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Le 19 mai 1956 évoqué au Forum de la Mémoire : L’Appel pour un devoir plus glorieux

« À quoi donc serviraient ces diplômes qu’on continue à nous offrir pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants et nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm. Et nous «les cadavres de demain»

PUBLIE LE : 16-05-2018 | 0:00
Ph. : Nacéra

« À quoi donc serviraient ces diplômes qu’on continue à nous offrir pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants et nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm. Et nous «les cadavres de demain», on nous offre d’encadrer quoi ? D’encadrer… les ruines et les morceaux de cadavres sans doute, ceux de Constantine, de Tébessa, de Philippeville, de Tlemcen et autres lieux appartenant déjà à l’épopée de notre pays. Notre passivité face à la guerre qu’on mène sous nos yeux nous rend complices des accusations ignobles dont notre vaillante Armée nationale est l’objet. La fausse quiétude dans laquelle nous sommes installés ne satisfait plus nos consciences ( ....).  Extrait de l’appel de l'UGEMA à la grève des étudiants et lycéens et à rejoindre l’ALN.

Le 19 mai 1956, les lycéens et les universitaires convaincus qu’ils ne feront pas de meilleurs cadavres avec leur diplôme répondent à l’appel à la grève illimitée lancé par l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA). Ce boycott des classes et des amphithéâtres fera date dans l’histoire.
Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’association Machaal Echahid est revenu, hier, sur la participation des lycéens dans la lutte de Libération nationale. En présence de moudjahidine, des officiers de l’ALN, Salah Goudjil, Laid Lachgar et Salah Laouiri, et des elèves du lycée Touati de Boukram (Lakhdaria), l’historien Mohamed Lahcène Zghidi a axé son intervention sur le rôle des lycéens dans le mouvement national et le combat libérateur, cependant  le conférencier a préféré d’abord revenir sur cette colonisation française expansionniste qui visait notamment les jeunes. Cette occupation a commencé par la destruction des établissements scolaires. Mohamed Zghidi évoque un chiffre évocateur. Avant 1830, dit -il, la Ville d’Alger , à elle seule comptait 640 écoles. C’est dire qu’entre deux écoles, il y avait une école. Dix après, en 1840, il n’en restait que 60. Dans son apport de la Civilisation, comme on prétend çà et là, les Algériens ont été livrés en pâture à l’ignorance. Seule une quantité infime, a eu, pour de multiples raisons, l’immense privilège et le droit à l’enseignement. Pour preuve, en 1900, le nombre de candidats au Bac se limitait à 6. Selon les statistiques de 1954, le nombre de filles scolarisées ne dépassaient pas 900. Ces chiffres en disent long sur la politique de la France coloniale qui avait fermé officiellement les portes des écoles aux Algériens dans le but d’en faire un peuple analphabète, un peuple illettré. Cependant, cette politique s’est heurtée à une résistance farouche, explique l’historien de la part des nationalistes. Le mouvement national a dans ce sillage formé des jeunes, ceux qui ont été derrière la création de l’OS et du déclenchement de la glorieuse Révolution de Novembre. Le groupe des «Six» avait tous un niveau d’enseignement secondaire, et les rédacteurs de la Déclaration de Novembre étaient des lycéens. Le lycée de Blida, actuellement Ibn Rochd, est un haut lieu de l’histoire car c’est dans cet établissement que se sont rencontrés Abane Ramdane, Youcef Benkhedda, Mhamed Yazid, Saad Dahlab ... Les lycéens, ce sont ces jeunes de moins de 20 qui avaient rejoint les rangs de l’ALN , sans même informer leurs parents. Et justement parmi ces jeunes qui avaient répondu à l’appel de la patrie Leila Tayeb, la moudjahida, sénatrice et l’une des premières femmes à occuper le poste de ministre.
C’est avec grand émotion qu’elle se remémore cette année 1956. Aux jeunes lycéens présents à la conférence, elle leur raconte que durant la colonisation aller à l’école n’était pas chose acquise. Et si elle a eu la chance et le droit à l’enseignement, c’est parce qu’elle était issue d’une famille aisée mais aussi révolutionnaire. Elle citera les paroles de son père qui résonnent toujours dans sa tête : «N’oublie jamais que tu es arabe et musulmane».
Au Lycée, avec sept autres camarades, ils feront partie d’une cellule du FLN. Son père cependant l’ignorait. D’ailleurs, précise-t-elle, «qui pouvait soupçonner qu’une jeune lycéenne transportait dans son cartable des tracts, argent et même pistolet ?» Aïcha Saad El Hachemi, une camarade de classe était elle aussi engagée dans ce combat. Elles avaient pour contact un élève en classe terminale, Houari Ferhaoui. En novembre 1956, elles apprennent que le chef de cellule est arrêté. Il fallait rejoindre l’ALN, sous peine d’être arrêtés. Ferhaoui rejoint le maquis en Zone 4, wilaya V ; c’est là qu’il tombe au champ d’honneur. «Aïcha et moi, étions âgées toutes les deux de 17 ans à peine, en zone 6, wilaya V. Cette fille magnifique mourra six mois plus tard, les armes à la main», racontait-elle en larmes. Leila Tayeb ne put poursuivre son récit. Dans la salle, les jeunes lycéens et lycéennes très touchés, comme pour consoler cette vaillante moudjahida, applaudirent en signe de respect à tant de courage et d’abnégation.           
Nora Chergui

 

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