lundi 19 novembre 2018 02:50:32

Grand angle : Guerre d’intérêts

L’histoire tumultueuse que vit la République centrafricaine a quelque chose de paradoxal. Pays d’à peine 3,5 millions d’habitants, pour une superficie de 622.000 km², la Centrafrique a, à sa tête, un président dont l’élection n’avait souffert d’aucune contestation.

PUBLIE LE : 22-05-2018 | 0:00
D.R

L’histoire tumultueuse que vit la République centrafricaine a quelque chose de paradoxal. Pays  d’à peine 3,5 millions d’habitants, pour une superficie de 622.000 km², la Centrafrique a, à sa tête, un président dont l’élection n’avait souffert d’aucune contestation. La logique aurait également voulu que la langue sango, parlée par tout le monde, serve de facteur de cohésion, et donc aide à réduire les risques d’affrontements entre les composantes de la nation. Mais c’est loin d’être le cas. Pour les autorités de ce pays d’Afrique, il ne s’agit pas seulement de se remettre du chaos consécutif au coup d’Etat qui, le 24 mars 2013, avait entrainé la chute de François Bozizé. À la fois plus étendu et infiniment plus complexe, le chantier prend nécessairement en compte le  lourd passif du pays. Il est notamment question de considérer les cinq coups d’Etat qui ont jalonné l’histoire de ce pays de l’Afrique centrale, depuis son indépendance en 1960. D’autant qu’à cette instabilité, notoire à l’intérieur, on peut greffer un environnement extérieur tout aussi trouble. On en veut pour preuve que le Tchad, le Soudan, le Soudan du sud, la RDC et le Congo-Brazzaville, entre autres pays frontaliers de la Centrafrique, ne sont pas des ilots de paix. Ces problèmes d’ordre sociopolitique ont naturellement rejailli sur tous les autres aspects de la nation. Le volet géostratégique a envenimé encore un peu plus les tensions dans ce pays. La présence récente de la Russie sur l’échiquier centrafricain, jusque là l’apanage des grandes puissances, est perçu comme une violation flagrante des mœurs diplomatiques en vigueur jusqu’ici. « La Centrafrique, c'est un échiquier géopolitique où chacun avance ses pions. Quand l'un bouge, les autres regardent et agissent en conséquence», selon un haut fonctionnaire onusien à Bangui. France, Etats-Unis, Chine et Russie se disputent chaque parcelle. Présente dans les domaines de l’armement à la faveur d’une autorisation de l’Onu en 2017, de la santé..., Moscou a décuplé son champ d’interventions grâce à des accords bilatéraux. Les promesses non honorées par les occidentaux ont poussé les dirigeants de ce pays à se retourner vers la Russie et la Chine qui dament sérieusement le pion aux puissances traditionnelles.
«Les Occidentaux ont raté le coche», estiment certains analystes. Lors de la conférence de Bruxelles en novembre 2016, la communauté internationale avait promis une aide d’une somme totale de 2,2 milliards de dollars. Fin 2017, début 2018, Pékin a annoncé concrètement plusieurs «cadeaux» à la Centrafrique : annulation d'une dette de 17 milliards de dollars, formation en Chine de cadres centrafricains, donation de matériel militaire... La présence des pays émergeants marque désormais un changement clair des relations de l'Occident à l'Afrique beaucoup plus centrées maintenant sur les migrations et la sécurité. Si pour l’actuel président Faustin-Archange Touadéra, ce regain d’intérêt s’inscrit en droite ligne d’une
«diplomatie dynamique», les observateurs quant à eux y voient la naissance d’une nouvelle zone de guerre d’intérêts dans cette partie de l’Afrique.
M. T.

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