lundi 24 septembre 2018 17:27:53

Projection à Béjaïa de Nous n’étions pas des héros, de Guenifi : Une œuvre poignante

Il est des projections qui peuvent marquer à tout jamais les spectateurs lorsque la fiction racontée en images s’inspire de faits réels.

PUBLIE LE : 13-03-2018 | 0:00
D.R

 Il est des projections qui peuvent marquer à tout jamais les spectateurs lorsque la fiction racontée en images s’inspire de faits réels. Ainsi des souvenirs traumatisants et qui s’inscrivent dans la mémoire collective de tout un peuple font remonter à la surface de l’être une période historique extrêmement éprouvante pour les algériens qui sont presque tous touchés par la perte d’un proche pendant que les combattants armés de leur seule volonté de sortir de l’humiliation et exactions coloniales  luttaient pour  l’ indépendance du pays. Ainsi la projection de «Nous n’étions pas des héros» de Nasser Eddine Guenifi (2017), une adaptation du roman «Le camp» de Abdelhamid Benzine, ce samedi dernier, à la cinémathèque de Béjaïa, a littéralement bouleversé le public, ne laissant personne indifférent face à l’horreur et la violence insoutenables endurées par les détenus algériens dans les geôles coloniales, projetées à travers le grand écran. une trame historique soutenue par une écriture scénaristique et un savoir-faire cinématographique qui arrivaient à faire remuer aux tréfonds du corps ce que des algériens ont subi. D’abord ému jusqu’aux larmes par les  conditions inhumaines imposées aux pensionnaires de ce lieu de détention, ensuite par la qualité de l’œuvre, marquante par ses dialogues et le filage  de ses scènes. Il est évident qu’un cinéaste ne peut que récolter des lauriers et c’est sans doute là le génie d’un réalisateur qui croit dur comme fer à sa création tout en restant animé par la passion de bien faire ressortir une thématique par tout un truchement du jeu scénique des acteurs et un dialogue qui correspond parfaitement aux situations que commande la narration du récit. Car d’emblée, le film accroche et met le spectateur dans le cœur de la trame,  en focalisant sur un milieu carcéral, peu bavard des drames humains qu’il  renferme mais qui se livre à profusion, à la première incursion de la caméra dans son antre, et qui, comme dans un exercice d’expiation, révèle toute les horreurs et les abjections qu’il drape. Il faut croire, et ce devant quelques rares réalisations qui ont nécessité d’importants moyens financiers et qui n’ont guère connu un tel succès, que cette adaptation au cinéma de «Le camp» de Abdelhamid Benzine est à ce titre caractéristique et loquace, et c’est justement ce qui a donné à Nasser Eddine Guenifi matière à bien fignoler son travail tout en respectant le texte initial qui aura énormément inspiré le metteur en scène. Derrière les fils barbelés et les guérites surélevées, communs, du reste, à tous les lieux d’enfermement, s’y est joué en effet un drame insoutenable que seule l’évocation des témoins ou survivants peut restituer avec exactitude. On parle ici de centaines de moudjahidine, pris les armes à la main, et soumis à un traitement d’une telle barbarie que seuls les nazis du troisième Reich savaient en faire. Le lieu où l’atrocité faisait office de comportements systématiques n’en était qu’une réplique des camps de concentration, éponymes éprouvés à travers l’Europe. En ces lieux, à Bougharil, située dans la région de Ksar El boukhari  (actuellement wilaya de Médéa) précisément, la convention de Genève (1929), relative au traitement des prisonniers de guerre, ne pouvait avoir droit de cité, les officiers du camp considérant non tenus d’en appliquer les  résolutions car ayant à faire à des êtres inférieurs et de surcroit ennemis de la mission civilisatrice de la France. Aussi tous les traitements aussi sauvages furent-t-ils, infligés et inventés alors, n’en étaient que des réponses à une situation d’exception. D’ailleurs, l’idée de tirer et d’exterminer tous les pensionnaires était récurrente entre les officiers du camp, qui voulaient en finir avec   la vermine, mais qui ne pouvaient passer à l’acte, car destinataires d’ordres visant à convertir chacun des prisonniers en harki. La faim et la malnutrition, les travaux forcés, la torture et les  humiliations et l’exécution sommaire pour les plus téméraires ont fait office alors de thérapie de choc infligée à tous et qui, au fil des mois, a transformé le lieu de détention en camp de mise à mort. Benzine, qui en a été une des victimes vivantes, n’en a pas raté un détail pour restituer, dans une sensibilité saisissante, toute la trame et tout le drame, magnifiés, par ailleurs, par un balayage magistral de Guenifi, qui signe là une œuvre de guerre des plus poignantes.
 R. C. et Agence

 

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