mardi 20 novembre 2018 23:20:12

Témoignages au musée du Moudjahid : Les prémices du déclenchement de la révolution

Perpétuer l’esprit de la Révolution de Novembre

PUBLIE LE : 08-11-2018 | 0:00
D.R

Pour la 185e séance hebdomadaire des «Rendez-vous avec l’histoire», les responsables du musée national du Moudjahid ont choisi l’amphithéâtre de l’Ecole nationale polytechnique à El Harrach pour évoquer «les circonstances et préparatifs ayant mené au déclenchement de la Révolution algérienne».
 Par le témoignage d’un ancien moudjahid et ancien ministre, en l’occurrence M. Mohamed Kechoud, les étudiants présents à cette rencontre ont pu revisiter l’histoire de cette époque qui était émaillée de réunions, discussions, démarches et préparatifs matériels pour une lutte armée. En un mot, s’imprégner des circonstances réelles dans lesquelles est née la Révolution algérienne.
Mais ce n’est pas en revisitant les dates, les symboles et les évènements que M. Kechoud a voulu présenter sa conférence. Ce dernier a jugé intéressant d’évoquer les «immortels» de la Révolution de Novembre.
Il s’agit entre autres, du poète de la Révolution Moufdi Zakaria, avec sa poésie reflétant la réalité algérienne et maghrébine à travers les différentes phases du combat, et le président de l’Association des oulémas, Bachir El Ibrahimi, deux figures emblématiques de la Révolution algérienne comme exemple de «cette prise de conscience débouchant sur la nécessité de rechercher au-delà de la simple revendication de l’indépendance, la voie à suivre et les moyens à employer pour y parvenir», dira M. Kechoud.
Le conférencier tente la métaphore en soulignant que «le premier novembre, s’apparente dans l’esprit des révolutionnaires, à cette nuit du destin, où il y a forcément un avant et un après premier novembre». Pour lui, «les révolutionnaires ont sacralisé l’effervescence populaire qui était à son comble, face à la répression coloniale sanglante».
 L’historien rappellera dans ce contexte que le mécontentement populaire et le sentiment anticolonialiste puisaient leur force dans la situation effroyable que connaissait la grande majorité des Algériens abandonnés à la famine à la maladie, et que, «l’élite avant-gardiste ne pouvait que matérialiser les espoirs tant attendus d’une population soumise au diktat colonial».
«Malgré les divergences, et les oppositions entre les différents courants nationalistes, les Algériens sont parvenus à se regrouper au sein d’un front uni, pour mener leur combat libérateur», a expliqué M. Kechoud en signalant que «les initiateurs de la lutte armée étaient obligés de faire appel à tous les volontaires».

Perpétuer l’esprit de la Révolution de Novembre

Ainsi, le 2 novembre 1954, Bachir El Ibrahimi déclarait, depuis Le Caire, que «le moment de rupture était venu, et les Algériens allaient mettre fin à cette longue nuit du colonialisme». En se référant à ce discours. M. Kechoud a tenu à mettre en exergue, devant les étudiants qui l’écoutaient religieusement, le fait que les oulémas étaient parmi les premiers à intégrer le processus révolutionnaire.
Ces derniers — les Oulémas — ont compris les évènements de ce qui sera qualifié, la «Toussaint rouge» par le colonialisme français, «la preuve irréfutable que le colonialisme ne pouvait être combattu que par des moyens révolutionnaires».
«La tâche nécessitait le sacrifice des meilleurs fils de l’Algérie», lance avec émotion M. Kechoud, qui, en récitant les vers des différents poèmes de Moufdi Zakaria, a voulu transmettre l’idée que «la Révolution a été la conjugaison des sacrifices de tout un peuple, et qu’en dépit des divergences, les Algériens ont répondu à l’appel du Front de libération nationale (FLN), marquant ainsi un tournant décisif dans l’histoire».
Lui succédant, l’universitaire Abdelkrim Benacer a préféré, quant à lui, expliquer à son auditoire, que «la lecture de l’histoire ne devrait pas être improvisée». L’académicien juge que «les fragments de notre mémoire devront être revisités, loin des interprétations subjectives et lectures cadrées».
«Plus de 3.000 ouvrages ont été publiés ici et là sur l’histoire de la Révolution algérienne, et nous n’avons accédé qu’à un tiers, c’est pourquoi la jeune génération d’aujourd’hui ignore plusieurs faits de la guerre de Libération».
L’universitaire a également exprimé son mécontent vis-à-vis de ce qu’il a qualifié de «dépossession des concepts de leurs substances». En effet, remarque-t-il «plusieurs écrits sur l’histoire de la Révolution tendent à adopter un vocabulaire emprunté, qui risque de dévaloriser les luttes populaires, et élargir encore plus ce complexe d’infériorité».
Ainsi, «un massacre» devient un «évènement», la Révolution est remplacée par la simple thématique de «guerre», et pas loin de nous la «journée d’émigration» tend à faire oublier les massacres prémédités à l’encontre des Algériens vivant en France. C’est par ces éléments de langage que «nous plongeons dans un vide culturel, et c’est à cause de cela que nous absorbons les lectures biaisées de notre histoire», lance Benacer.
Pour remédier à cela, l’universitaire trouve urgent un exercice intellectuel «avec deux questions à poser, et à chercher à répondre : comment faire, et comment pouvoir faire». Autrement dit, penser l’histoire autrement, et ne pas subir le poids imposé par les autres car l’enseignement de l’histoire a pour objet d’éduquer la postérité et de perpétuer le nationalisme.
Tahar Kaïdi
 

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