dimanche 16 dcembre 2018 12:45:49

Antibiotiques : Halte aux « bactéricides » !

Les antibiotiques se taillent la part du lion chez l'Algérien par rapport aux autres médicaments utilisés.

PUBLIE LE : 28-11-2018 | 0:00
D.R
Les antibiotiques se taillent la part du lion chez l'Algérien par rapport aux autres médicaments utilisés. Ces derniers sont présents dans toutes les boîtes à pharmacie dans les foyers, qui doivent impérativement contenir les petits comprimés «miracles» pour se remettre sur pied. Il existe une étrange relation, chez-nous, entre le malade et ces bactéricides, très souvent utilisés de manière anarchique et sans consultation du médecin. L'automédication ne concerne pas seulement  le mercurochrome ou le paracétamol. On s'en sert, on se gave même de ce produit pharmaceutique sous toutes ses formes, sans se soucier des effets indésirables et les contre- indications. Parfois, on ne prend même pas la peine de lire la notice  d’emploi glissée à l’intérieur de la boîte médicament. En effet, l'automédication gagne les bactéricides devenus plus qu'indispensables, voire vitaux pour soigner un rhume, une grippe ou encore une petite irritation de la gorge. Pour  ces petits bobos, pensent beaucoup, il n'est pas utile de se faire examiner par un praticien. Il suffit de se présenter à la pharmacie la plus proche et revenir avec une boîte de rovamycine, amoclan ou d’autres équivalents, au moment où, sous d'autres cieux, la tendance est plutôt à la réduction de l'utilisation des antibiotiques et l'interdiction de ces derniers, mais pas,  en Algérie figurant dans le top des  cinq pays consommateurs de ce médicament. Pour la majeure partie de la population algérienne, ces derniers restent les seuls à pouvoir  venir à bout de leur problème de santé. Ironie du sort, on connait par cœur tous les antibiotiques et l’on se sent même frustré, si par malheur, le médecin traitant ne juge pas utile de   prescrire les fameuses gélules, à l’effet carrément spectaculaire, à leur avis, bien entendu. Une ordonnance sans bactéricides est difficile à imaginer. Ça sonne aussi faux et paraît surtout «bizarroïde» et  carrément pas sérieux tant ils sont devenus, par les temps qui courent, un peu trop systématiques. 
 
Quand l’automédication fait exploser la demande sur l’antibiotique
 
C’est un fait, la culture de se soigner « officieusement » est bien ancrée, chez-nous au point de résister aux  mises en garde des médecins à propos d’une telle pratique. Il faut dire que les antibiotiques font partie également de la longue liste des médicaments sollicités. Nous sommes  très « épris » de ces médicaments et ceci est prouvé d’ailleurs par une étude réalisée récemment par la revue scientifique américaine «PNAS», intitulée «Augmentation globale et convergence géographique dans la consommation d’antibiotiques entre 2000 et 2015 »,  classant l’Algérie en 5e position dans le monde après la Turquie, la Tunisie, l’Espagne et la Grèce. Concrètement, la même enquête,  fait ressortir une consommation quotidienne d’antibiotiques par les Algériens, 38 doses quotidiennes pour 1.000 habitants. Les proportions alarmantes de l’automédication, trop ancrée dans les mœurs des Algériens, toutes catégories confondues, est aussi pour le syndicat national algérien des pharmaciens d’officines imputée à la tendance à l’augmentation, ces dernières années, de l’utilisation des antibiotiques, d’une part et le nombre des structures de santé publique et aussi de la couverture des assurés sociaux qui à la faveur de la carte Chifa d’autre part qui a permis à pas moins de 37 millions d’Algériens de bénéficier d’une assurance maladie qui leur ouvre droit au remboursement.
Un pharmacien sur la place d’Alger, nous dira, à ce sujet, qu’il reçoit tous les jours, en cette période, des jeunes et moins jeunes, des hommes et des femmes qui viennent acheter des antibiotiques. Certains ne sont pas forcément munis d’une ordonnance. «Nous recevons une dizaine de personnes qui viennent solliciter  ce genre de médicaments, dont prés  du tiers ne sont pas passés par une consultation médicale », soutiendra-il, avant d’ajouter que certains,  parmi eux, demandent surtout la rovamycine. « Nous essayons de leur expliquer que le praticien est seul à connaître le type d’antibiotique  adapté à leur problème de santé, mais en vain »,  précisera-t-il.
 
Quand le « malade » est reconverti en médecin
    
 Aujourd’hui, avec la cherté de l’acte médical,  beaucoup, préfèrent adopter le système « D » et se soigner à moindre coût et est même un besoin imposé par la restriction des budgets et l’érosion du pouvoir d’achat, beaucoup plus qu’une habitude. Une dame rencontrée au niveau de la même pharmacie, venue  acheter un antibiotique pour calmer son angine trainée depuis une semaine et qui semble résister aux recettes de grands-mères, indiquera que le recours à l’antibiotique s’avère inévitable. « J’ai essayé de  me soigner par du miel et des tisanes, mais rien n’y fait »,  relèvera-t-elle. Dans le même sens, un jeune homme croisé à la même pharmacie, pour le même produit, se contentera de dire qu’étant chômeur, il ne peut se permettre une ordonnance de pas moins de 2.000DA, en plus des frais de consultations de l’ordre de 1.200 DA, chez un généraliste. Un fait qui explique à lui seul, la  tendance croissante à l’automédication.
S. D.  
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