Oslo, 25 ans après : Retour sur un échec

Jamais un accord n'a suscité autant d'espoir que celui d'Oslo. Le 13 septembre 1993, après six mois de négociations secrètes à Oslo, Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) s'étaient reconnus, signant à Washington sous l'égide du président Bill Clinton, une «déclaration de principes» sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans.
PUBLIE LE : 12-09-2018 | 0:00

Jamais un accord n'a suscité autant d'espoir que celui d'Oslo. Le 13 septembre 1993, après six mois de négociations secrètes à Oslo, Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) s'étaient reconnus, signant à Washington sous l'égide du président Bill Clinton, une «déclaration de principes» sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans. Par étapes successives, le processus engagé devait aboutir à la résolution du conflit avant la fin du siècle dernier. Oslo a mis en place des mécanismes d'auto-gouvernance censés aboutir au principe de deux États. L'Autorité palestinienne, considérée comme la préfiguration de cet État, est le seul vestige qui est toujours en place à ce jour. Mais les coups se sont succédé contre Oslo. Le 4 novembre 1995, le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, est assassiné par un extrémiste juif opposé au processus. En 2000, une Deuxième Intifada éclate, après l'échec du sommet de Camp David. Dans le même temps, les logements de colons se multiplient en Cisjordanie, sur des terres que les Palestiniens considèrent comme faisant partie de leur futur État. Au pouvoir depuis près d'une décennie, après un premier mandat de 1996 à 1999, le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige actuellement ce qui passe pour le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël. Des membres éminents de sa coalition réclament ouvertement l'annexion d'une grande partie de la Cisjordanie, qualifiée, à juste titre d'ailleurs, de «peau de léopard», à cause de la prolifération des colonies sauvages et illégales aux yeux du droit international, faisant fi des mises en garde contre le régime d'apartheid qui risquerait d'aller de pair. M. Trump lui-même, dont le plan a provoqué rejet et tollé généraux, a admis dernièrement «commencer à croire» lui aussi qu'un accord israélo-palestinien est peut-être le plus difficile qui soit à conclure. Vingt-cinq ans après l'historique poignée de mains entre Arafat et Rabin, les accords d'Oslo n'ont pas apporté la paix espérée et, pour beaucoup, l'heure approche à grands pas de les déclarer morts en même temps que l'idée d'un État palestinien coexistant avec Israël. Les plus accrochés à la solution à deux États observent, actuellement, avec inquiétude, ce qu'ils voient comme le glissement profond d'Israël vers la droite, la pérennisation de l'occupation des Territoires, l'étiolement de la direction palestinienne ou les mesures de rupture prises par l'administration Trump. Reconnaissance d'El-Qods comme capitale d'Israël, annonce de la fermeture de la représentation palestinienne à Washington, suppression des aides aux réfugiés et aux hôpitaux palestiniens, et refus de s'engager sur la solution à deux États : la Maison-Blanche s'est aliéné la direction palestinienne.

Échec programmé

L'échec d'Oslo est l'échec programmé d'un processus par lequel on a tenté d'imposer aux Palestiniens de renoncer à leurs droits et de renoncer à les revendiquer, au nom d'une autonomie illusoire et d'un transfert d'une partie des compétences et prérogatives de l'administration coloniale à une administration autochtone sans réelle souveraineté. On pourrait donc dire que les responsables sont tous ceux qui ont entretenu l'illusion d'un «processus de paix», que la réalité du terrain démentait chaque jour. Mais, bien évidemment, la problématique centrale demeure la même depuis des décennies : l'occupation et la colonisation israéliennes, et le déni de droits pour les Palestiniens. Les accords d'Oslo ne réglaient absolument aucune des questions fondamentales : colonisation, occupation, réfugiés, etc. Les accords d'Oslo ouvraient une période dite «intérimaire», au terme de laquelle lesdites questions devaient être évoquées. Or, le principe même et les conditions de cette période intérimaire étaient annonciateurs du pire : Israël s'engageait en effet à se «redéployer» au sein des territoires palestiniens (et non à se «retirer» des territoires palestiniens, la nuance est de taille), confiant la gestion des zones évacuées (appelées «zones autonomes») à une administration autochtone : l'Autorité Palestinienne (AP). Or, et ce dès le début du «processus d'Oslo», les redéploiements israéliens ont été conditionnés à la capacité de l'AP à «gérer» ses zones autonomes, c'est-à-dire à y maintenir l'ordre. En d'autres termes, on a demandé aux Palestiniens de cesser de lutter pour leurs droits alors que ceux-ci n'étaient pas satisfaits, en échange de la promesse de leur éventuelle satisfaction. Qui pouvait raisonnablement penser qu'un tel processus serait fonctionnel ?

Vexations et privations

Les accords d'Oslo, qui auraient dû déboucher sur l'indépendance et la prospérité, ont engendré pour les Palestiniens vexations et privations. C'est avant tout la gangrène de la colonisation, dévorant inexorablement les terres, qui éroda l'espoir de paix chez les Palestiniens. Quelques chiffres parlent d'eux-mêmes : en 1993, on comptait environ 120. 000 colons en Cisjordanie ; leur nombre augmente de 40.000 sous les gouvernements travaillistes (celui de Rabin, puis celui de Pérès, juin 1993-mai 1996) ; de 30.000 sous le gouvernement de droite de Benyamin Netanyahou (1996-mai 1999) et encore de 20.000 durant le gouvernement d'Ehud Barak (mai 1999-février 2001). Quand éclate la seconde Intifada, le nombre de colons en Cisjordanie dépasse les 200.000 (plus un nombre équivalent à El-Qods-Es occupée). «Un gouvernement du Likoud annonce la construction de dix implantations, mais n'en construit qu'une ; les travaillistes en annoncent une, mais en construisent dix», disait un adage populaire israélien des années 1980.
Durant les années 1990, ces différences entre les deux formations disparaîtront, et chacune multipliera les faits accomplis. L'esprit d'Oslo aurait supposé, durant les cinq ans d'autonomie, une évacuation militaire de l'immense majorité des territoires palestiniens occupés ; il n'en fut rien. Le gouvernement israélien imposa un découpage kafkaïen de la Cisjordanie en zones A, B et C — la zone A (essentiellement les grandes villes) sous contrôle total palestinien, la zone B (la grande majorité des villages palestiniens) sous autorité administrative palestinienne, mais dont la sécurité incombe à l'armée israélienne, la zone C restant occupée. En l'an 2000, quand commencent les négociations sur le statut final, l'Autorité palestinienne administre des confettis éparpillés sur 40% de la Cisjordanie seulement (si on additionne les zones A et B) et sur les deux tiers de la bande de Ghaza. Oslo paraît désormais bien loin. Vingt cinq ans plus tard, l'occupation de la Palestine se pérennise, renforcée par une colonisation accélérée. Plusieurs centaines de kilomètres de murs annexent de facto à Israël une partie de la Cisjordanie, de ses meilleures terres et de ses réserves d'eau. Un réseau de routes réservées aux colons crée entre les colonies et le territoire israélien un continuum territorial.
Des «blocs» de colonies séparent El-Qods de son arrière-pays palestinien. Des dizaines de check-points militaires israéliens complètent l'arsenal de contrôle de la Cisjordanie et de sa population, d'enclavement des villes, villages et camps de réfugiés, et d'entrave à tout mouvement et à toute vie économique et sociale palestiniennes.
La bande de Ghaza tente de survivre sous blocus terrestre, maritime et aérien, soumise à des bombardements réguliers. Les prisons israéliennes continuent de détenir plusieurs milliers de Palestiniens, parmi lesquels nombre d'élus et de militants de la résistance, sans compter les enfants. Les réfugiés palestiniens n'ont toujours aucune perspective de reconnaissance ni de retour. Dans l'actuel territoire israélien lui-même, le plan dit «Prawer» prévoit le transfert forcé de près de 70.000 paysans dans le désert de Néguev et la destruction de trente-cinq villages «non reconnus» par le gouvernement israélien. Alors que certains continuent d'entretenir l'illusion d'une paix, les Palestiniens eux ne croient plus en rien et surtout pas à la communauté internationale (États-Unis et Union européenne, particulièrement) qui a toujours exercé des pressions sur la partie la plus faible pour obtenir plus de concessions.     M. T.

 


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