mardi 16 octobre 2018 07:56:39

Transition énergétique et diversification économique : Une demarche graduelle

M. Ould Kaddour : L’énergie solaire est dans nos plans.

PUBLIE LE : 15-05-2018 | 0:00
Photos : Billal

Rencontre en juin avec les entreprises locales. 
Développer un tissu d’établissements de formation de personnel.  

Visiblement, c’est une véritable révolution que mène actuellement le Groupe Sonatrach, à différents niveaux. D’abord, il y a cette ferme volonté de s’implanter à l’étranger pour avoir davantage de plus values, il y a ensuite, cet autre point, non moins essentiel, qui consiste à encourager la communication au sein du groupe mais aussi entre ce dernier et son environnement, aux fins de parvenir à une synergie des efforts en faveur du   développement de l’économie nationale.

«J’ai constaté au début de ma désignation à la tête de Sonatrach (en mars 2017), le manque de communication en son sein. Nous sommes en train   d’œuvrer à changer cette situation et à encourager la communication à tous les niveaux», a notamment souligné le PDG de Sonatrach, lors d’une conférence sur la transition énergétique et la diversification économique, organisée par le Conseil de la nation. M. Abdelmoumen Ould Kaddour, qui accorde une extrême importance à la communication, a aussi émis le vœu que le bilan du groupe Sonatrach et son plan de développement puissent être exposés, chaque année, au parlement, à l’Assemblée populaire nationale et au Conseil de la nation.  Poursuivant ses propos, il  sollicitera les membres de la Chambre haute du parlement et des autres institutions de l’Etat à contribuer à transformer Sonatrach d’entreprise «bureaucratique», a-t-il dit, à une «entreprise commerciale au service du peuple et de l’Etat».
L’on apprend par ailleurs que le programme de développement de la compagnie nationale des hydrocarbures sera également présenté les 24 et 25 juin prochain lors d’une rencontre regroupant les entreprises nationales publiques et privées. «On est tous fiers des entreprises locales», a notamment déclaré M. Ould Kaddour tout en relevant l’importance d’intégrer ces dernières dans le plan de développement de l’entreprise. Il faut dire que le  groupe pétro-gazier national a énormément évolué en une année, avec l’ouverture notamment de plusieurs chantiers, lesquels chantiers commencent, plus ou moins, à donner des résultats. Les chiffres communiqués à la faveur de cette journée parlementaire initiée par la commission des finances et budget du Conseil de la nation et qui s’est déroulée en présence du président de cette institution parlementaire en présence du ministre des Relations avec le Parlement, indiquent que le bilan de l’exercice 2017 s’est matérialisé par une augmentation de 35% en termes de résultat brut, représentant un montant de 361 milliards DA en 2017, alors que le résultat net est passé quant à lui, de 207 milliards DA en 2016, contre 326 milliards de DA en 2017, soit un taux de croissance de 57%.

Des revenus supplémentaires  à l’horizon 2030

Le bilan de l’année 2017 fait ressortir également que Sonatrach a réalisé un chiffre d’affaires à l’exportation de plus 33 milliards dollars, contre plus de 27 milliards dollars en 2016. Ainsi donc, l’année 2017 marque «une amélioration par rapport à 2016», du fait que la production primaire a augmenté de 2%,  passant ainsi à 197 Mtep, et ce, malgré une baisse de la production de pétrole brut, due   essentiellement à l’application de l’accord de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) du 30 novembre 2016, en vertu duquel les membres s’étaient engagés à réduire leur production pour stabiliser le prix du brut. Pour ce qui est des exportations, celles-ci ont enregistré en 2017 un recul de 2% en volume, en comparaison avec l’année 2016. Les exportations ont, toutefois augmenté de 19% en valeur, grâce notamment à l’augmentation du cours du Sahara Blend. L’occasion a également été mise à profit pour évoquer les perspectives de la compagnie des hydrocarbures à l’horizon 2030. Sonatrach ambitionne de réaliser, d’ici là, pas moins de 60 milliards de dollars de revenus supplémentaires, a-t-on mis en avant. L’autre point évoqué lors de cette rencontre est l’acquisition par Sonatrach de la raffinerie d’Augusta (Italie) auprès d’Esso Italiana et ce, à un prix ne dépassant pas un milliard de dollars. Il convient de rappeler dans ce contexte que c’est suite à l’appel d’offres lancé en août 2017 par Esso Italiana (filiale du groupe américain ExxonMobil) que «Sonatrach a pu arracher ce contrat de trois autres partenaires. Capable de traiter à la fois du Sahara blend ainsi que du fuel résiduel issu de la raffinerie de Skikda, la raffinerie d’Augusta s’intégrera directement dans le système de raffinage de Sonatrach. Elle pourra également traiter de la sorte des produits qui sont excédentaires en Algérie en vue de réimporter des produits aujourd’hui en déficit comme le gasoil et l’essence. Elle est dotée d’une capacité de traitement de 10 millions de tonnes par an. Ce qui en ferait la deuxième raffinerie de Sonatrach. En outre, avec l’acquisition des trois terminaux, l’autonomie de la consommation en diesel et en essence de l’Algérie est, quant à elle, augmentée de plusieurs jours de consommation.
Le rachat de cette raffinerie «fiable à 98,1%» devrait notamment permettre à l’Algérie de diminuer la facture des importations de carburant. Selon les explications fournis hier au siège du Conseil de la nation, Sonatrach n’en est pas encore propriétaire, pour l’instant.
«La lettre d’attribution provisoire nous a été notifiée le 7 avril 2018 et le 8 mai l’accord de l’acquisition de cette raffinerie a été signée. Cela dit, Sonatrach n’est pas encore propriétaire. Elle le sera à partir de la fin de l’année en cours», a-t-il encore fait remarquer. Il faut savoir que la raffinerie d’Augusta est une raffinerie qui traite des bruts légers à l’instar du Sahara Blend algérien, de l’Arabian Light (Arabie saoudite) ou de l’Azeri (Azerbaïdjan).   Elle est dotée d’une capacité de traitement de 10 millions de tonnes par an. Ce qui en ferait «la deuxième raffinerie de Sonatrach», met-on en exergue. Grâce à ses unités de production d’huile de base et son FCC, cette raffinerie est dotée d’un indice de complexité relativement «plus élevé que l’indice de complexité moyen des raffineries exploitées en Algérie». Sur le bassin méditerranéen, Augusta est surtout connue pour être le premier producteur d’huiles de base de cette région. Durant les années 1990, cette raffinerie s’approvisionnait régulièrement auprès de Sonatrach en Zarzaitine qui offre un bon rendement en huile de   base. Jusqu’en 2009, cette raffinerie s’approvisionnait également en fuel à basse teneur en soufre issu de la raffinerie de Skikda. La raffinerie d’Augusta permettra de couvrir les déficits algériens en essences et en gasoil sur toute la période du plan à moyen terme 2018-2022, et ce, même dans l’hypothèse d’un décalage de 2 années dans la mise en service des nouveaux projets de reforming de naphta, du projet d’hydrocrackage de fuel à Skikda et de la nouvelle raffinerie de Hassi-Messaoud, soutiennent les responsables de Sonatrach.

Une transition énergétique  graduelle

En réponse à une question posée par un sénateur sur les ressources non conventionnelles, le PDG de Sonatrach insistera sur le fait que la transition énergétique de l’Algérie se fera   «graduellement du fait que sa dépendance des hydrocarbures se poursuivra encore pour une période». Et de poursuivre : «Nous souhaitons investir dans le solaire… C’est un travail sur le long terme», a-t-il fait valoir, rappelant que la compagnie qu’il dirige «dispose, tel qu’il est relevé dans le cadre de sa stratégie de développement pour la période 2020/2030, d’un potentiel de 1,6 gigawatt-heure qu’elle a commencé à développer». M. Ould Kaddour a également annoncé que Sonatrach prévoit d’alimenter en électricité l’ensemble de ses champs et installations à partir du solaire. «Nous avons planifié pour être les premiers utilisateurs d’énergie solaire au niveau national. L’énergie solaire est dans nos plans. Il n’y a pas de doute dans cela mais elle (énergie solaire) ne pourra pas supplanter à court et moyen termes les autres sources d’énergie (fossiles)». D’autre part et pour ce qui est du
gaz de schiste, le PDG de Sonatrach et après avoir rappelé qu’il s’agit là d’un potentiel que Dieu nous a donné», a déclaré : «Je ne vois pas pourquoi nous ne l’utiliserons pas. Mais nous n’avons jamais dit que nous allons l’utiliser   maintenant».
Et d’ajouter ensuite : «Sonatrach est en cours de réflexion pour réunir les   conditions permettant une exploitation de ce gaz non conventionnel en sécurité et dans le respect de l’environnement et surtout avec la   protection de la santé humaine. Nous irons vers le gaz de schiste aujourd’hui, demain ou après-demain. ça viendra de façon intelligente, programmée et planifiée».
S’exprimant à propos de l’équilibre régional dans le choix des wilayas censées accueillir des investissements en pétrochimie, M. Ould Kaddour a  relevé que la sélection accordait la priorité aux sites déjà existants et dotés d’infrastructures et de services nécessaires, sinon le coût du projet sera plus élevé. 
Il évoque, dans ce même cadre, le cas de l’unité de pétrochimie qui sera créée, en partenariat avec le groupe français Total à Arzew (Oran), sur un site jouissant de toutes les caractéristiques nécessaires (électricité, eau, foncier...), et ce, pour la réalisation, le développement et l’exploitation d’un complexe de déshydrogénation du propane et de   production du polypropylène (PDH-PP). «Si cette unité serait installée, par exemple, à Bejaia, au lieu d’Arzew, il faudra alors réunir toutes les conditions nécessaires. Et au lieu que le coût du projet soit de 1,5 milliard de dollars, il sera de  3 milliards de dollars. Cela n’est pas du tout intéressant», a-t-il souligné. 
A noter, enfin, Sonatrach est une entreprise qui souffre cruellement de la fuite de ses cadres. Les chiffres à ce propos sont inquiétants. «Sonatrach a perdu 10.000 employés durant les trois dernières années», a reconnu M. Ould Kaddour, citant entre autres raisons ayant poussé ces compétences à quitter vers d’autres horizons, des salaires nettement plus importants proposés par d’autres sociétés pétrolières mais aussi la retraite anticipée qui a constitué un autre motif de départ.
Soraya Guemmouri
 

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