samedi 26 mai 2018 22:11:52

M. MESSAHEL, DANS UN ENTRETIEN à RADIO France INTERNATIONALE

« Les Maliens doivent s’approprier le processus de mise en œuvre de l’Accord d’Alger »

PUBLIE LE : 27-01-2018 | 0:00
D.R

Le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a indiqué, hier, que les Maliens doivent s’approprier le processus de mise en œuvre de l'Accord d'Alger, soulignant que l'Algérie s'est «beaucoup» investie dans ce processus.

«Nous nous sommes beaucoup investis dans le processus qui a amené aux accords d’Alger. Nous pensons, nous continuons à penser d’ailleurs, tout comme pour ce qui est de la Libye (...), que le problème concerne d’abord les Maliens, c’est-à-dire toutes les parties signataires. Il faut que les Maliens s’approprient le processus de mise en œuvre des engagements qu’ils ont pris», a expliqué le chef de la diplomatie algérienne, dans un entretien accordé à Radio France Internationale (RFI), captée à Paris, relevant que les Maliens «en ont la capacité». M. Messahel, qui s'exprimait en marge du Conseil des ministres de l’Union africaine à Addis-Abeba, s'est dit «certain» que s’il y a une «véritable» prise en charge du processus, «sans interférence», «on aura franchi de grandes étapes dans le retour de la paix et de la stabilité, dans la préservation de l’unité, la souveraineté de ce pays voisin, avec lequel nous partageons beaucoup de choses». «Donc, s’il y a une volonté partagée de faire avancer les choses, tant mieux. D’ailleurs, nous y travaillons pour cela», a-t-il ajouté, soulignant que tout ce qui va dans le sens de rapprocher les points de vue est une «bonne nouvelle». «Aujourd’hui, le Mali est confronté à beaucoup de défis. Des défis sécuritaires, des défis de développement. Ils ont des échéances nationales. Je pense que s’il y a des gens qui peuvent être rassembleurs quelque part, tant mieux. Tant mieux pour le Mali», a-t-il fait savoir. À une question sur le terroriste malien Yad Ag Ghali, le ministre des Affaires étrangères a souligné que ce dernier est «blacklisté» par les Nations unies, et que l’Algérie, qui met en œuvre les décisions de l'organisation onusienne, lutte contre ces gens-là, précisant qu’Iyad Ag Ghali était allié au terroriste Belmokhtar et aux autres, quand il y a eu l’enlèvement des diplomates algériens à Gao. Le ministre a, dans le même sens, indiqué qu'il a «beaucoup de choses à dire sur Iyad et sur les services qui ont des liens, qui ont eu des liens avec lui».

Lutte contre le trafic de drogue : « On sait qui fait quoi »

M. Messahel a affirmé qu'en matière de trafic de drogue, «on sait qui fait quoi», soulignant que l'Algérie n'en est pas producteur. Dans cet entretien, le chef de la diplomatie algérienne a indiqué, à une question sur une «coupure» du dialogue entre l'Algérie et le Maroc dans la lutte contre le trafic de drogue, que le dialogue (entre les deux pays) «s’inscrit dans le cadre de la volonté politique des uns et des autres», faisant remarquer que l’Algérie «n’est pas un pays producteur de haschich, de drogue ou autre chose».
«Nous faisons en sorte que chacun essaie, par les moyens qu’il a, de lutter contre ce phénomène, pour la stabilité de la région. Donc, il va falloir que chacun fasse l’effort de son côté, sans qu’il n’y ait de grandes polémiques. On sait qui fait quoi et on sait qui est derrière quoi. Donc, ça, tout le monde le sait», a-t-il expliqué, faisant référence aux rapports des Nations unies «qui sont très, très clairs sur les trafics dans le monde». Il a affirmé que c’est un phénomène mondial qui doit être pris en charge dans le cadre des Nations unies, «pour faire face à ce genre de fléau». Le ministre des Affaires étrangères a rappelé, dans ce contexte, que lors de la conférence à Alger du Forum global de lutte contre le terrorisme, coprésidé par l'Algérie et le Canada, l’accent était mis sur le lien qu’il y a entre le crime organisé et la lutte antiterroriste. «Aujourd’hui, le problème se pose au niveau du Sahel, il n’y a pas d’autre source que les grands trafics. Donc, il y a la drogue, il y a le trafic humain», a-t-il insisté, préconisant une coordination des efforts «dans le cadre des mécanismes au sein de l’Union africaine et de l’organisation sous-régionale à laquelle nous appartenons pour lutter contre ce phénomène». Concernant la lutte contre la corruption en Afrique, le ministre a indiqué que les enjeux pour ce continent se présentent en termes de «comment l’Afrique peut récupérer son argent qui est placé un peu partout ?», l’évasion fiscale et le transfert illicite de capitaux», estimant que «ça se compte en milliards de dollars». «Et je crois qu’on va aller peut-être au-delà, pour que les législations, au niveau de chaque pays, soient en adéquation avec cette volonté de lutter contre le phénomène de la corruption», a-t-il estimé, insistant sur l'adaptation des cadres juridiques de chaque pays «avec ses droits, pour qu’on puisse réellement combattre ce phénomène».

L’Algérie a sa « propre doctrine en matière de paix et de sécurité »

«Vous savez, nous avons notre propre doctrine en matière de paix et de sécurité. Surtout qu’il s’agit de notre région. Nous avons toujours privilégié l’effort national pour faire face à l’événement. Et cela, c’est partant du vécu, de l’expérience que nous avons vécue», a expliqué le ministre, rappelant que «nous n’avons compté sur personne pour nous en sortir, après une décennie noire et après 200.000 morts».
Le G5 Sahel, rappelle-t-on, est un cadre de coopération régionale dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le fléau migratoire, soutenu par la France et quelques pays européens, qui regroupe cinq États du Sahel, à savoir la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.
Pour le chef de la diplomatie algérienne, «compter sur soi est un facteur extrêmement important. On ne peut pas faire face au terrorisme et, par expérience, s’il n’y a pas une véritable mobilisation à l’interne», faisant observer que «ce dont a besoin le Mali, et ce que nous faisons pour le Mali, nous le faisons pour le Niger (...), il ne faut pas le perdre de vue». «Ce n’est pas parce que nous n’avons pas de troupes. C’est une doctrine. Notre armée a une vocation de défense nationale.
C’est constitutionnel, c’est historique, c’est culturel», a-t-il soutenu, soulignant que les enfants de l’Algérie «défendent leur pays». «On ne va pas dans d’autres théâtres, ce n’est pas dans notre doctrine. Par contre, notre devoir de soutien ou d’aide aux pays qui sont confrontés à ce genre de situation, là, on le fait par devoir, mais on le fait parfois dans la grande discrétion», a-t-il ajouté, faisant savoir que l’Algérie a «beaucoup investi» dans la formation d’unités spéciales de lutte contre le terrorisme en territoire saharien. «Ça, c’est vraiment la spécialité (...) Nous le faisons par les équipements en termes logistiques.
Depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, il y a plus de 65.000 cadres africains qui ont été formés chez nous. Nous le faisons pour le Mali, nous le faisons pour le Niger, nous le faisons pour d’autres pays de la sous-région», a-t-il conclu. (APS)

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