Note de lecture : Gros plan sur la pratique médicale à constantine

Voici un ouvrage qui, a priori, semble ne concerner que les professionnels de la santé, mais qui en réalité s'adresse à un lectorat bien plus vaste, ne serait-ce que par la dimension historique qu'il contient et qui couvre un parcours long d'au moins trois millénaires, équivalant à l'ancienneté notoire de la ville de Constantine, capitale de l'Est algérien.
PUBLIE LE : 05-03-2018 | 0:00

Voici un ouvrage qui, a priori, semble ne concerner que les professionnels de la santé, mais qui en réalité s'adresse à un lectorat bien plus vaste, ne serait-ce que par la dimension historique qu'il contient et qui couvre un parcours long d'au moins trois millénaires, équivalant à l'ancienneté notoire de la ville de Constantine, capitale de l'Est algérien.

Et quand on dit ancienneté notoire de la ville de Constantine, on ne peut s'empêcher de penser aux débuts de cette cité dans l'histoire, laquelle cité est entre-temps devenue la Cirta numide, capitale antique de Massinissa en l'occurrence. Capitale qui, soit dit en passant, possède l'un des plus vieux, si non le plus vieux tissu urbain d'Algérie.
Cela dit, comme écrit par Mostefa Khiati dans l'introduction de son ouvrage, «essayer de sérier un pan de son histoire n'est pas chose aisée, surtout en ce qui concerne la période allant du 7e au XVIIIe siècle, en raison des destructions et des déperditions qui ont touché le patrimoine musulman». C'est pourquoi un ouvrage tel celui-ci a le mérite d'exister pour au moins deux raisons : la première, c'est qu'au-delà de la pratique médicale, il vient combler un déficit tout autant considérable qu'inexplicable sur le vécu sociétal à Constantine au cours des premiers siècles de l'existence de la ville, alors que son ancêtre Cirta fut tout de même la capitale du premier état constitué d'Afrique du nord depuis l'aube de l'humanité et ce, sous le règne avisé de l'Aguellid (roi) Massinisa. La deuxième raison, qui est d'une pertinence avérée, est que, comme poursuit l'auteur dans son introduction, «Constantine est considérée aujourd'hui comme la capitale intellectuelle de l'Algérie», ce statut lui ayant été «conféré par Abdelhamid Ben Badis, qui a pourtant vécu la période coloniale mais qui a su, à travers l'association des Oulémas, former toute une génération d'Algériens et lui inculquer les valeurs nationalistes. C'est cette génération qui a mené la guerre de Libération». Qu'il y ait donc eu des médecins de grande notoriété durant l'Antiquité et, ultérieurement, durant le Moyen-âge à Constantine —c'est valable aussi pour toute l'Algérie— n'est pas du tout étonnant dans la mesure où c'était dans l'ordre des choses : «Constantine, en tant que ville, a connu de grands noms dans différends domaine des sciences. C'est peut-être dans le domaine de la médecine où on peut mesurer cette grandeur», écrit Mostefa Khiati. Et l'auteur de poursuivre fort à propos en indiquant que son «essai tente de rendre hommage aux célébrités médicales de l'Est algérien depuis l'Antiquité jusqu'au recouvrement de l'indépendance nationale. Celles-ci sont classées suivant la période durant laquelle elles ont vécu».

Un ouvrage pour rendre hommage  à tous ces praticiens

L'auteur signale également que dans un souci de limiter le champ de travail, il ne mentionne dans cet ouvrage que les célébrités qui sont nées, ont résidé ou ont effectué un séjour dans le Constantinois. Celles qui ont vécu dans d'autres régions sous le règne d'empires ou de dynasties qui ont gouverné Constantine ne sont pas citées. C'est le cas notamment des médecins de Carthage durant le règne punique, des médecins ayant vécu ou séjourné dans différentes villes tunisiennes sous souveraineté aghlabide, des médecins fatimides ayant vécu hors de la province de Constantine, des médecins des mourabitines (Almoravides) et des Mouwahidines (Almohades), des praticiens de la dynastie des Hafsides. En revanche, indique Mostefa Khiati, «quelques médecins juifs qui sont venus s'installer dans le Constantinois, fuyant les persécutions dont ils étaient victimes en Europe, sont (...) cités, de même que quelques médecins célèbres qui n'ont fait que de courts séjours lors de leur traversée entre l'Occident musulman (Andalousie) et l'Orient ou l'inverse».
L'auteur poursuit son introduction en indiquant que «durant la période coloniale, le nombre de médecins algériens et notamment constantinois a été insignifiant au cours du XIXe siècle. Les quelques médecins qui ont pu terminer leurs études au début du XXe siècle ont été le fer de lance du mouvement nationaliste qui a abouti à la libération du pays, 132 ans après sa colonisation. Beaucoup de praticiens de l'Est se sont, en effet, distingués par leur dévouement au service de la cause nationale». Et Mostefa Khiati de ponctuer par cette phrase : «Pour rendre hommage à tous ces praticiens, nous avons tenté de leur consacrer un ouvrage». 
Pour ce qui est de l'architecture de cet essai, elle repose sur les quatre grands chapitres ci-après : Période antique, Période médiévale, Période coloniale, Naissance de l'Ecole de santé de Constantine. On peut, à ce titre, noter que l'essai en question est très documenté. Pour cause, il est truffé de témoignages sur la pratique médicale durant les différentes périodes abordées. En cela, il est étayé par une importante bibliographie de 9 (neuf) pages ! A lire pour mieux découvrir certains aspects méconnus de la pratique médicale en Algérie, notamment à Constantine durant les différentes périodes en question.
Kamel Bouslama

Médecins de Constantine de l'Antiquité à nos jours, de Mostefa Khiati. ENAG Editions, Alger 2017; 304 pages

Bio-Express
Mostefa Khiati, médecin chercheur, auteur du livre L'histoire de la médecine en Algérie, a tenu, après son livre sur les Médecins de Tlemcen, à faire un livre sur les Médecins de Constantine. Par ce travail, il rend hommage à tous les hommes de science, et principalement les médecins qui ont vécu à différentes époques dans l'Est algérien.


 


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