samedi 15 dcembre 2018 11:16:47

Syrie : La Ghouta libérée

Malgré les frappes occidentales qui ont visé certaines installations stratégiques syriennes près de Damas et à Homs, l'armée syrienne n’a pas fléchit et a poursuivi son avancée dans la Ghouta.

PUBLIE LE : 16-04-2018 | 0:00
D.R

Malgré les frappes occidentales qui ont visé certaines installations stratégiques syriennes près de Damas et à Homs, l'armée syrienne n’a pas fléchit et a poursuivi son avancée dans la Ghouta.

L’enclave rebelle a été intégralement reprise après l'évacuation des derniers insurgés de la ville de Douma, au terme d'une offensive de près de deux mois. Cette annonce constitue une importante victoire pour le pouvoir. «Tous les terroristes ont quitté Douma, le dernier de leurs bastions dans la Ghouta orientale», a annoncé l'agence de presse officielle syrienne SANA, citant un porte-parole de l'armée. La Ghouta orientale a «été totalement nettoyée du terrorisme», a également dit ce porte-parole dans une déclaration retransmise à la télévision d'Etat. La dernière faction rebelle présente sur place, le groupe islamiste Jaïch al-Islam, avait accepté un accord d'évacuation de ses combattants parrainé par Moscou, semblable aux initiatives qui avaient déjà obligé les groupes Faylaq al-Rahmane et Ahrar al-Cham à quitter d'autres zones de la Ghouta. Le groupe Jaïch al-Islam a estimé samedi que les raids menés par les Occidentaux représenteraient «une farce» tant que le président Bachar al-Assad resterait au pouvoir.

L’OIA entame son enquête

Une équipe internationale d'experts a débuté hier son enquête sur le site de l'attaque chimique présumée en Syrie. La mission d'enquête de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye, est arrivée à Damas samedi, en pleine poussée de tension entre les Occidentaux et le régime syrien. «Il est prévu qu'elle se dirige  à Douma pour entamer son travail», a annoncé le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Ayman Soussane. «Nous laisserons l'équipe faire son travail de manière professionnelle, objective, impartiale et loin de toute pression. Les résultats de l'enquête infirmeront les allégations mensongères» contre Damas, a assuré le vice-ministre syrien. Le travail s'annonce compliqué pour les enquêteurs qui arrivent sur place plus d'une semaine après les faits. Les présidents américain Donald Trump et français Emmanuel Macron ont assuré avoir la «preuve»  de l'utilisation d'armes chimiques, justifiant les raids.

Nouvelle résolution à l'Onu

Washington s’est dit prête à «dégainer» encore en cas de récidive de Damas. Après cette opération militaire «limitée» qui a visé trois sites liés au programme d'armement chimique syrien sans faire de victimes, selon les Occidentaux, la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni entendent relancer la diplomatie. Ils ont remis samedi soir à leurs 12 partenaires du Conseil un nouveau projet de résolution sur la Syrie qui devrait être discuté à partir d’aujourd’hui, selon des diplomates. Le texte comprend plusieurs facettes — chimique, humanitaire et politique —, incluant la création d'un nouveau mécanisme d'enquête sur l'emploi d'armes chimiques. Dans le domaine chimique, le texte «condamne dans les termes les plus forts tout recours aux armes chimiques en Syrie, en particulier l'attaque du 7 avril à Douma». Il prévoit de créer «un mécanisme indépendant» d'enquête et d'attribution des responsabilités «basé sur des principes d'impartialité et de professionnalisme».
Il demande aussi à la Syrie de coopérer pleinement avec l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Le projet de résolution des trois pays qui ont mené les frappes est le premier à regrouper les aspects chimique, humanitaire et politique du conflit vieux de plus de sept ans. Il «exige des autorités syriennes qu'elles s'engagent dans des négociations inter-syriennes de bonne foi, de manière constructive et sans pré-conditions» en application des dernières discussions menées à Genève le 3 mars. Ces négociations, au point mort, doivent porter sur la gouvernance, la question constitutionnelle, les élections, le contre-terrorisme et des mesures de confiance.

Indignation internationale

Ces frappes ont suscité l'indignation internationale. Le président tchèque, Milos Zeman, a condamné ces raids. Le porte-parole du président Jiri Ovcacek a officiellement annoncé que la solution militaire devait être le «dernier recours». Il a également reproché aux médias de miser sur le sujet «chaud» qu'est la guerre et aux organisations non-gouvernementales de soutenir l'intervention. Le président de la Commission des Affaires étrangères tchèque, Lubomir Zaoralek, a qualifié la situation de «démonstration de force militaire dépourvue de sens et de plan à long terme». Plus tard, le leader du Parti social-démocrate tchèque, Jan Hamacek, a indiqué qu'il ne soutenait pas l'attaque aérienne sur la Syrie, «car elle n'avait pas mandat du Conseil de sécurité de l'ONU. Celle-ci n'a fait que retarder la résolution du conflit», a-t-il estimé. A New York, une manifestation contre ces frappes a eu lieu à l'Union Square de New York samedi après-midi, ont rapporté hier des médias locaux. Pour Gordon Barnes, professeur associé du Queens College de l'Université de la Ville de New York, présent à la manifestation, cette intervention militaire est «un nouvel exemple de l'impérialisme américain au Moyen-Orient» qui ne résoudra pas le problème en Syrie et a d'autres motivations politiques. Interrogé sur la crise des réfugiés, qui a soulevé une forte controverse dans le pays, M. Barnes s'est dit «pour l'accueil des réfugiés aux Etats-Unis, d'autant plus que le pays est en partie responsable de la crise, non seulement en Syrie, mais également dans d'autres pays du monde».
Outre M. Barnes, de nombreux manifestants ont exprimé leurs inquiétudes pour les civils affectés par les attaques aériennes en Syrie. A Tunis, des hommes politiques et des représentants de la société civile se sont rassemblés pour dénoncer les frappes aériennes, a rapporté hier l'agence de presse TAP. Les protestataires qui se sont rassemblés samedi devant le théâtre municipal de Tunis ont scandé des slogans de soutien au gouvernement syrien et hostiles à certains dirigeants arabes, selon la même source. De son côté, la Suisse a appelé les parties concernées à prendre des «mesures de désescalade», après les frappes aériennes menées la veille par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne en Syrie.
Qualifiant la désescalade de «priorité absolue», la Suisse demande de «créer des conditions pour l'aide humanitaire en faveur des victimes du conflit», selon un communiqué publié par le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). Elle a également exigé l'ouverture, comme prévu, de l'enquête de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), tout en demandant aux parties prenantes de ne pas entraver le travail de cette organisation.
R. I.

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