lundi 15 octobre 2018 14:20:09

Projection du documentaire Sur les traces des camps de regroupement, de Saïd Oulmi : Dénoncer l’atrocité du colonialisme

En présence du ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, le dernier film documentaire du cinéaste Saïd Oulmi, Sur les traces des camps de regroupement, a été projeté en avant-première, lundi soir, à la salle Ibn Khaldoun, en présence d’un nombreux public.

PUBLIE LE : 17-05-2018 | 0:00
D.R

En présence du ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, le dernier film documentaire du cinéaste Saïd Oulmi, Sur les traces des camps  de regroupement, a été projeté en avant-première, lundi soir, à la salle Ibn Khaldoun, en présence d’un nombreux public.
 

Un travail historique de mémoire qui explore la vie dans les camps de regroupement des populations civiles algériennes instaurés par les forces coloniales à partir de 1955. D'une durée de 74 minutes, ce film a été produit par le ministère de la Culture dans le cadre du programme cinématographique du cinquantième anniversaire du recouvrement de l'indépendance.
 Ce film restitue le contexte chaotique de plus de trois millions de civils algériens, soit plus de 40% de la population dans pas moins de 2.300 camps de regroupement dans des conditions inhumaines au vu et au su de la communauté internationale.
Promiscuité, malnutrition, maladies et menace permanente étaient le lot quotidien de ces Algériens déracinés, coupés de leurs moyens de subsistance et de leurs habitats détruits et contraints de s'adapter à un mode de vie «inhumain».
Ils étaient contraints de quitter leurs villages et leur vie nomade, enfermés par l’armée coloniale dans des camps de regroupement sous la surveillance permanente des militaires, vivant dans des taudis de pas plus de 10 mètres carrés dans le but d’annihiler le peuple, mais surtout de couper les liens entre l'Armée de libération nationale (ALN) et la population. Le film met l’accent par ailleurs sur le fort lien qu’entretenait le peuple avec l’ALN, au péril de sa vie et sous la menace de la barbarie, de la torture, avec des rapports classés top secret par l’armée coloniale qui font part de l’incapacité de recueillir le moindre renseignement.
Le réalisateur concentre une première partie de son travail à recueillir des témoignages en allant à la rencontre de citoyens algériens ayant vécu dans ces camps à la fin des années 1950 et qui racontent les conditions inhumaines dans lesquelles ils ont vécu plusieurs années dans les régions de Bouira, Collo, El Ouldja, Sidi Bel Abbès, dans les Aurès ou encore dans le nord du Sahara. Le film s’est intéressé plus longuement aux témoignages de soldats appelés à passer leur service militaire en Algérie qui ont longuement témoigné de l'horreur des camps, à l'image de Xavier Jacquie, infirmier dans un de ces camps, qui deviendra psychiatre par la suite, et qui évoque «l'immense impact» d'un tel acte sur une aussi large population, même les enfants et l'entourage des survivants après l'indépendance de l'Algérie. Les documents et témoignages d'anciens appelés ou de l'ancien Premier ministre français Michel Rocard font état de plus d'un million de personnes menacées par la famine, du déplacement de plusieurs millions d'Algériens et  de centaines de morts quotidiennement.

Travail de mémoire

D'autres personnalités témoignent dans ce documentaire de l'atrocité des camps et de l'impossible retour à la normale, à l'image de l'historien Benjamin Stora, de l'avocat et militant Jacques Vergès, de l'universitaire Mustapha Khiati ou encore de l'homme politique et ancien chef du gouvernement Rédha Malek.
Une partie du documentaire s'articule autour du travail de mémoire entrepris par le photographe français Marc Granger qui avait pris, alors qu'il passait son service militaire, près de 20.000 clichés de femmes algériennes forcées à se dévoiler et à se laisser photographier pour avoir des cartes d'identité alors qu'elle vivaient dans les camps de  regroupement. Le photographe a voulu montrer ces photos et en faire un livre et des expositions pour dénoncer la vie dans les camps, et il revient à Bouira à la rencontre de ceux qu'il avait photographiés cinquante ans plus tôt. Meriem Soudani, Zohra Kacem, Zohra Laâmouri et Hadda Kouhel, seules femmes encore en vie à avoir été photographiées dans les camps, témoignent face à la caméra de la violence et des humiliations quotidiennes subies, en plus du choc d'être photographiées et dévoilées contre leur gré. Le documentaire retrace également le long processus de dénonciation initié par Michel Rocard et qui sera porté très vite par les grands journaux français.
Si les études historiques sur les camps de regroupement restent «très  faibles», il est cependant attesté, selon le réalisateur, que ces lieux ont coûté la vie à plus de «trois millions d'Algériens», morts essentiellement de faim ou de maladie, en plus des séquelles indélébiles laissées chez les survivants dont quelques-uns étaient présents à cette projection. Le réalisateur a appelé les chercheurs académiques à s’intéresser davantage à cette thématique qui reste inexplorée.
Kader Bentounès

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