dimanche 18 novembre 2018 03:46:23

La littérature amazighe en débat

Une journée d’étude sur la littérature amazighe a été organisée, mercredi, à la salle El Djazair à la faveur de la 23e édition du salon international du livre d’Alger sur l’initiative du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA). L’actualité de l’édition, de la traduction et des droits d’auteurs ont été au cœur du débat de cette rencontre.

PUBLIE LE : 10-11-2018 | 0:00
D.R

Une journée d’étude sur la littérature amazighe a été organisée, mercredi, à la salle El Djazair à la faveur de la 23e édition du salon international du livre d’Alger sur l’initiative du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA). L’actualité de l’édition, de la traduction et des droits d’auteurs ont été au cœur du débat de cette rencontre.
Dans son allocution d’ouverture, Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, a rappelé que "le choix de la graphie pour la transcription de Tamazight relève des attributions de l’Académie amazighe" devant être créée d'ici à la fin de 2018.
Le secrétaire général du HCA a souligné l'importance de cette manifestation dans la promotion de la langue et la culture amazighes et préconisé son lancement, après son institution par décret présidentiel.  
L’orateur a affirmé qu’il est inconcevable de se contenter du peu d’ouvrages et de traductions réalisés par les maisons d’édition algériennes, notamment celles de l’Etat, rappelant dans la foulée que la promotion de la littérature amazighe demande une politique d’encouragement.
Le conférencier a souligné que le HCA continue de coéditer avec les éditeurs étatiques pour une meilleure distribution du livre amazigh. Il a noté que l’agence nationale de l’édition et de la publicité (ANEP), l’entreprise nationale des arts graphiques (ENAG) et l’office des publications universitaires demeurent de fidèles éditeurs qui œuvrent pour l’épanouissement des plumes amazighes.
Si El Hachemi Assad a promis d’œuvrer à élargir le champ éditorial du livre amazigh pour servir ses lecteurs de tous les genres littéraires, ainsi que le livre scientifique à partir de 2019. Il a, par ailleurs, annoncé le re-lancement du salon du livre amazigh multimédia dans la wilaya de Bouira. Il a appelé à l’obligation d’encourager les éditeurs qui éditent le livre amazigh pour qu’il puisse trouver sa place dans les mécanismes de l’industrie du livre en Algérie.

Un nouveau plan de travail pour encourager la créativité

Le secrétaire général du HCA a annoncé, à cette occasion, l’installation d’un nouveau plan de travail, pour encourager la créativité en langue  amazighe avec toutes ses variétés linguistiques. Il a annoncé également la création, pour la fin de l’année à Adrar, d’un atelier de traduction et d’écriture pour le tamazight. «J’invite tous les auteurs et éditeurs ou encore les entreprises publiques et privées à prendre part à cette initiative. Nous avons mis en place, en collaboration avec le salon du livre et l’Office national des droits d’auteurs et droits voisins, un comité pour la sélection de quelques titres qui seront traduits en tamazight», a-t-il précisé. Selon lui, la distribution gratuite du livre amazigh contribuera à élargir le lectorat. «Je pense qu’il faut absolument créer des espaces spécialisés dans le livre amazigh, pour aider les maisons d’éditions à vendre», a-t-il proposé.
Un panel d’universitaires a, par la suite, insisté sur l’obligation de la notation du patrimoine oral de la littérature amazighe, ainsi que la promotion de l’édition et de la traduction de cette langue mélodieuse et poétique.
La première table ronde, intitulée
«Panorama de la littérature amazighe à travers les variables régionales», a donné la parole au chercheur Mohamed Sameh Ounissi, de l’université de Khenchela, qui a donné un aperçu sur la littérature amazighe dans les Aurès entre les années 1990 à nos jours. Le conférencier a déploré l’absence de la transcription de la littérature chaouie qui demeure cernée dans l’oral et les textes poétiques.
La deuxième table ronde a abordé la thématique de la recherche dans la littérature amazighe avec la participation de trois universitaires de la wilaya de Bouira. De son côté, le docteur Billel Tillali, de l’université de Béjaia, a décortiqué l’état du roman kabyle avant de céder la parole à M’hand Ouramdane Larab qui a abordé la thématique de la distribution du livre amazighe.

Une série de recommandations pour la promotion de l’amazigh

Les participants à la rencontre ont adopté une série de recommandations pour la promotion de tamazight,  appelant à contribution les éditeurs publics pour assurer, à des prix "abordables", la disponibilité d'ouvrages dans cette langue parlée à  travers l'Algérie dans ses différentes variantes.   
L'appel des participants s'adresse aux trois éditeurs publics : l'Enag (Entreprise nationale des arts graphiques), l'Anep (Entreprise nationale  d'édition et de publicité) et l'Opu (Office des publications universitaires).   
Les participants recommandent également la traduction d'ouvrages littéraires de et vers le tamazight pour donner, appuient-ils, une "plus grande visibilité" à la langue et la culture amazighes.  
Relevant le "manque d'intérêt" des éditeurs publics pour la littérature  amazighe, selon lui, Brahim Tazaghart, également auteur, a suggéré la  création d’un "fonds spécial" pour le soutien à l’édition en tamazight, un  créneau investi par  "quelques" rares éditeurs privés, a-t-il dit.  
Il s'agit également, ajoute-t-il, d'encourager une "dynamique" d’édition  reposant sur la traduction "inter-dialectale" et entre les langues pratiquées en Algérie.  
Auteur de plusieurs ouvrages vers tamazight, Brahim Tazaghart estime que la traduction dans vers cette langue permettra au Zénète et au chaoui, des variantes moins loties que le Kabyle, par exemple, d'être présents dans le champ littéraire amazigh.  
Pour sa part, Mohamed Salah Ounissi a relevé l’absence "flagrante"  d’ouvrages littéraires écrits en chaoui, estimant que le patrimoine littéraire de cette région est "limité aux chants bédouins et aux textes  poétiques...", de même que Abdellah Seddiki, enseignant à l’université de  Tamanrasset, qui note une "absence" de textes littéraires écrits en Tamasheq  (berbère parlé par les Touareg).   
Tahar Abbou, enseignant à l'université d'Adrar, considère que les travaux de recherche de Mouloud Mammeri, qui a consacré des recherches sur l’Ahellil (poème polyphonique des Zénètes du Gourara, dans le sud-ouest algérien), ont grandement contribué à la préservation de la langue parlée par les autochtones dans cette région.
A ce propos, il a déploré le manque d'intérêt des écrivains pour l'usage  du Zénète en tant que langue d'écriture.
K. B.
 

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