Pétards et feux d’artifices : Graves nuisances

Une forte solidarité existe entre dealers
PUBLIE LE : 11-09-2018 | 0:00

On s’est souvent demandé pourquoi, en dehors de la fête du mawlid En Nabaoui ou même des autres fêtes religieuses et nationales, les pétards reviennent fréquemment, encore plus bruyants que jamais dans le ciel nocturne de la capitale.                                                                                                          
En plusieurs endroits et, de surcroit, «à une heure pâle de la nuit». Ce qui ne peut manquer, chaque fois, d’attirer l’attention plutôt naïve des riverains qui commencent depuis peu à s’interroger.
Renseignements pris, notamment auprès de quelques citoyens avisés, ces pétards annonceraient tout simplement l’arrivée de la drogue dans les quartiers où celle-ci est consommée. Le nom de code généralement usité, «zetla», ne figure que dans le jargon des dealers entre eux. Eh oui, c’est ainsi que désormais le vaste et dense réseau qui s’est constitué, du moins au niveau de certains quartiers de la capitale, autour de ce trafic illicite, a trouvé le moyen de faire annoncer, d’abord par téléphone, l’arrivée des dealers-livreurs, lesquels sont attendus puis accueillis  par les guetteurs dans chaque quartier respectif, dealers eux aussi. Ces derniers (les guetteurs) vont, à leur tour, prévenir —par pétards interposés— tous les consommateurs habituels qui vont se rendre à des endroits donnés de leur quartier pour «récupérer» leur quote-part, le tout ayant été «bouclé» précisément grâce à cet outil de travail que sont ces pétards lancés dans la nuit et ce, pendant que les riverains, réveillés quelquefois brusquement de leur sommeil, se demandent naïvement ce qui peut bien, presque chaque nuit que Dieu fait, se passer dans leurs quartiers respectifs.
Autre détail qui ne peut que traduire le haut degré d’organisation de ce réseau de trafic de drogue : le code sonore ainsi utilisé se déclinerait  en nombre de pétards lancés selon chaque quartier : par exemple, dans un quartier donné du centre ville, le nombre de pétards n’est pas le même que celui d’un autre quartier, et ainsi de suite. Il existerait donc un nombre spécifique de lancers de pétards pour chaque quartier, ce qui constitue, il faut en convenir, un mode de communication très élaboré.

Une forte solidarité existe entre dealers

Et comment va réagir le citoyen lambda quand vous lui expliquerez pourquoi tant de pétards, souvent aux mêmes heures, sont lancés tard dans la nuit non loin de chez lui ? D’abord il va «tomber des nues», pour reprendre l’expression, puis il se ressaisira, et vous posera illico presto cette brûlante question : «La police est-elle au courant ?». «Oui, bien sûr, les services de police spécialisés le savent», répondrez-vous, «mais sans doute attendent-ils le moment propice pour agir, car ce n’est pas si évident que ça d’intervenir à tout moment, de surcroit  à l’emporte-pièce». Il faut savoir, en ce sens, qu’en dépit de ce qu’on raconte sur leurs relations, souvent maillées de conflits, une forte complicité existe entre les dealers et consommateurs ; ils vont donc être prévenus par ces mêmes guetteurs et ce, chaque fois qu’ils seront alertés de l’arrivée des policiers dans leurs quartiers respectifs ; du moins s’agissant de ceux qui sont en tenue. Car les autres, par souci d’efficacité, vont rester invisibles et seront donc tout aussi imprévisibles. Ce que d’ailleurs craignent le plus ces dealers. Il ne faut donc surtout pas tomber dans ce piège qui consiste à faire croire que nos policiers ne font pas leur «boulot», bien au contraire. Beaucoup de petits et grands délinquants dont des dealers sont interpellés presque chaque nuit que Dieu fait à Alger et dans les autres grandes villes du pays ; au demeurant comme dans toutes les autres capitales de la planète. Ce qu’il conviendrait de retenir dans les cas algérien, c’est qu’il y a là un grand travail qui se fait, un travail de longue haleine bien sûr, mais quelquefois sans que le citoyen lambda n’en soit informé, discrétion due à la nature du métier oblige.
Cela dit, peut-on avancer que les citoyens lambda vont continuer de dormir tranquilles, maintenant qu’ils savent que les pétards en question correspondent à l’arrivée de la «zetla» dans leur quartier respectifs ? A eux d’en juger en dernier ressort, selon le degré de nuisance sonore engendré par les pétards en question. Nonobstant, bien sûr, les ravages que la consommation de drogue exerce déjà sur les jeunes des quartiers difficiles, pour ne pas dire des zones de non-droit.
Kamel Bouslama

 


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