mardi 16 octobre 2018 10:01:58

Note de lecture : Au bout de la tristesse, l’espoir…

Ce roman est le récit de multiples traversées des ombres conduisant, au final, un homme à la délivrance et à la sérénité souveraine et radieuse.

PUBLIE LE : 07-10-2018 | 0:00
D.R

Ce roman est le récit de multiples traversées des ombres conduisant, au final, un homme à la délivrance et à la sérénité souveraine et radieuse.

Cet homme, sur le point de divorcer à l’amiable d’avec son épouse et venant de la quitter, marche dans la rue désemparé, sans trop savoir quoi faire après cette rupture tant redoutée. Soudain son destin bascule vers une direction à laquelle il était loin de s’attendre : dans cette rue déserte, «encombrée de véhicules en stationnement et de poubelles rembourrées, il marche malencontreusement sur un crotte de chien». Cet homme, c’est Meziane, émigré depuis quelques années en France, et sa femme, c’est Sylvie, qui ne veut plus de cette vie où son partenaire est souvent au chômage.
Partant de là, l’histoire de Meziane emporte le lecteur comme les rafales le poussant sur les abords de la Reynerie, dans la commune de Toulouse : la fluidité de la langue de Katia Hacène, le pouvoir exercé par ses mots riches de saveur et ses phrases habitées de sens renforcent son talent. Mais, au-delà même du récit proprement dit, dont la philosophie tranquille a dû rassurer des familles entières de lecteurs, c’est la capacité du genre humain à se sauver en se mettant à l’écoute de «ce qui se décide au plus profond de soi» qui intéresse l’auteure.
A partir d’une situation —toutes proportions gardées— à résonance pasolinienne, basée sur l’irruption dans une famille bourgeoise d’un migrant chômeur qui vient de sauver la fillette Lucie et son chien Caramel d’un incendie mortel durant l’absence des parents, mais dont la seule présence provoque en chacun des personnages des mouvements intérieurs aux conséquences inattendues, à partir de cette situation donc, Katia Hacène décrit la manière dont Philippe Maurin et son épouse, qui ne sont autres que les parents de la petite Lucie, font en sorte que cette irruption-là, contre toute attente, fait face à des profils tout à fait contraires aux clichés dans lesquels ils auraient pu s’enfermer : ceux du père et de la mère reconnaissants, qui finissent par nous charmer, même si on est un peu loin, du point de vue littérature, des flamboiements romanesques d’un Mohammed Dib ou d’une Assia Djebar, qui, eux aussi, après avoir connu l’exil, ont retrouvé la blancheur des jours réconciliés..

…le présent semé d’embûches, la hantise du passé, le futur dans le brouillard

Toujours est-il que notre héros ressemble quelque peu à son auteure, étant entendu, ce qui n’est guère un secret, que celui-ci est ballotté entre le présent semé d’embûches, la hantise du passé, le futur dans le brouillard. Le récit n’avance pas en ligne droite, mais par vagues sinusoïdales. Il passe par le passé, revient vers le présent, s’attarde sur les relations du héros Meziane avec les autres personnages, mais aussi sur les événements qui entrent perpétuellement en résonance avec les ombres de l’histoire récente du pays natal. Dans les dernières pages, la romancière fait finalement justice des préjugés entretenus depuis toujours contre cette bourgeoisie «convenable et civilisée» dont la prétendue hypocrisie est en réalité une pudeur, les habitudes monotones, une manière d’exorciser le passage du temps, les conventions rigoureuses, une solution pour «rendre l’existence intéressante comme un morceau de théâtre». Autant dire qu’il s’agit là d’une démarche pratiquement opposée à celle propre aux récits conventionnels et que, partant de là, on aurait peut-être tort, dorénavant, de mettre des familles telles celle des Maurin et d’autres, tout aussi bourgeoises, dans le même panier. A ce titre, le roman «Jusqu’au bout des flammes» reste un rare plaisir de lecture.

«Jusqu’au bout des flammes», roman de Katia Hacène ; Editions Dhakiret El Ouma, Alger 2015, 174 pages.

Kamel Bouslama

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Bio Express
Née à Alger le 28 juin 1961, Katia Hacène est issue d’une famille lettrée, originaire de la Grande Kabylie (Algérie). En 1986, elle entreprend une carrière de journaliste polyvalente en langue anglaise et française au journal «Horizons» puis devient, en 1990, membre fondateur honoraire du quotidien francophone «Le Soir d’Algérie», où elle occupe un poste de chef de rubrique. Depuis plusieurs années, elle se consacre essentiellement à l’écriture et vit actuellement en France. Elle est, par ailleurs, engagée dans le bénévolat, partenaire d’associations et organismes qui la sollicitent.

 

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