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Le voilier-école El-Mellah 938 : fierté des forces navales

« L’Algérie a rejoint le cercle très fermé des nations maritimes qui possèdent ce genre de voilier »

PUBLIE LE : 11-02-2018 | 0:00
D.R

Reportage réalisé par : Amel Saher

«C'est le plus beau navire jamais construit par le chantier naval de Remontowa», avait déclaré M. Piotr Soyka, président du groupe Remontowa-Holding-Capital, repris par le magazine polonais spécialisé dans l’actualité maritime, Poland @ Sea, dans son numéro du 4 novembre 2017. Cette phrase résume à elle seule, le bijou acquis récemment par les forces navales de l’Armée nationale populaire, en l’occurrence le voilier El-Mellah 938.

Un bateau-école destiné à la formation des élèves officiers. À première vue, cet imposant bâtiment nous plonge dans un voyage dans le temps qui traverse plusieurs siècles. Un espace où l’ancien croise la modernité et la technologie complète la force physique.
La construction de ce voilier a commencé dans les chantiers navals de Gdansk en Pologne, en 2014, à Rémontowa Shipbuilding, pour être achevée en octobre 2017. El-Mellah a rejoint l’amirauté de l’Armée nationale populaire en décembre 2017, et fait, actuellement, partie de la composante de la formation des élèves de la marine militaire nationale. Contre toute attente, le voilier 938 a été acheminé vers l’Algérie par un équipage et un commandement 100% algérien, après une traversée en mer de 16 jours. Le lieutenant-colonel Zoubir Khaouani, le commandant de bord du voilier 938, fait partie du l’équipe restreinte qui a suivi le projet du début jusqu’à la fin. Il nous fait savoir que l’Algérie est le seul pays en Afrique et le deuxième du monde arabe, après le Sultanat d’Oman, à se doter de cet outil de formation.

« L’Algérie a rejoint le cercle très fermé des nations maritimes qui possèdent ce genre  de voilier »

«Actuellement, toutes les grandes nations maritimes, comme les USA, la Grande-Bretagne, la Russie, sont dotées de ce genre d’outils extrêmement utile et important pour la formation du personnel naviguant, qu’il soit civil ou militaire. L’Algérie a rejoint le cercle très fermé des nations maritimes qui possèdent ce genre d’outil», affirme-t-il, avant de souligner que «le haut commandement de l’armée algérienne, à leur tête le vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP, le général de Corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, place la formation parmi les priorités». «On peut avoir l’avion le plus sophistiqué doté de la dernière technologie, mais il ne servira à rien si on ne sait pas le piloter ! Une armée professionnelle, c’est d’abord une armée formée», ajoute-t-il. À une question sur la particularité du bateau El-Mellah, comparé aux autres outils de formation existants déjà, le lieutenant-colonel Zoubir Khaouani explique que son importance réside dans le fait qu’il forme d’abord le marin avant le militaire. «Nous sommes des marins avant d’être militaires, et la première des choses que l’élève va acquérir ici dans cette école est de devenir un marin accompli. Cela va lui faciliter d’une manière significative le reste de son travail, lorsqu’il va rejoindre les unités navales opérationnelles», a-t-il souligné. Le voilier El-Mellah 938 est doté d’une capacité d’accueil de 120 élèves (40 filles et 80 garçons), son équipage avoisine les 90 personnes, en plus d’un personnel embarqué spécialisé de 18 personnes maximum, et offre toutes les commodités du confort aux normes internationales pouvant lui assurer une autonomie totale de 30 jours en mer. Ce bateau-école est composé de deux cabines pour filles (30 et 10 lits), cabines pour garçons élèves (80 lits) et les cabines de l’équipage. Il est doté, entre autres, d’un hôpital, d’un cabinet dentaire, d’une salle de sport, d’une salle de cours, d’une bibliothèque, d’un salon de coiffure, d’une cuisine, de deux chambres froides et de deux mess. Les différentes pièces du bateau sont construites à base de matériaux nobles. Quant à la décoration, elle est marquée par la sobriété et le raffinement.

Qu’apprend-on à l’école  El-Mellah ?

En réponse à cette question, le commandant de ce navire fera savoir qu’«ici, l’élève va apprendre comment devenir un véritable marin. Nous allons commencer par la formation à l’ancienne, l’art maritime, la navigation à la voile, le travail avec le cordage, la navigation astronomique, et, puis, au fur et à mesure, nous allons passer de la navigation à l’ancienne, à la navigation moderne. Ce bâtiment est doté de la dernière génération en matière d’appareils de navigation, mécanique, etc.», dit-il. Il ajoute que sur ce bateau, l’élève va acquérir les automatismes qui vont faire de lui un officier de quart, que ce soit en matière de navigation, mécanique, etc. Ce qui va, précise-t-il, faciliter sa vie, son travail lorsqu’il rejoindra les unités opérationnelles. Concernant les conditions d’accès à cette formation qui se fait entièrement en anglais, notre interlocuteur fera savoir que «tout dépend du commandement. À l’instar de ce qui est pratiqué dans les grandes nations maritimes, normalement après une première année de formation théorique au niveau de l’école, les élèves rejoignent le voilier, en général pour une formation pratique qui durera jusqu’à 6 mois. Et donc, dès la première année, une la sélection s’opère, car ce n’est pas tout le monde qui peut travailler en mer. La sélection se fait sur la base d’aptitudes physiques, mentales, intellectuelles, mais surtout physiques. La vie en mer, que ce soit sur un voilier, une unité de forces navales ou un pétrolier,  est très difficile. Ici, l’élève va apprendre ce qu’est la mer et la vie en mer, et tout ce qui a trait à la navigation, au travail manuel maritime, absolument tout. Nous allons axer la formation sur tout ce qui est en relation avec la mer et aux sciences maritimes. La particularité de ce bateau est que c’est un voilier, ce qui va permettre à l’élève d’apprendre l’architecture navale, la sécurité lors du travail avec le cordage, le travail avec la voile. C’est un travail physique qui demande beaucoup d’efforts physiques et beaucoup de courage. Ainsi, nous allons développer chez lui l’automatisme pour devenir un véritable marin».

Apprendre à survivre en mer quelles que soient les conditions

Il fait savoir aussi que l’un des principaux apprentissages assurés par cette école est la lutte pour la survie. «En mer, nous ne sommes pas à l’abri d’un incident. L’élève doit apprendre les règles et mécanismes de la sécurité, tout ce qui doit faire et ne pas faire. Il faut savoir que la vie à l’intérieur du voilier obéit à des règles qui doivent être rigoureusement respectées. Exemple, il est strictement interdit de fumer à l’intérieur», dit le lieutenant-colonel Zoubir Khaouani. Ce dernier fait savoir, par ailleurs, qu’après les différentes phases de la formation maritime, les élèves apprendront la navigation propre, à savoir le travail sur carte, la navigation astronomique et la météo, et ce avant de passer aux cours de la navigation moderne. Il convient de souligner que l’équipage du navire lui-même est en formation continue, et suit un programme établi par le commandement portant, notamment, sur la préparation au  combat.

Sur les chantiers navals  de Remontowa

En mars 2017, le futur équipage du voilier El-Mellah, composé de 82 personnes, prend le départ pour la Pologne, afin de suivre une formation de 6 mois, dont 2 mois de cours théoriques, au niveau de l’université maritime de Gdynia, sur les techniques de navigation à la voile, et ce avant de rejoindre un voilier-école polonais pour une formation pratique de deux mois. Ces quatre mois de formation — entre cours théorique et pratiques — ont largement suffi à l’équipage algérien pour parfaire les deux mois restants de la formation à bord du voilier El-Mellah qui venait d’être livré. À en croire certaines indiscrétions, l’encadrement européen en Pologne était sceptique quant à la capacité de l’équipage algérien à pouvoir acheminer lui-même et sans aucune aide étrangère, le voilier jusqu’à l’Algérie. «C’était en hiver, et les conditions météorologiques étaient très dures. Nous avons quitté la Pologne le 17 novembre 2017, et tout le monde sait qu’en période hivernale, les mers qu’on a traversées sont très dangereuses, la Baltique, la mer du Nord  et le golfe de Gascogne. 15 jours, dont 8 jours de mer déchaînée. L’équipage était compétent et expérimenté. Vous savez ?
Nous étions une équipe de 5 officiers à superviser le projet sur place, et nous avons eu l’occasion de rencontrer d’autres armateurs qui étaient en train de suivre la construction de leurs bâtiments. L’équipe norvégienne, par exemple, était composée de 25 ingénieurs pour la construction d’un bateau plus petit que le notre. Personnellement, j’ai déjà commandé trois types de bâtiment de guerre, la seule contrainte qu’on avait est le fait que c’était une navigation à la voile que nous avons acquise en deux mois seulement, même pas en 6 mois.
Le bateau a accosté le 2 décembre en Algérie, à l’amirauté d’Alger, et dans d’excellentes conditions», assure-t-il. Le voilier école 938 est actuellement opérationnel et attend l’arrivée de ses premiers élèves qui sont en formation théorique au niveau des écoles. Probablement, ils le rejoindront et en mai ou juin, a-t-on indiqué.    
A. S.

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L’ingénieur Benyamina Abderrahim 
Compétence et patriotisme
Il est décrit par son chef comme «la perle rare». Le commandant ingénieur Benyamina Abderrahime est l’une des compétences qui font la fierté des forces navales de l’armée algérienne. Il a suivi la construction du voilier El-Mellah 938 de A à Z. «C’est un excellent élément… vraiment au top. Une compétence que les Polonais nous envient», confie le lieutenant-colonel Zoubir Khaouani.
Il s’appelle Benyamina Abderrahim, âgé de 36 ans. Il est ingénieur au grade de commandant. À bord du voilier-école El-Mellah 938, il occupe le poste du chef service énergie propulsion et sécurité. Il s’occupe de tous les équipements techniques, de la propulsion des moteurs diesel électrogène, du système anti-incendie, de la lutte pour la survie au cas de brèche. Il gère aussi les pompes d’évacuation et d’assèchement. Tout ce qui est moyens techniques et pompes moteurs électriques est sous sa responsabilité. Benyamina est membre de l’équipe du suivi et de l’équipage qui a acquis la première formation sur le voilier-école. Ingénieur d’État, il a suivi une formation d’ingéniorat à l’École militaire polytechnique (ex-ENITA). Il a travaillé dans les forces navales, plus précisément dans les unités de bâtiments de surface. Il a obtenu son diplôme de magistère à l’université de l’USTO à Oran. Quand on lui pose la question sur son expérience en Pologne, il nous répond : «Pour moi, la formation suivie sur place était vraiment facile et accessible eu égard à mon bagage. À cela s’ajoute le fait qu’en Algérie, nous avons des équipements de très haut niveau, dont j’ai eu l’honneur de servir sur une partie», confie-t-il.    
A. S.

 

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