mardi 20 novembre 2018 23:43:14

Décryptage : La Libye, victime des ingérences extérieures

Moncef Djaziri, chercheur : « La position algérienne est dictée par un souci majeur, celui de stabiliser la Libye. »

PUBLIE LE : 11-09-2018 | 0:00
D.R

La Libye, en proie à une guerre civile depuis 2011, est victime des ingérences extérieures, a affirmé le chercheur Moncef Djaziri, soulignant que ces ingérences rendent la réconciliation interlibyenne «très difficile». «Depuis 2011, les influences, sous des formes diverses, des uns et des autres, compliquent la donne et aggravent la crise dans un pays toujours plus convoité. Ces ingérences exacerbent les différences entre les Libyens et rendent la réconciliation très difficile», a expliqué ce spécialiste de la Libye, dans une interview accordée au site de l'Institut de veille et d'étude des relations internationales et stratégiques (IVERIS), soutenant que «plus le temps passe, plus la situation devient difficile à décrypter».

Pour ce professeur à l'Institut des études politiques internationales à Lausanne, «on ne peut comprendre la persistance de la crise en Libye et son aggravation, si l’on ne prend pas en compte les interférences des uns et des autres et leur soutien», évoquant les interférences des Occidentaux (France, États-Unis et Italie), de la Turquie, de l'Égypte, des Émirats arabes unis, de l'Arabie saoudite et du Qatar.
Il a expliqué que l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Égypte apportent leur soutien financier et militaire au pouvoir à Benghazi, afin de «faire contrepoids à l’influence déterminante du Qatar sur celui de Tripoli». Il a rappelé par ailleurs qu'au début du conflit, l’Algérie s’était opposée à l’intervention occidentale de 2011, «moins par amitié ou amour pour Mouammar El-Gueddafi, que les autorités algériennes tenaient à distance pour son rôle et son influence dans la région, mais par réalisme, craignant, à juste raison, que la disparition du régime jamahiriyen ne conduise à une désorganisation de la Libye et à une déstabilisation de l’Afrique». «Ce qui s’est avéré être le cas. Depuis 2011, l’Algérie a tenté différentes médiations en Libye, en vue d’aboutir à un accord entre les parties en conflit, mais hélas sans résultat», a-t-il ajouté, affirmant que la position algérienne «est dictée par un souci majeur : stabiliser la Libye et intégrer les islamistes pour réaliser la paix dans ce pays».

 Le réalisme algérien

Il a expliqué que sur ce dernier point, il y a des «profondes divergences» entre l’Algérie, d’un côté, l’Égypte et les États-Unis de Donald Trump, de l’autre. «C’est une des raisons pour lesquelles les efforts des autorités algériennes sont restés vains», a-t-il déploré. Évoquant, dans son décryptage, le rôle de la France, Moncef Djaziri a rappelé la responsabilité de la France de Nicolas Sarkozy dans le «désastre libyen», expliquant que l'initiative du président Emmanuel Macron de réunir les responsables libyens à Paris, en mai dernier, «s’inscrit dans le prolongement de sa prise de position de condamnation de l’intervention française en 2011, et constitue un gage de sa volonté de jouer un rôle constructif en Libye». Il estime que l’accord de Paris, obtenu à l'issue de la conférence, «risque bien de demeurer lettre morte», et les raisons, a-t-il expliqué, sont multiples et à la fois intérieures et extérieures à la Libye. En ce qui concerne l'action des Nations unies dans la résolution de la crise libyenne, l'universitaire a estimé qu'elle a été marquée «par une grande incohérence, beaucoup d’ambivalence, et trop d’erreurs ont été commises». «En sept ans, six représentants se sont succédé sans aucune ligne de conduite claire, cohérente et continue», a-t-il fait constater, affirmant que l’actuel représentant de l'Onu, Ghassan Salamé, a perdu la main sur le dossier libyen depuis la nomination le 2 juillet 2018 d’une vice-présidente de l’Unsmil (mission de l’ONU en Libye), chargée des questions politiques. «L’arrivée de la diplomate américaine, Stephanie Williams, semble indiquer le début d’un nouveau tournant de l’action de l’Unsmil en Libye, qui va de pair avec le retour sur la scène libyenne des États-Unis», a-t-il ajouté.


 

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions