'ordre du jour proposé correspond, d'un point de vue méthodologique, au fait que ce rendez-vous soit le premier depuis six années, et que c'est une rencontre préliminaire, dont le but est de briser la glace et d’enclencher un processus qui doit aboutir au règlement du conflit en permettant au peuple sahraoui d'exercer son droit irrévocable à l’autodétermination et à l’indépendance». Les points proposés se rapportent à l’évaluation du processus, à l’arrêt depuis 2012, à ce jour, et à l’examen des prochaines étapes du processus de négociations après le rendez-vous de Genève, outre la situation dans la région, en général, a-t-il fait savoir. Lors de cette rencontre, le Front Polisario exprimera, en tant que représentant légitime de son peuple, son point de vue, connu de tous et qui reste «en harmonie totale» avec le statut juridique du conflit et du territoire, a-t-il insisté, affirmant que «le Polisario est prêt à payer une partie de la facture de la paix juste et durable, sans préjudice au droit sacré du peuple sahraoui à l’autodétermination et à sa souveraineté sur son territoire, et dont il est le seul a détenir le droit d'en fixer le statut juridique final». C'est là, «une ligne rouge», aussi bien pour nous, qu’au regard du droit international, a-t-il soutenu.
 

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