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Crise des « Gilets jaunes » en France : Situation (toujours) chaotique

Réunion de crise à l’Élysée : Macron a demandé à son premier ministre de recevoir les chefs de partis représentés au parlement, ainsi que des représentants des « gilets jaunes ».

PUBLIE LE : 03-12-2018 | 0:00
D.R

Réunion de crise à l’Élysée : Macron a demandé à son premier ministre de recevoir les chefs de partis représentés au parlement, ainsi que des représentants des « gilets jaunes ».

Le président français Emmanuel Macron a demandé hier au Premier ministre Edouard Philippe de recevoir les chefs de partis représentés au Parlement, ainsi que des représentants des «Gilets jaunes», dans un «souci constant de dialogue», à l’issue d’une réunion de crise tenue suite aux émeutes inédites qui ont secoué Paris durant la journée de samedi. «Le président de la République ne s’exprimera pas aujourd’hui», a fait savoir un communiqué du Palais de l’Elysée, après la réunion de crise.
Emmanuel Macron, à peine arrivé dimanche de Buenos Aires, a tenu cette réunion d’urgence avec le Premier ministre Edouard Philippe et les ministres de l’Intérieur Christophe Castaner, de la Justice Nicole Belloub et de tous les «services compétents». Edouard Philippe a annulé sa participation au lancement de la COP24 en Pologne. Interrogé la veille, Christophe Castaner n’a pas exclu l’instauration de l’état d’urgence. «Je n’ai aucun tabou», a-t-il indiqué. La réunion prévue à 10h30 (heure locale) fait suite à une troisième journée de mobilisation des «Gilets jaunes» qui a rassemblé 75.000 personnes dans toute la France, et qui a dégénéré dans l’ouest de la capitale française, avec la présence de près de 1.500 casseurs parmi les manifestants, selon les autorités françaises.
Auparavant, peu après son retour du sommet du G20 en Argentine, Emmanuel Macron s’était rendu au pied de l’Arc de triomphe, monument parisien où repose le soldat inconnu, qui a été dégradé samedi, lors de la troisième journée de mobilisation des «Gilets jaunes», auxquels se sont joints de nombreux casseurs. Le monument, un des plus visités et des plus emblématiques de Paris, a été tagué, son musée saccagé, le visage d’une sculpture, reproduction de «La Marseillaise», brisé. Les employés municipaux et les ouvriers tentaient hier de réparer les dégâts et de nettoyer, au lendemain de cette folle journée de violences, où certains «Gilets jaunes» et des casseurs ont affronté la police dans les différents quartiers de la capitale, dans une ambiance insurrectionnelle, avec incendies, barricades, nuages de gaz lacrymogène, canon à eau.
Un total de 136.000 personnes ont participé samedi dans toute la France à la troisième journée de mobilisation des «Gilets jaunes», au cours de laquelle 263 personnes ont été blessées, contre 166.000 le samedi précédent (chiffre revu à la hausse hier, le précédent étant de 106.000). Au total, 412 personnes ont été interpellées et 378 placées en garde à vue, à Paris, selon un bilan de la préfecture de police qui chiffre à 133 le nombre de personnes blessées dans la capitale. Dans la nuit de samedi à hier, un automobiliste est mort à Arles (Sud-Est), après avoir percuté un poids lourd à l’arrêt, en raison d’un embouteillage provoqué par un barrage de «Gilets jaunes», portant à trois le nombre de décès liés au mouvement depuis son démarrage il y a trois semaines. Les «Gilets jaunes», qui tirent leur nom du gilet fluorescent que doit posséder chaque automobiliste, fédèrent nombre de Français modestes qui dénoncent leurs conditions de vie et s’opposent à la politique sociale et fiscale de l’État.

À Paris, stupeur et grand nettoyage  au lendemain de la flambée de violences

Partagés entre colère froide et une certaine compréhension, les Parisiens prenaient dimanche la mesure des dégâts,  au lendemain de la flambée de violences dans la capitale, où les agents d’entretien étaient à pied d’œuvre. Voitures et motos calcinées, vitrines de magasins défoncées ou constellées d’impacts de projectiles, mobilier urbain détruit : les dégradations étaient particulièrement visibles tout au long de l’avenue de la Grande Armée, près du rond-point de l’Étoile, où ont commencé les heurts qui ont fait plus de 133 blessés et conduit à plus de 400 interpellations.
Des étuis de grenades lacrymogènes jonchent encore en grand nombre les trottoirs et la chaussée, trouée en plusieurs endroits après avoir été dépavée. Plongés la veille sous un nuage quasi continu de gaz lacrymogène, les abords de l’Arc de triomphe reprenaient hier peu à peu un cours normal, avec touristes et badauds se promenant sur la prestigieuse avenue des Champs-Élysées. Imperturbables, des touristes se prenaient en photo, montrant leurs sacs de luxe, sans se soucier des barrières de police et des caméras de télévision.  «Bravo pour hier», lancent deux piétons à un CRS qui monte la garde. Une femme s’émeut. «Je suis venue pour enlever les images que j’ai vues hier, c’était horrible, je voulais voir la vraie vie revenir sur les Champs, j’ai peur pour le beau pays que nous avons», confie-t-elle à une journaliste de l’AFP. Avant l’arrivée sur les lieux du président Emmanuel Macron, des véhicules de police sont stationnés tout autour de l’Arc de triomphe, tout comme les véhicules verts des agents d’entretien de la ville de Paris. Le sol a été passé à l’eau, mais les tags inscrits sur l’arc sont en grande partie encore intacts et pris en photo par des enquêteurs de la police judiciaire. «Les Gilets jaunes triompheront», «Fin de régime», «Renverser la bourgeoisie», proclament certains messages. 

« Qui va payer ? Les riches ! »
 
Sur les grandes artères de l’ouest et du centre de la capitale, touchées par les dégradations, les agents d’entretien, revêtus de leur gilet jaune de travail, sont à pied d’œuvre. De nombreux commerces, couverts de planches la veille au soir pour prévenir les pillages, sont toujours barricadés. L’avenue Kléber, autre artère partant du rond-point de l’Étoile, a subi un grand ménage. Ses trottoirs ont été en grande partie déblayés et les dépanneuses venues ramasser les véhicules endommagés ou détruits par le feu quittaient progressivement les lieux dans la matinée. «Je trouve ça incroyable, comment on peut en arriver là, laisser faire une violence pareille», s’exclame une riveraine du XVIe arrondissement, en tenue de sport.
«Qui va payer ? Les riches !» s’agace-t-elle, avant qu’un périmètre de sécurité ne soit mis en place sur l’avenue et que CRS, gendarmes et pompiers ne s’alignent en rang en attendant le chef de l’État. Plus à l’est, dans le quartier de l’Opéra, moins touché que d’autres secteurs cossus de la capitale, les agents d’entretien procèdent également au déblayage des détritus jonchant les chaussées ou aux barricades de fortune qui ont bloqué certains croisements jusqu’à l’aube. Deux ouvriers retirent au petit matin les planches protégeant la façade d’une boutique Nespresso, barrée d’un «Le capital tremble», découvrant des vitrines indemnes. Intactes aussi, les vitrines des Galeries Lafayette illuminées pour les fêtes de Noël montrent des automates en action, avec musique. Aux Tuileries, la lourde grille du jardin tombée sur des manifestants, blessant grièvement l’un d’eux, est toujours à terre en début de matinée. Passant à côté, Jocelyne, professeure de lettres retraitée et parisienne, constate les dégâts. «Tout ça me fait mal au cœur, mais je suis partagée, car il y a des revendications justifiées, les inégalités sont scandaleuses, rien ne change depuis 40 ans, il faut vraiment un changement de monde», explique-t-elle.
 

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