samedi 15 dcembre 2018 04:08:46

M. Ahmed Bedjaoui, invité de l’émission « Sédjilat wa maâna » : « Ramener le public dans les salles de cinéma »

Déplorant le fait que le cinéma algérien a régressé sur le plan de la production, de la distribution et de l’industrie, ainsi que l’exploitation des salles, le critique du cinéma et l’académicien, M. Ahmed Bedjaoui, a affirmé : «On a abandonné tous ces secteurs, on a abandonné le public, on a voulu faire un cinéma sans public.»

PUBLIE LE : 11-10-2018 | 0:00
Ph. A. Asselah

Déplorant le fait que le cinéma algérien a régressé sur le plan de la production, de la distribution et de l’industrie, ainsi que l’exploitation des salles, le critique du cinéma et l’académicien, M. Ahmed Bedjaoui, a affirmé : «On a abandonné tous ces secteurs, on a abandonné le public, on a voulu faire un cinéma sans public.»

Il a également souligné que «la priorité, c’est de ramener le public dans les salles de cinéma ».
Sur le plan cinématographique, l’Algérie peut être considérée comme un cas distinct. C’est vraisemblablement le seul pays au monde à avoir gagné une Palme d’Or ou un Oscar du meilleur film étranger et à produire une dizaine de films par an sans qu’il y ait pour autant un cycle normal d’une industrie cinématographique. C’est probablement aussi le seul pays au monde où le nombre moyen de long-métrages produits par an dépasse le nombre de salles offrant une réelle programmation de cinéma. Si le cinéma algérien est «en crise», depuis maintenant une trentaine d'années, selon les dires des observateurs et des officiels, c’est probablement parce qu'il est en crise depuis l'indépendance de l'Algérie. Souffrant de problèmes structurels et structuraux, le cinéma algérien n'a pu exister que grâce aux subventions quasi-exclusives de l’Etat algérien. Invité de l’émission Sédjilat wa maâna au centre culturel Aissa Messaoudi de la Radio algérienne a affirmé qu’«aujourd’hui les capacités des créateurs sont importantes mais nous manquons de structures… On encadre presque une ‘’non activité’’», dit-il. Dans cette optique il a souligné la nécessité de développer l’éducation au cinéma. «Les gens ont l’habitude du DVD mais les Algériens peuvent à nouveau consommer du cinéma». « La magie de voir un film sur grand écran, en groupe, est irremplaçable ! Quand la télévision se sera libérée de la pensée unique, aussi, les choses changeront», a soutenu l’hôte de l’émission Sédjilat wa maâna.
Dans le même ordre d’idées il a estimé que «c’est le public qui fait le cinéaste… c’est lui qui créé les conditions d’un vrai cinéma national», «on a des films…, on a pas de cinéma !», a-t-il lancé. La solution de facilité pour beaucoup de cinéastes, développe M. Bedjaoui, «c’est d’aller à l’étranger pour retrouver tout ce qui est leur disposition mais en utilisant les devises du citoyen algérien ce qui est impardonnable ». Pour remédier à cette question, il a affirmé « je pense qu’il faut décider un jour d’obliger ces cinéastes à travailler avec des techniciens algériens… des dizaines et des dizaines de jeunes sont diplômés, chaque années de Ouled Fayet et l’ISMAS, des techniciens de son, d’image… très compétents»,
«d’autres parts… moins vous les utilisez moins ils vont être compétents», a-t-il souligné. Et d’ajouter : «Si j’étais au commandes je déciderais que plus jamais on importerait un technicien étranger, que plus jamais on ramènerait un monteur…, nous allons faire mal au début et bien après ». « Il faut un début à tout. C’est en forgeant que l’on devient forgeron. A la télé comment nous avons réussi à faire Bouamama ? Est-ce qu’ils sont capables de le faire maintenant ? Après sept ans de travail, nous avons forgé des gens ultra compétents. Nous n’avions jamais ramené un directeur photo ou un technicien étranger à la télé et pourtant nous produisions treize films par an et par fois nous avions huit films qui étaient de francs ». Qualifiant le cinéma d’«affaire commerciale» qui exige des compétences en matière d’exploitation et de connaissance du public, le critique cinématographique a appelé à la privatisation des salles de cinéma et la distribution des films. «Priver les distributeurs privés nationaux et étrangers d’exercer leur métier a mené à terme à la mort de ce secteur. Continuer pendant des décennies à développer nos films à l’étranger a contraint l’Algérie à dépenser des dizaines de fois le prix de l’installation de laboratoires civils qui n’arrangeaient pas tout le monde». Il y a lieu de rappeler, par ailleurs, Ahmed Bedjaoui, avec son air jovial, est une figure connue du cinéma algérien. C’était lui qui animait le célèbre Télé Ciné club de 1969 à 1989. C’était une tonalité particulière, mais surtout un contenu. Grâce à lui, les Algériens ont pu découvrir les classiques du cinéma universel. Il savait, avec pédagogie, et les invités qu’il conviait sur le plateau, décortiquer un film. On pouvait voir, avec délectation, les œuvres d’Alfred Hitchcock, Ingmar Bergman, Salah Abou Seif, et, bien sûr, les films algériens. Ahmed Bedjaoui est expert en communication, c’est, pour les connaisseurs, monsieur cinéma.
Sihem Oubraham
 

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