jeudi 18 octobre 2018 05:06:43

Note de lecture , Le bal des mensonges, roman de Salima Mimoune : Fuir pour être soi

Le bal des mensonges, ou forcément fuir pour être soi : le titre général du roman de Salima Mimoune —le deuxième après Les ombres et l'échappée belle— ouvre la porte sur l'inattendu inimaginable.

PUBLIE LE : 13-02-2018 | 0:00
D.R

Le bal des mensonges, ou forcément fuir pour être soi : le titre général du roman de Salima Mimoune —le deuxième après Les ombres et l'échappée belle— ouvre la porte sur l'inattendu inimaginable. "Fuir pour être soi" aurait très bien pu, en ce sens, remplacer le titre définitif du roman en question.

De fait, il s'agit bien de la cruelle morale d'une histoire, au sens des leçons de fin de fable qui croyaient nous enseigner les choses de la vie. Il semble alors  que, pour Salima Mimoune, il soit toujours trop tard —ou peut-être même trop tôt— pour quelque chose ou pour quelqu'un. Emergeant d'emblée dans son récit, la question lancinante du mariage forcé de Leila, pour ne pas dire le désastre pour celle-ci avance presque inexorablement, à pas feutrés, non seulement à sa rencontre mais aussi à celle de toutes ces autres jeunes femmes qui ne se ressemblent pas, que nous apprenons certes à connaître à travers l'incertitude de leurs destins respectifs ; mais non à deviner ; et qui, entre temps, vieillissent de leur chagrins desséchés. Et tout le reste...
D'une atmosphère familiale de réclusion à l'autre, d'un statut féminin minoré à l'autre, d'une désillusion amoureuse à l'autre..., le roman de Salima Mimoune renferme on ne sait quoi d'un bilan, ne serait-ce que par ces retours sur le temps lointain, les mœurs d'autrefois, l'hostile contexte environnemental du quartier d'habitation, bref, tout ce que peuvent nous rappeler, en l'occurrence, deux ou trois chapitres  de Dar Sbitar (La grande Maison) de Mohammed Dib, bougeant encore dans la mémoire comme dans une tombe. L'attente du bonheur avait choisi, comme promis pour Leila, une robe blanche ; l'adieu à l'univers familial est en définitive sans larmes, nonobstant la non obtention sans appel d'un visa pour la France. Un univers donc, où l'art accompli est de "tout gâcher en deux temps, trois mouvements". Toutes proportions gardées, Salima Mimoune est un peu à la littérature algérienne ce que Nina Bouraoui est à la française, de l'autre coté de leur commune frontière socio-culturelle. Mais sans manier le goupillon. Ainsi tout est si "calme" pour Leila. Pourtant sa vie allait foncièrement changer. Et elle n'était pas prête.

Une force d'évitement silencieuse et captivante règne alors

Forte d'un style narratif simple et percutant, Salima Mimoune décrit de manière à la fois signifiante et signifiée, pour ne pas dire conceptuelle, un cheminement chaotique, dont la confusion retranscrit l'incertitude haletante d'un temps comme suspendu, un temps ou règnent rumeurs mortelles et bruits dénués de sens, où les rêves naïfs d'héroïne et les actes de lâcheté sans nom semblent faire la petite histoire. Grands parents et parents, cousins et cousines peinent visiblement à finir leurs arguties, sans parler de leurs arrière-pensées ; ils ne peuvent vivre, en effet, que de petits morceaux d'histoire, et les subterfuges qui se nouent entre eux sont vite éparpillés par le vent des événements existentiels.
 A supposer que les hommes y soient nécessaires, ils sont plantés ici et là, au hasard des jours, falots, impérieux, masqués. Souvent, ce sont eux, tel le père de Leila,  qui abandonnent, lâchent prise, ou "prennent la fuite". Une force d'évitement silencieuse et captivante règne alors, telle la mère Batoul, et même gouverne l'univers prédestiné du personnage principal de Salima Mimoune : sous cet angle, les dernières lignes, sans doute les plus retorses, sont remarquables. L'émotion, là encore, s'invite stoïquement au bouquet final, un peu comme une vague idée de liberté passée sous un placide rouleau compresseur.
Stylistiquement abouti, riche en détails puisés majoritairement de l'univers familial algérien d'aujourd'hui, Le bal des mensonges restitue, non sans talent, le comportement anachronique d'une société avec un réalisme aussi frappant —et terrifiant— que le sort scellé de Leila, personnage principal du roman en question. A lire éventuellement, car il interpelle assurément.
Kamel Bouslama

Le bal des mensonges, roman de Salima Mimoune ; ENAG Editions, Alger 2017,
 172 pages.

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Bio-Express
Salima Mimoun est née à Taher dans la wilaya de Jijel. Après des études universitaires en sciences économiques, elle occupe les postes de chargée d'étude et celui de chef de département dans différentes entreprises nationales et étrangères, puis se consacre définitivement à l'écriture. Elle publie en 2011 un premier roman intitulé Les ombres et l'échappée belle chez L'Harmattan, roman qui sera réédité en 2015 par l'ENAG dans le cadre de la manifestation culturelle "Constantine, capitale de la culture arabe".
 

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