mardi 13 novembre 2018 02:28:18

Inde : Portrait à la machine à écrire

Calligramme téléphonique

PUBLIE LE : 11-09-2018 | 0:00
D.R

Tac-tac-tac-tac-tac. Visage concentré, la main gauche maintenant l'extrémité du chariot, la droite pressant les touches, le retraité indien Chandrakant Bhide crée l'une de ses œuvres d'art emblématiques: un portrait réalisé à la machine à écrire. Des personnalités politiques aux stars de cinéma, des joueurs de cricket aux personnages d'animation ou symboles religieux, ce septuagénaire de Bombay a accompli en un demi-siècle près de 150 dessins composés uniquement de caractères imprimés. Un travail qui lui vaut une petite notoriété dans la capitale économique indienne. «J'ai fait beaucoup de personnalités comme le Mahatma Gandhi, Jawaharlal Nehru, Indira Gandhi, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy. C'est mon hobby, ma passion», confie-t-il. Ses doigts assurés font crépiter sa vieille machine à écrire, une Halda aussi massive que rouillée. Avec des cliquetis métalliques, les blocs gravés viennent frapper sèchement le ruban encreur et marquer le papier de leur empreinte. Dans cette discipline, pas le droit à l'erreur. «La dactylographie requiert du dévouement et de la concentration. Si vous mettez une touche au mauvais emplacement alors vous devez tout recommencer à zéro», explique Chandrakant. «Ce n'est pas comme un ordinateur où vous pouvez effacer. De nombreuses fois j'ai commis des erreurs et dû tout refaire.» Le procédé est minutieux. De temps à autre, Chandrakant Bhide interrompt sa frappe, change l'angle de la feuille de papier, passe de l'encre noire à l'encre rouge et vice-versa, vérifie un détail sur la photographie qui lui sert de modèle. Jeune homme, il rêvait de faire une école d'art et de devenir artiste. Sa famille n'en avait pas les moyens. Il a fait des études de dactylographie et de sténographie.

Calligramme téléphonique 

En 1967, il est employé dans l'administration de l'Union Bank of India lorsque son patron lui demande de taper une liste des numéros d'interphones des membres du personnel. «Je l'ai tapée en forme de téléphone. Lorsque j'ai vu ça j'ai pensé, 'C'est fantastique, je peux faire de l'art sur ce support'. Tout le monde a eu l'air d'aimer aussi», se remémore-t-il. Il commence alors à utiliser la lettre «x» pour produire des images de Ganesh à l'occasion du grand festival annuel célébrant ce dieu hindou mi-homme mi-éléphant. De là, il passe à des portraits plus exigeants de personnalités indiennes et étrangères, explorant plus amplement la gamme du clavier - «w», «*», «&» ou «%» par exemple. Pour représenter la chevelure frisée de Sachin Tendulkar, légende du cricket indien, Chandrakant recourt à un nuage de «à», normalement utilisé pour les adresses de messagerie électronique. Si réaliser un Ganesh ne lui prend que 15 minutes, plusieurs heures de frappe précise et scrupuleuse lui sont en revanche nécessaires pour faire émerger sur le papier les traits d'un personnage célèbre. Chandrakant Bhide ne vend pas ses oeuvres, ni n'accepte de commande, mais ses travaux ont fait l'objet de 12 expositions. Il a également pu montrer à plusieurs vedettes indiennes les portraits qu'il avait réalisés d'elles. Ses prochains projets ? Des dessins de Donald Trump, de la reine Élisabeth II ou encore du Premier ministre indien Narendra Modi. Dans cette aventure, Chandrakant Bhide reste accompagné par la fidèle machine à écrire qu'il a utilisée durant ses 30 ans de carrière à l'Union Bank. Son employeur la lui a cédée pour une roupie symbolique lorsqu'il a pris sa retraite au milieu des années 1990. «J'en ai tiré tellement de choses. Taper à la machine à écrire est un art.»

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