mardi 18 dcembre 2018 17:19:11

Faut-il rester ensemble uniquement pour l’équilibre des enfants ?

M. Mohamed Tedjiza, professeur de psychiatrie et psychologie médicale à la faculté de médecine d’Alger, Chef de service à l’hôpital psychiatrique universitaire Drid-Hocine et président de la société médico-psychologique algérienne, nous explique les séquelles que subissent les enfants nés de la rupture parentale.

PUBLIE LE : 03-03-2018 | 0:00
D.R

M. Mohamed Tedjiza, professeur de psychiatrie et psychologie médicale à la faculté de médecine d’Alger, Chef de service à l’hôpital psychiatrique universitaire Drid-Hocine et président de la société médico-psychologique algérienne, nous explique les séquelles que subissent les enfants nés de la rupture parentale.
«Les premiers à subir les conséquences de cette rupture qu’est le divorce sont les enfants. Car faisant partie du premier cercle de l’intimité et ne possédant ni la maturité requise tant intellectuelle qu’affective ni de position sociale affirmée, ils se retrouvent pris en otages. De façon générale, ce sont toujours les plus vulnérables qui en font le plus les frais et tel est bien le lot de l’enfance. Toutefois, tous ne décompensent pas sur le plan psychopathologique, loin s’en faut, et fort heureusement, mais psychologiquement, on ne sort jamais tout à fait indemne d’une telle épreuve. Car il s’agit d’une situation douloureuse, certes, mais également délicate et complexe, qui sollicite les capacités adaptatives du sujet et requiert un réajustement d’ensemble de la perception de l’environnement familial. Ceci nonobstant un réaménagement global des conditions générales d’existence.
Par ailleurs, l’enfant a besoin d’un cadre sécurisant avec des repères stables, et de ce point de vue, les parents représentent des interlocuteurs privilégies puisqu’ils constituent des modèles identificatoires de toute première importance. Et autant que possible avec un partage des rôles clairement définis. Dès lors, un divorce des parents peut être vécu par un enfant affectueux, impressionnable et sensible, a fortiori à l’équilibre affectif précaire ou au sentiment de sécurité mal assuré, comme une perte irréparable, une véritable déchirure intérieure. Outre un écartèlement, une bipartition affective, le laissant perplexe et inquiet, en proie aux perspectives d’avenir les plus sombres. on peut observer généralement, outre des réactions anxio-dépressives plus ou moins sévères et durables, plus rarement des formes plus graves d’altération psychotique délirante. L’événement n’ayant servi que de facteur déclenchant à l’origine d’une actualisation de dispositions morbides latentes et potentielles. On peut également déplorer des modifications durables de la personnalité et du caractère avec des troubles des conduites telles que l’addiction aux drogues, des fugues, de l’absentéisme scolaire pouvant aller jusqu’à l’abandon de la scolarité, des conduites de déviance sociale et délinquance, etc. Dans de très rares cas, il a été signalé, malheureusement, des cas de suicide.  Alors, dans l’intérêt des enfants, faut-il tenter de préserver un semblant de vie familiale au prix de multiples sacrifices et de renoncements, de concessions et d’indulgences de toutes sortes et de chaque instant ? Cela pourrait être envisageable à une double condition. D’abord, il faudrait que cet engagement ne soit pas unilatéral et que la bonne volonté soit partagée, de même que les signes d’apaisement et les initiatives de dédramatisation soient mutuels et réciproques. Ensuite, il faudrait s’assurer que de cette façon, l’évolution de la situation ne s’aggraverait pas outre-mesure, et ne causerait pas de dommages ou porterait préjudice à l’un des parents, et surtout qu’elle ne risquerait pas d’aboutir à un geste fatal, en désespoir de cause, à plus ou moins brève échéance»
F. L.


en chiffres

• Plus de 190 cas de divorce sont enregistrés quotidiennement.
• En 2017, près de 20% des mariages ont fini par un divorce.
• Selon les chiffres officiels, 68.000 couples ont divorcé sur 349.544 mariages.
• Le rapport de l’ONS parle de 200.000 enfants victimes de ces déchirements de la cellule
familiale.
• Le code de la famille, amendé en 2005, comporte 224 articles dont 36 relatifs au divorce et à ses
effets.
• L’Etat a versé au cours de l’année 2017 un montant de 7,7 milliards de dinars pour le Fonds de pension alimentaire au profit des femmes divorcées (FPAFD).
• Depuis sa création en 2015, le FPAFD a permis la prise en charge de 913 femmes et 1.867
enfants qui ont bénéficié de versements des redevances financières.

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