vendredi 25 mai 2018 12:11:26

Procès de la jeune palestinienne Tamimi : Ahed ou le nouveau visage de la résistance

A 17 ans, Ahed est devenue une des icônes de la résistance du peuple palestinien au joug imposé par l’entité sioniste.

PUBLIE LE : 14-02-2018 | 0:00
D.R

A 17 ans, Ahed est devenue une des icônes de la résistance du peuple palestinien au joug imposé par l’entité sioniste.
Elle a juste osé affronter un homme en armes, regard et invective comme seuls armes.

Hier, un tribunal militaire de l’occupant israélien a ouvert le procès à huis clos, vidant la salle des journalistes et des diplomates présents à l’audience. Arrêtée en décembre dernier, la jeune Tamimi était apparue dans une vidéo largement diffusée sur le Web où elle affrontait des soldats de l’occupation mains nus lors d’une incursion dans son village de Nabi Saleh, en Cisjordanie occupée. A cette audience devaient également être présentes la mère Narimane, et la cousine Nour de l’accusée. Le déroulement et les minutes de cette première audience n’ont pu être rapportés que par un seul journaliste affilié à l’Afp. En voici la substance : Après s'être entretenu avec l'avocate d'Ahed Tamimi et devant la foule de proches, de journalistes et de diplomates qui se pressaient au tribunal d'Ofer, en Cisjordanie occupée, le juge a ordonné que tout le monde quitte les lieux, à l'exception de la famille. «Un débat public n'est pas dans l'intérêt d'une mineure comme Ahed Tamimi», arrivée en blouson de prisonnière, menottes aux poignets et aux chevilles, a dit le juge. «Ce que je crois, moi, c'est que le tribunal pense qu'il n'est pas bon pour lui que vous soyez tous à l'intérieur», s'est indignée l'avocate Gaby Lasky, à l'extérieur du tribunal devant les journalistes, peu après leur évacuation. «Ils comprennent que les gens, dehors, s'intéressent à Ahed et à son affaire, ils comprennent qu'on enfreint ses droits et qu'elle ne devrait jamais être jugée, et le huis clos est le meilleur moyen que tout cela se passe loin des regards», a-t-elle ajouté. Au cours des débats, l'avocat d'Ahed Tamimi a indiqué qu'elle plaiderait que c'est avant tout l'occupation par l'armée israélienne de la Cisjordanie qui est illégale. Sur la vidéo «à charge», on voit Ahed Tamimi et sa cousine bousculer deux soldats, puis leur donner des coups de pieds et de poings devant la maison des Tamimi à Nabi Saleh. Les soldats avaient pris position là alors que Nabi Saleh était le théâtre de manifestations, dans le contexte des protestations palestiniennes alors quasi quotidiennes contre la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Al Qods comme capitale de l’Etat sioniste. Les soldats demeurent impassibles face à ce qui semble relever davantage de la provocation de la part des Tamimi que de la volonté de faire mal. La mère d'Ahed Tamimi intervient, avec l'apparente volonté de s'interposer. Les trois femmes ont été arrêtées au cours des jours suivants. La justice militaire israélienne a ordonné qu'Ahed Tamimi et sa mère restent détenues jusqu'à leur procès, invoquant «la gravité des faits». La justice militaire poursuit Ahed Tamimi sous douze chefs d'inculpation, non seulement pour les agissements du 15 décembre, mais aussi des faits antérieurs présumés, comme des jets de pierres contre les soldats, des menaces ou sa participation à des «émeutes», Nabi Saleh étant le théâtre fréquent de manifestations contre l'occupation. Les juges ont libéré Nour Tamimi sous caution. Seule Ahed Tamimi était présente hier matin, faisant des signes à sa famille. «Sois forte, c'est toi qui vas gagner», lui a lancé son père Bassem à travers la salle. L'affaire Tamimi a trouvé un large écho chez les Palestiniens. Ils louent en Ahed Tamimi un exemple de courage face aux abus israéliens. Ils considèrent volontiers Ahed Tamimi, issue d'une famille réputée pour son engagement contre l'occupation et elle-même connue pour son militantisme, comme «une agitatrice ne reculant pas devant les provocations». Les organisations de défense des droits de l'Homme, le bureau du Haut Commissaire de l'ONU pour les droits de l'Homme et l'Union européenne ont exprimé leur préoccupation devant le cas Tamimi. La convention internationale des droits de l'enfant stipule que l'emprisonnement d'un enfant doit être une mesure de «dernier ressort» et «aussi brève que possible». Au-delà des réalités de l'occupation, les proches d'Ahed Tamimi évoquent les tensions qui régnaient le 15 décembre à Nabi Saleh et le fait qu'un jeune membre de la famille avait été gravement blessé à la tête par une balle en caoutchouc israélienne lors des heurts. Depuis le 6 décembre et l'annonce de Donald Trump sur Al Qods, 23 Palestiniens ont été tués. Ce procès, donc, aura pour effet, au moins, la mise en avant de la lutte acharnée que mènent les Palestiniens depuis des lustres contre l’oppression sauvage de l’occupation. Affaire à suivre de près.
Kamel M. et agences
 

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