dimanche 22 juillet 2018 17:29:33

Incivisme urbain : Un mal profond

D’abord, cela commence tôt le matin par ce liquide non identifié que vous venez de recevoir sur la tête de façon plutôt inattendue, sans que vous sachiez exactement de quel liquide il s’agit ni de quel balcon il provient.

PUBLIE LE : 09-07-2018 | 0:00
D.R

D’abord, cela commence tôt le matin par ce liquide non identifié que vous venez de recevoir sur la tête de façon plutôt inattendue, sans que vous sachiez exactement de quel liquide il s’agit ni de quel balcon il provient.

Ensuite, les premières minutes de la matinée s’égrenant, regardant souvent votre montre afin de vous assurer que vous n’allez pas arriver en retard à votre travail, vous vous dirigez prestement vers votre véhicule.
Or, une fois arrivé(e) sur les lieux du stationnement, voilà que ça… recommence : mais autrement, sous un aspect plus incisif, comme s’il s’agissait là d’une malédiction. Cette fois-ci, en effet, la dose de désagrément est sensiblement plus forte dans la mesure où, vous demandant encore si ce que vous avez reçu auparavant sur la tète est un crachat, une eau usée ou de l’eau de climatiseur, vous vous surprenez à constater à nouveau et avec effarement que la lunette arrière de votre véhicule a été tout simplement… vandalisée ! Eh oui, le moins qu’on puise dire, c’est que la lunette arrière de votre véhicule est devenue béante et ce, après avoir reçu un choc. Alors, une fois vos esprits retrouvés, vous en déduisez forcément que ce choc ne pouvait être causé que par un projectile, provenant vraisemblablement d’un des étages de l’immeuble jouxtant votre véhicule.
Après maintes supputations, vous vous résolvez à envisager avec dépit cette lancinante et double interrogation : quelle a bien pu être la vraie nature de ce projectile et d’où a-t-il bien pu provenir ? Réponse, bien entendu, après quelques brèves investigations auxquelles vous avez dû procéder aux abords immédiats de votre véhicule : contre toute attente, le projectile est une poêle ! Oui, une grande et vieille poêle à frire jetée du balcon d’on ne sait quel étage de l’immeuble attenant —il y en a six, d’étages— et cela, probablement durant la nuit écoulée. Attendez ! Ce n’est pas tout. La «meilleure», pour ne pas dire le pire, c’est que le véhicule vandalisé était stationné juste à proximité immédiate de la décharge publique du quartier, laquelle est constituée de six bacs à ordures et de déchets ménagers placés les uns à côté des autres.                     
Or, selon les témoignages recueillis aussitôt auprès de quelques riverains «au-dessus de tout soupçon», la poêle en question n’a pu être jetée d’un balcon donné de l’immeuble que par une personne qui, visiblement, ne voulant pas descendre jusqu’au rez-de-chaussée, a cru bon de viser un des bacs à déchets concernés ; et cela, juste pour éviter de devoir consentir l’effort de descendre les étages pour l’y déposer. Et ainsi éviter d’avoir —une fois cet acte ô combien civique accompli— à remonter péniblement les étages à pied. Réflexion faite, il était tellement plus facile —n’est-ce pas ?— de jeter la poêle à partir du balcon de son étage. Sans trop se soucier, bien sûr, de l’endroit où il allait «atterrir». Ce qui fut fait toute honte bue, sans considération aucune pour le tort causé à autrui.

La panacée : une école  citoyenne au sens moderne  du terme

Que faire dans pareil cas, que l’on devrait plutôt qualifier de voie de fait, car c’est là un cas expressément prévu et puni par la loi ? Essayer d’identifier la personne responsable de cet acte à travers d’autres questions posées ici et là à deux ou trois autres riverains susceptibles de vous aider en ce sens ? Peine perdue d’avance, ces derniers ne seraient pas en mesure de le faire dans l’immédiat, dès lors que l’agression s’est produite durant la nuit écoulée. Et qu’ils n’auraient, pour toute réponse, qu’entendu le bruit provoqué sans façon, comme chaque soir que Dieu fait, par le camion de ramassage des ordures.
Ou encore, se rendre au commissariat le plus proche et y déposer dûment plainte contre «x» pour jet de poêle à frire d’un balcon d’immeuble sur votre véhicule garé juste en-dessous ? Là aussi, peine perdue d’avance, car la suite à donner à votre dépôt de plainte n’est pas évidente dans la mesure où on risque de vous en dissuader, étant donné que, d’abord, vous êtes une femme, ce que l’on ne se gênera pas de vous faire comprendre, et surtout —tentera-t-on de vous y convaincre aussi— pour la simple et «bonne» raison qu’il y a risque de récidive sur le même véhicule ; et que la fois suivante, cela pourrait être pire…
Alors, après mûre réflexion, vous vous dites sagement qu’il vaut mieux, dans un environnement humain des plus hostiles à ceux qui ne répondent pas à la «normalité» du nombre, notamment la gent féminine qui ne «reste pas à la maison», donc se rendre à cette triste évidence : en l’occurrence se rendre à l’agence où vous avez assuré votre véhicule tous risques, afin de faire constater les dégâts causés ; ensuite, aller chez le plus proche garagiste pour y faire remplacer le pare-brise brisé. Entre- temps, il vous faudra téléphoner au travail pour vous excuser de ne pouvoir arriver à l’heure et aviser que vous y viendrez en retard pour cause d’incident technique survenu à votre véhicule. 
Moralité de l’histoire : nous avons d’un côté le louable vivre ensemble en paix tant prôné et défendu ici et là par ces promoteurs et adeptes qui y croient mordicus et ne désespèrent pas de le faire admettre par tous ; de l’autre, nous subissons quotidiennement l’incivisme outrancier de ceux qui s’imaginent être seuls à vivre dans la cité, voire sur la planète Terre ; et qui ainsi s’autorisent, là où ils se trouvent, à se comporter comme ils l’entendent, bafouant les règles les plus élémentaires du civisme responsable, pour ne pas dire du vivre ensemble en paix. Entre les deux attitudes antipodales, aucune cohabitation possible.
Ce qui nous renvoie inévitablement à l’exigence —toujours d’actualité— d’une école citoyenne, universelle. Et, par la même, à l’impérieuse nécessité d’élaborer des contenus de programmes scolaires résolument ouverts sur l’universalité, lesquels devraient, à l’avenir, intégrer le maximum d’éducation civique au sens moderne, et non archaïque du terme. Sans quoi nous revivrons toujours les mêmes situations, de façon récurrente, sans pour autant y avoir apporté la solution idoine ci-dessus évoquée.
Kamel Bouslama
 

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