dimanche 17 juin 2018 22:57:27

Chafika Telaidj  : Un drame, un défi

Chafika Telaidj est une de ces femmes qui ont su défier leur destin et faire de leur rêve une réalité. 

PUBLIE LE : 08-03-2018 | 0:00
D.R

Chafika Telaidj est une de ces femmes qui ont su défier leur destin et faire de leur rêve une réalité. Sans cesse impulsée et encouragée par Mustapha, son époux, et sa fille, Aya, qui a fini par rencontrer sa mère sur les planches d’un même théâtre.
En s’accrochant à des ambitions aussi fortes que légitimes pour réaliser ses vœux, dans un contexte familial marqué alors par les drames de la vie Chafika,  sous le poids de ses 53 ans que dissimulent un sourire généreux et un cœur à portée de main, est une de ces femmes dont le courage exemplaire et la volonté ont admirablement forgé. Elle livre une guerre sans merci aux adeptes des sujets «tabous» et embrasse les vertus de l’art, ce refuge qui lui permet de s’évader, de s’épanouir et de redonner vie à son espoir. Femme au foyer, mariée et mère d’une fille, Chafika décide alors un jour,  d’affronter la misogynie d’une société pas toujours généreuse, il est vrai, et comme la regrettée Yasmina, qu’elle adore à ne plus en finir, elle foule les planches d’un théâtre et réussit à se faire une notoriété à la mesure de son talent et de ses prédispositions. C’est pourtant dans un drame familial que bourgeonne cet espoir ! Chafika perd sa mère, qui vivait avec elle sous le même toit, et du coup n’a plus de repère, elle bascule dans la dépression.
«Tout m’était soudain devenu trop sombre, à tel point que je ne voulais plus rester à la maison, sur tous les murs, sur chaque objet, à chaque coin, je ne voyais que l’ombre de ma mère qui était ma raison d’exister ! Et comme un malheur ne vient jamais seul, ma fille Aya tombe gravement malade…», nous dit-elle, avant d’éclater en sanglots dans le flot de ses souvenirs.
C’est alors qu’elle prend son courage à deux mains et veut sauver sa fille qu’elle ira inscrire à l’atelier «théâtre» de la maison de la culture Houari-Boumediène où elle engage parallèlement une discussion avec l’animatrice de l’atelier «dessin» qui lui apprend que même les personnes âgées peuvent se joindre à cette activité. Une occasion qui ne pouvait pas mieux tomber, sachant de surcroît que cet atelier était mitoyen avec celui du théâtre où Aya sa fille, reprendra au fur et à mesure goût à la vie.
Chafika s’engage dans ce nouveau monde qui allait dès lors constituer pour elle cette évasion tant recherchée. Toute ouïe à ce qui se passe à côté avec cet espoir inébranlable de rejoindre sa fille, elle ne reste pas insensible à ce cours du jour au cours duquel Toufik Mezaâche, responsable de l’atelier théâtre, s’attelait à faire voguer ses jeunes comédiens sur des œuvres du vécu.
Chafika écoute, s’enlise et se retrouve dans son drame : « Elle vient me voir et me demande si elle pouvait rejoindre l’Atelier théâtre aux côtés de sa fille Aya et du coup, dans son monde d’un vécu dont elle semblait garder encore bien des séquelles, ses larmes se confondent à l’affection de sa fille, l’émotion était à son paroxysme mais elle semblait tout indiquée à devenir comédienne, d’autant plus que Mustapha, son mari, et sa fille lui apportaient tout leur soutien et l’encourageaient à persévérer pour lutter contre son désespoir.»
«Mon rêve venait de se réaliser, je découvre ce nouveau monde de la magie du théâtre, ma thérapie, je parviens à briser tous les tabous et je rejoins ma fille sur les planches et dans la même pièce», ajoute Chafika qui, pour un coup d’essai, parvient à réaliser un coup de maître, un tabac même en interprétant dans une formidable pièce La dernière mélodie adaptée et mise en scène par de Toufik Mezaâche, le rôle de cette mère courage, débordant d’affection qui dans un « Sraoui» du cru pleurait sa mère et retrouvait sa fille.  
Depuis, Chafika, la femme au foyer, n’a jamais été aussi heureuse, se targuant d’être même la première femme à fouler les planches avec sa fille sur tous ces espaces d’expression, à Constantine, El Eulma, Sétif, Guelma et… cerise sur le gâteau, le théâtre Mahiedine-Bachtarzi,  à Alger. «Au summum de mon bonheur, j’avais l’impression que les planches me parlaient», nous confie Chafika, cette célèbre inconnue, non sans exprimer sa gratitude à tous ceux qui lui ont ouvert les bras un jour à la maison de la culture Houari-Boumediène et, en ce printemps de mars, appelle les femmes à aller à la conquête de leurs ambitions.
F. Zoghbi
 

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions