lundi 28 mai 2018 06:00:13

Grogne sociale au Maroc : Le peuple continue à battre le pavé

Devant les mouvements de protestation sociale qui gagne chaque jour les régions pauvres du Maroc, l’Etat propose un «nouveau modèle de développement».

PUBLIE LE : 13-02-2018 | 0:00
D.R

Devant les mouvements de protestation sociale qui gagne chaque jour les régions pauvres du Maroc, l’Etat propose un «nouveau modèle de développement». La trainée de poudre s’est étendue à l’ancienne ville minière de l'extrême nord-est où le chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, s'est rendu samedi, annonçant une série de mesures. Cela n'a pas empêché la tenue d'une nouvelle manifestation pacifique dès le lendemain de cette visite, et les habitants de la ville ont encore battu le pavé. Depuis la mort d'un vendeur de poisson à Al-Hoceïma en octobre 2016, dans la région du Rif (nord), écrasé dans une benne à ordures en tentant de s'opposer à la saisie de sa marchandise —de l'espadon interdit à la pêche—, a provoqué une onde de choc avec des mois de manifestations, des vagues d'arrestations et des sanctions au sommet de l'État. Au départ, les manifestants exigeaient justice et vérité sur la mort du «martyr Mouhcine Fikri». Peu à peu, le mouvement s'est étendu à des revendications sociales et économiques, la région du Rif, historiquement frondeuse, s'estimant marginalisée et victime de sous-développement. Incarné par une figure médiatique, Nasser Zefzafi, le «Hirak» —nom donné au mouvement— a peu à peu été confronté à un durcissement des autorités avec des centaines de personnes arrêtées, dont M. Zefzafi. À 900 km de là, dans la ville de Zagora située dans le sud désertique,  en octobre 2017, on assistait à des «manifestations de la soif» contre des coupures d'eau récurrentes. Sinistrée depuis la fermeture d'une importante mine à la fin des années 1990, la ville de Jerada (nord-est) a, à son tour, vécu au rythme de manifestations pacifiques suite à la mort, en fin décembre, de 2 mineurs dans un puits d'extraction de charbon clandestin. Brandissant des nuées de drapeaux marocains, les manifestants continuent à ce jour à dénoncer l'«abandon» de leur ville et réclamer une «alternative économique» à ces «mines de la mort» clandestines, dans lesquelles des centaines de mineurs risquent leur vie.
Les protestations ont en majorité lieu dans des petites villes touchées par la marginalisation, la précarité et un déficit d'infrastructures. Dans un essai paru en 2010, les universitaires, Karine Bennafla et Montserrat Emperador, résumaient les mobilisations des années 2000 : «elles exposent le sentiment d'abandon d'habitants vivant dans des espaces-marges, zones montagnardes enclavées ou bourgs des confins, qui dessinent un Maroc qualifié d'inutile lors du Protectorat», loin du dynamisme de l'axe Atlantique Tanger-Rabat-Casablanca. Cette lecture reste valable tant le royaume reste marqué par de criantes inégalités sociales et territoriales, sur fond de chômage élevé parmi les jeunes. En octobre, un rapport soulignait la persistance d'une grande pauvreté dans les zones enclavées. Si elle était auparavant «vécue comme naturelle, le processus d'ouverture du système politique autoritaire, la prise de parole, l'espoir d'un éventuel changement, sont les premiers ingrédients qui nourrissent le mécontentement collectif», analyse M. Rachik. Pour M. Darif. politologue, «la révision du modèle économique doit passer par de nouveaux choix politiques, dont une démocratisation des institutions et un élargissement du champ des libertés». Pour sa part, le peuple ne veut plus en démordre et affiche une grande détermination à forcer la main aux gouvernants pour une vie meilleure, ou du moins plus décente.   
K. M. et agence

 

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