lundi 28 mai 2018 06:09:44

Asphyxie au monoxyde de carbone : La menace invisible

Chaque année, le monoxyde de carbone tue un nombre important de personnes. Faute de vigilance ou pour cause d’appareils défectueux, la remise en route du chauffage est source de nombreux accidents.

PUBLIE LE : 13-02-2018 | 0:00
D.R

Chaque année, le monoxyde de carbone tue un nombre important de personnes. Faute de vigilance ou pour cause d’appareils défectueux, la remise en route du chauffage est source de nombreux accidents.

Depuis le début de la vague de froid qui affecte les régions nord, est et ouest du pays, le bilan de la protection civile annonce 35 morts et plus 396 personnes secourues durant la période allant du 1er janvier au 11 février de l’année en cours à travers plusieurs wilayas du pays. La Direction générale de la Protection civile, qui lance un appel à la vigilance quant aux risques d'intoxication au monoxyde de carbone qui «restent trop élevés» dans le cas de non-respect des consignes préventives indispensables à la mise en garde contre les erreurs de prévention en matière de sécurité qui «peuvent être fatales», observant que le risque d'intoxication au monoxyde de carbone augmente, notamment, avec les conditions météorologiques défavorables caractérisées par des baisses importantes de température en période hivernale conduisant à l'utilisation massive des différents types d'appareils de chauffage par les citoyens. Le phénomène est, cependant, récurrent en Algérie depuis au moins 2010. Depuis cette date, au moins 400 morts et des milliers de blessés sont à déplorer, selon des décomptes non officiels. En 2017, le monoxyde de carbone a tué 100 personnes. Selon un bilan de la protection civile, durant cette même période plus de  1.500 personnes ont été secourues après avoir été incommodées ou intoxiquées par le monoxyde de carbone émanant d'appareils de chauffage.

98% des appareils contrôlés sont non conformes

Jusqu’à présent, le principal accusé reste l’appareil de chauffage ou le chauffe-eau. On parle d’appareils de contrefaçon... En 2015, le ministère du commerce avait rendu publique une enquête sur le phénomène, et promis des mesures draconiennes contre l’importation d’appareils de contrefaçon. Selon cette enquête, la quasi-totalité des appareils contrôlés étaient non conformes aux normes exigées. Conduite entre fin 2014 et début 2015, cette enquête, menée à la suite d'une hausse inquiétante des cas d'accidents mortels liés à l'inhalation de monoxyde de carbone, avait conclu que sur un total de 158 échantillons d’appareils importés ou fabriqués localement testés, 155 étaient non conformes, soit près de 98% des appareils contrôlés. «Le nombre de décès par inhalation de gaz a atteint des proportions alarmantes, ces dernières années.
Le monoxyde de carbone, qualifié de tueur silencieux, est la principale cause d'intoxication accidentelle en milieu domestique», note le document. Le ministère du Commerce a décidé, sur la base de ce constat, de soumettre les appareils de chauffage à gaz à un «contrôle systématique» tant au niveau des frontières que sur le marché national.
Un contrôle analytique et visuel des prélèvements a été, en effet, effectué systématiquement aux frontières et dans les unités de production, et transmis au laboratoire régional du Centre algérien du contrôle de la qualité et de l'emballage (Cacqe) de Constantine, pour s'assurer de leur conformité aux normes. À ce titre, les opérations de contrôle ont ciblé les opérateurs à tous les stades de la distribution entre importateurs, producteurs, grossistes et détaillants.
Les principales infractions observées englobent l'absence du scellage des organes de pression (81 cas), le mode de raccordement au gaz (58), l'absence de prise de pression (47) et les températures des parties externes (19). Toutefois, une opération de mise en conformité touchant 49 échantillons a permis de rendre conformes 44 appareils. En matière de pratiques commerciales relatives à la vente des appareils de chauffage, la même enquête dévoile l'existence de 312 infractions et l'établissement de 100  procès-verbaux sur les 1.442 interventions opérées.

Un décret exécutif en matière  de garantie de la marchandise non appliqué

Par nature d'infraction, le défaut de registre du commerce vient en tête, avec 89 cas, suivi du défaut de facturation (77 cas) et de l'opposition au contrôle avec 55 cas, tandis que 91 autres cas ont été enregistrés pour des infractions diverses. Signalons aussi cette initiative de s’attaquer à la contrefaçon et la création de 30 associations nationales de protection du consommateur, pour contribuer à l’effort de sensibilisation des risques provenants de produits contrefaits ou de mauvaise qualité.
Le décret exécutif n°13-327 de septembre 2013 fixant les conditions et modalités d'application en matière de garantie de la marchandise et des services oblige pourtant tout intervenant à livrer une marchandise conforme au contrat de vente et à assumer ses responsabilités en cas d'anomalies relevées à la réception du produit ou de la prestation. Un autre décret, n°13-328, a également été promulgué en septembre 2013, pour fixer les conditions et modalités d'agrément des laboratoires pour la protection du consommateur et la répression de la fraude. Dans certains pays qui se sont aperçus très vite de la gravité de la situation, les appareils électroménagers ont une date de péremption. Afin de  prévenir les accidents domestiques dus à des appareils électroménagers à bout de souffle, la réglementation en vigueur dans ces États impose aux acheteurs de déclarer les produits à risque soumis à contrôle et les prie de respecter leur durée de vie. Déplorant un nombre d'incidents jugé trop élevé du fait d'une utilisation excessive d'appareils électroménagers toujours en état de marche, mais néanmoins essoufflés. Ces pays ont durci les règles à l’égard des fabricants qui doivent préciser la durée de vie des équipements et des utilisateurs qui doivent déclarer à ces producteurs, l’achat de leur produit pour qu’en cas où l’usage prescrit de ces appareils touche à sa fin, ces produits sont rappelés pour un contrôle. On est bien loin de cette vision, mais en attendant il faut s’armer de vigilance et de prudence qui demeurent les seuls moyens pour prévenir ce genre de drame.
Dans ce cadre, la protection civile a tenu à rappeler aux citoyens «les consignes de sécurité impérativement à respecter afin de préserver leur vie et éviter les dommages qui peuvent être générés». Ces consignes consistent notamment à faire entretenir et régler régulièrement les appareils de chauffage par un professionnel, ne pas boucher les prises d'air dans les pièces, penser toujours à ventiler le logement lors de l'utilisation des appareils de chauffage, l'aérer au moins 10 minutes par jour et ne jamais obstruer les entrées et les sorties d'air du logement. La Protection civile recommande également de «ne pas laisser un moteur de voiture en route dans un garage fermé».
Le numéro d'appel d'urgence de la Protection civile «14» est mis à la disposition des citoyens qui doivent préciser l'adresse exacte et la nature de l'accident pour une prise en charge «rapide et efficace». Il s’agit pour chaque citoyen d’avoir ce reflex de surveiller, d’alerter et de prévenir.
Farida Larbi

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