samedi 22 septembre 2018 19:01:51

«Cris et chuchotements» de Mounia Ziane à la Galerie Aicha-Haddad : L’esprit de l’aube

Après avoir eu un large aperçu du travail de Mounia Ziane, exposé depuis le 17 février —et jusqu’au 9 mars 2018— à la galerie Aicha-Haddad, on ne peut s’empêcher de s’interroger à brûle-pourpoint : L’artiste plasticienne a-t-elle déjà «souffert» de ne pas se sentir «être» ?

PUBLIE LE : 03-03-2018 | 0:00
D.R

Après avoir eu un large aperçu du travail de Mounia Ziane, exposé depuis le 17 février —et jusqu’au 9 mars 2018— à la galerie Aicha-Haddad, on ne peut s’empêcher de s’interroger à brûle-pourpoint : L’artiste plasticienne a-t-elle déjà «souffert» de ne pas se sentir «être» ? Ne lui a-t-il pas fallu rendre visible, sensible, cette absence ontologique ? Si la majorité des œuvres de Mounia Ziane s’intègrent de façon idoine dans le dispositif formel de la série plastique exposée, c’est sans doute parce que leur intitulé, ou leur légende, s’interrompt littéralement en «points de suspension», voire s’efface tout simplement, laissant libre la voie aux hypothèses, et cela au contraire du nom qui formalise la référence de la toile et oriente d’emblée le spectateur, bien souvent malgré lui. A travers la prolifération presque «hétéronymique» des toiles sur lesquelles elle intervient délibérément, avec pour thème majeur le cheval sous toutes ses coutures et représentations, l’artiste plasticienne fait ainsi éclater, un peu à la manière de Fernando Pessoa et ses fameux «hétéronymes» (ses doubles), la fiction fondamentale, celle de l’éminent écrivain portugais, critique et poète multiple. Mais sous l’angle plastique bien évidemment. La configuration même de l’œuvre globale revêt alors l’aspect anonyme d’une série de toiles à destinations multiples, autrement dit, soit emprisonnées sous un grillage pour certaines, soit rehaussées de sable ou de fines cordelettes —cousues à même la toile— pour d’autres, un peu comme des explications qu’on ne peut emporter avec soi. Pour ne citer qu’un exemple, celui des toiles grillagées à la façon d’une protubérance bénigne, le commentaire d’un spectateur présent au vernissage nous rapporte une courte histoire où le spectateur aura grand peine de dévider le vrai du faux, de prendre parti pour la fiction ou la réalité, parce que le fait posthume y a déjà rejoint la matière «fabulatoire»  du souvenir symbolisé.
Et puisqu’on parle de symboles, ceux véhiculés par ces toiles ont, quelque part, une fonction votive, désignant, pour certaines d’entre elles, un lieu : celles-ci renvoient en effet à la perception de ce lieu pour lequel elles sont accrochées à la cimaise —ici l’Ahaggar ou le tassili n’Ajjer— notamment à travers la figuration de lettres en tifinagh. Or ces mêmes toiles, insérées dans le contexte factice d’une exposition, n’indexent pas forcément le lieu en question, mais plutôt désarticulent pour ainsi dire sa référence. Le symbole exposé amorce ainsi la subversion de l’espace, en le déphasant entre réel et imaginaire, passé et présent, modernité et tradition.
Toute la subtilité du travail de Mounia Ziane oscille visiblement entre une forme artistique toujours «potentielle», presque tridimensionnelle parce qu’elle y est encore énergétique, et un travail sur le passé, le souvenir. Plutôt que de vouloir occuper l’espace, le travail de l’artiste plasticienne s’attache à sa démonstration hypothétique, en replongeant ici le spectateur dans le silence de son interrogation. Il raconte, dans un style poétique transcendantal, l’histoire d’une «résurrection» où l’homme s’est lui-même perdu en voulant se sublimer dans un contact avec l’absolu (Dieu, le moi exclusif), c’est-à-dire en accédant à l’éternité illusoire du Nom dont la recherche lui fut fatale. Mais qui se réincarne malgré tout en cheval multiple, à la fois personnage, symbole et thème majeur de la série exposée. Tout se passe comme si l’histoire, présentée comme authentique, contamine de son hypothétique réalité, celle de l’œuvre plastique, condamnée à ne rester qu’à l’état d’ébauche, de forme impuissante face à l’épaisseur irréductible du réel.
Pour tout dire, une exposition à visiter absolument, ne serait-ce que pour la forte symbolique qui en émane, symbolique associée avec talent à une consubstantielle charge mythologique.
K. Bouslama  
 

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