vendredi 16 novembre 2018 20:07:31

Sami Kleib dédicace son livre au stand de l’Anep : La guerre syrienne en point de mire

Al Assad ; entre départ et destruction programmé, et La guerre syrienne par des archives secrètes est l’un des chefs-d’œuvre signé Sami Kleib, devant lequel les "lecteurs politisés" s’arrêteront à la 23e édition du Salon international du livre d’Alger.

PUBLIE LE : 10-11-2018 | 0:00
Ph. :A.  Asselah

Al Assad ; entre départ et destruction programmé, et  La guerre syrienne par des archives secrètes est l’un des chefs-d’œuvre signé Sami Kleib, devant lequel les "lecteurs politisés" s’arrêteront à la 23e édition du Salon international du livre d’Alger. Ce livre a été paraphé par son auteur, dans l’après-midi de jeudi dernier, au niveau du stand de l’ANEP.

Dans son livre édité par l’ANEP en 2016, Sami Kleib a analysé la guerre syrienne et les relations américano-syriennes. Une lecture différente des pires guerres du siècle à travers plus de 650 pages. Basé sur un travail d’investigation, le célèbre journaliste Sami Kleib révèle un nombre important de comptes rendus de réunions et de documents secrets relatifs à la guerre en Syrie et, avant elle, il présente une nouvelle lecture interne et externe du tremblement de terre en Syrie, qui a eu des répercussions sur la plupart des pays du monde et de la région. L’auteur a choisi deux titres pour son livre, dont le premier Al-Assad entre départ et destruction programmée et le second "La guerre syrienne avec des documents secrets".
 La quête de l’écrivain semble claire : se focaliser sur la guerre et ses causes, mais aussi sur la personnalité et le rôle du président Bashar al-Assad, au milieu de la question qui a accompagné son arrivée au pouvoir dès le début : est-il un changement ou un réformiste ou le rejet de tout changement ? La Syrie de Hafez et de Bachar al-Assad, a connu des centaines d’offres, des États-Unis, de l’Occident et des pays du Golfe, pour le cas où elle s’éloignerait de l’Iran. La stratégie d’Al-Assad père était différente. Il a su s’allier à l’Iran de l’imam Khomeiny et jouer un rôle médiateur entre lui et le monde arabe. L’Iran lui en a su gré pour son rôle important, ainsi que les Arabes qui ont réalisé, plus tard, qu’il leur a évité les horreurs d’une guerre. Lorsque Bachar al-Assad est venu au pouvoir, il a compris que l’alliance avec l’Iran a un prix élevé, mais qu’elle était inévitable pour maintenir un équilibre qui empêcherait les vents d’Ouest d’anéantir le rôle syrien, et parce qu’il était convaincu aussi qu’Israël ne croît qu’à la logique de la force. Comme il l’a déclaré lors du célèbre Sommet arabe sur Ghaza. Mais il n’a pas rompu avec les pays du Golfe ni avec la Turquie, bien au contraire, il a renforcé les relations avec eux au maximum. L’Iran a eu besoin de la Syrie autant, sinon plus que la Syrie n’a eu besoin de l’Iran, et, le président Vladimir Poutine a compris que sans la Syrie il n’y a pas de place pour un rôle russe dans la région. Si Assad avait rompu avec ses deux alliés, l’Iran, ne serait pas dans son état actuel à négocier et gagner avec l’Occident, ni Poutine en mesure de jouer cet immense rôle international qui a conduit tous les dirigeants arabes à venir à Moscou, après avoir convaincu l’Amérique que la Russie seule était capable de remuer l’eau stagnante en Syrie. Le trio composé de la Russie, de l’Iran et de la Syrie constitue un triangle, fort de ses trois côtés, qu’aucun côté ne peut se séparer des deux autres et qu’aucun des trois pays qui le composent ne peut prétendre que c’est grâce à lui que les autres ont résisté. C’est une et même bataille, soit les trois la gagneraient ensemble, soit ils la perdraient ensemble.
Il semblerait maintenant que les vents internationaux soufflent en leur faveur, même si le prix payé par la Syrie est trop élevé, bien plus qu’on ne peut l’imaginer. Aucun côté du triangle n’a renoncé à ses deux pairs alors que la menace était à son paroxysme et que l’attaque de l’occident, des arabes, des turcs et d’Israël était à son apogée. Sami Kleib est un journaliste libanais de nationalité française, chef des infos de la chaîne de télévision Al-Mayadeen (Les places), qu’il a co-fondée en 2011, avec Ghassan Bin Jiddo, après avoir quitté Al-Jazeera. Après des études à la Sorbonne, il a travaillé à Radio Monte-Carlo, RFI et France24. Il présente le programme Le Jeu des Nations (Tout est un jeu de nations, vous devez décider si vous êtes un joueur ou un pion).
Sihem Oubraham


Sami Kleib, Correspondant de guerre, reporter, analyste politique à El Moudjahid : «700 pages sur les dossiers secrets de la guerre en Syrie»

En une vie, le journaliste Sami Kleib en a vécu plusieurs. Correspondant de guerre, reporter, analyste politique, animateur de talk-shows, auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier en date est le livre le plus vendu dans le monde arabe. Dans cet entretien, il nous entraîne sur ses pas, faisant escale sur les moments des écrits de son livre.

Sur quelle base vous-avez appuyé vos recherches pour illustrer votre livre ?

C’est un livre qui m’a pris, pratiquement, trois ans de recherche. Je l’ai fait comme une recherche académique… une thèse de doctorat. Quand la guerre en Syrie a éclaté, j’ai voulu écrire un livre basé sur une véritable recherche académique et scientifique qui explique les dessous du conflit. J’ai orienté mes recherches vers les comptes rendus et les procès-verbaux des séances et des réunions qui ont eu lieu entre Bachar el-Assad et Colin Powell. Ces textes sont publiés pour la première fois. Ce livre de 700 pages contient les dossiers secrets de la guerre en Syrie. J’ai cherché un peu partout  des documents inédits, bien évidement à partir des éléments de cette crise syrienne c'est-à-dire les joueurs de cette crise à savoir les Arabes de la ligue arabe, la Turquie, les pays du Golf, les Etats-Unis, la France et les autres. J’ai pu obtenir des documents de la part des Syriens ; le plus difficile était d’obtenir des documents de Damas, parce que ce n’est pas un Etat qui libère facilement ces documents d’une manière générale. Mais il a fallu… pour un chercheur qui se respecte de voir chaque crise des deux côtés, c’est pour cette raison que cela m’a pris trois ans de recherche. C’est sur ces documents que je me suis basé dont le plus important c’est le procès-verbal de la rencontre entre le président syrien et le ministre des Affaires étrangères des Etat-Unis Colin Pawell. C’était juste après l’invasion de l’Irak en 2003, Colin Pawell se déplace à Damas et propose à Al-Assad un deal en lui disant «si vous voulez devenir le dirigeant de cette région et notre premier partenaire, il faudrait que vous exécutiez quelques ordres dans le sens, par exemple, où vous coupez vos relations avec l’Iran, vous arrêtez d’aider le Hizbou Allah, vous lancez une initiative de paix à l’égard d’Israël et puis le plus important est que vous fermez le bureau de l’organisation palestinienne et vous les chassez de notre pays», donc la réponse de Al-Assad était «je ne peux pas les chasser sauf s’ils repartent en Palestine à par ça je ne peux pas accepter vos conditions». Donc je me suis basé sur ces verbatiles pour dire que c’est là où ça a commencé ; car c’est juste après l’invasion de l’Irak il a fallu détruire la Syrie. Indépendamment des horreurs commises à l’intérieur, des deux côtés mais la décision était prise de perdurer la guerre syrienne pour que ça dure une dizaine d’années pour détruire le pays».

Justement pourquoi vous avez choisi la Syrie et non pas un autre pays en crise ?

La Syrie c’est notre pays frère, limitrophe. Nous sommes la continuité, si vous voulez de la Syrie, nous sommes, presque un seul pays, puis la Syrie nous a beaucoup aidé, nous n’avions pas trouvé beaucoup de pays à côté de nous ; la Syrie a été le soutien direct de notre cause principale contre Israël.
En second lieu, laissez-moi vous dire que je ne fais pas de différence entre les pays, lorsqu’il y a eu une crise en Algérie je l’ai suivie durant une dizaine d’années. J’aime beaucoup votre pays, je ne fais pas de différence. Mais il fallait choisir un pays pour commencer quelque part et il n’y avait pas eu à l’époque une guerre atroce en Tunisie ou en Egypte avant la Syrie. Quand la guerre a eu lieu en Syrie il a fallu  que je fasse quelque chose car si je suis un écrivain ou un journaliste qui se respecte, c’est un pays arabe qui se détruit à côté de nous, je ne pouvais pas regarder et rester neutre, il fallait que je fasse quelque chose de solide basé sur une étude plutôt objective et de chercher la vérité… ce n’était pas une partie prise.
Que représente pour vous votre participation à la 23e édition du SILA et pourquoi avoir choisi cette édition pour présenter votre livre ?

Depuis mon enfance, je considère l’Algérie comme faisant partie de mes affections et mes sentiments. Elle a une grande place dans mon cœur et la preuve lorsque j’ai fait mon livre sur mes voyages à travers le monde, j’ai spécifié l’Algérie dans l’introduction et elle y est dans une grande partie de mon livre et pourtant je n’y avais pas pensé auparavant à ce salon. Et bien évidemment je voulais venir en Algérie pour visiter le pays après 5 ans d’absence.
Et lors de ce qu’on appelait "la décennie noire", j’ai suivi cela de près et là à mon retour, la chose qui m’a étonné c’est de voir le sourire sur le visage des gens. Avant c’était triste, vraiment un pays malheureux comme s’il était en deuil. Mais lorsque je suis venu au Salon, j’étais vraiment étonné par le nombre des visiteurs et le nombre des lecteurs et puis l’amour qu’ils portent à mon égard, moi qui me considère comme un journaliste quelconque, donc ils regardent beaucoup mon émission… donc je suis très content qu’il y a autant de lecteurs dans le monde arabe ; car vous savez, selon les études précises un Arabe ne lit pas plus que six minutes par an.

Justement comment vous avez trouvé vos fans algériens sachant qu’ils sont très nombreux ?

 Oui j’en ai beaucoup et cela me flatte ! Ça fait vraiment plaisir.  L’Algérien est un lecteur très intelligent qui lit avec amour et qui est très attaché aux causes arabes et panarabes et croyez-moi ça me fait chaud au cœur parce qu’on ne trouve pas beaucoup de lecteur comme ça, ni un peuple comme le peuple algérien. C’est pour cette raison que j’en suis fier ; moi je parle de l’Algérie et du peuple algérien et de la direction algérienne et de l’Armée algérienne là où je passe sur toutes les télévisions, dans tous les médias, je dis estimez-vous heureux d’avoir un si beau pays avec autant de services pour le peuple. Et puis j’ai une affection particulière pour le président du pays. M. Abdelaziz Bouteflika est une personnalité qui nous a beaucoup aidé dans notre histoire moderne panarabe et surtout au Liban, en Palestine on garde un excellent souvenir de lui. C’est quelqu’un dont nous sommes fiers, quelqu’un qui était un vrai médiateur honnête qui aidait beaucoup les causes panarabes. Donc pour moi c’est un pays à partir du président jusqu’au le plus petit  du peuple… c’est un pays qui me tient à cœur ».
Propos recueillis par S. O.

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