dimanche 21 octobre 2018 01:40:12

Les artistes de rue : Ces musiciens qui sèment la bonne humeur

Oh non, ce ne sont pas les planches d'une salle de spectacles ni celles d'un théâtre qu'ils occupent chaque jour, mais seulement un bout de trottoir. Ils, ce sont les artistes de rue que l'on a pourchassés dans un passé récent par ci, mais que l'on applaudit aujourd'hui par là, sur les trottoirs d'Alger.

PUBLIE LE : 13-01-2018 | 0:00
D.R

Oh non, ce ne sont pas les planches d'une salle de spectacles ni celles d'un théâtre qu'ils occupent chaque jour, mais seulement un bout de trottoir. Ils, ce sont les artistes de rue que l'on a pourchassés dans un passé récent par ci, mais que l'on applaudit aujourd'hui par là, sur les trottoirs d'Alger.
Un bout de trottoir, disions-nous. C'est leur espace, si minuscule soit-il, mais qui leur permet, malgré tout, cette possibilité de donner à voir leur talent artistique sous le regard tantôt amusé, tantôt indifférent des passants, lesquels, aussi curieux qu'émerveillés pour nombre d'entre eux, s'arrêtent souvent pour apprécier leur musique ou pour admirer leur travail de portraitistes ; un travail souvent exposé à même le sol... Mais il n'empêche. Ils sont malgré tout outillés en conséquence : guitares, baffles, micros, chevalets... Eh oui, chaque matin que Dieu fait, les quelques artistes habitués de la place Maurice-Audin, le deuxième centre nodal d'Alger après la place Emir Abdelkader, installent leur matériel au même endroit. C'est là, comme d'habitude, qu'ils vont passer leur journée. Ils ont certes choisi de travailler dans la rue parce que pour eux c'est, quelque part, un gagne-pain, mais c'est surtout parce que, disent-ils, lorsqu'on le leur demande, ils tiennent avant tout à leur liberté d'action.

«C'est dur, travailler  dans la rue...»

«Pour la plupart des artistes qui font comme moi, les recettes amassées en fin de mois représentent à peu près l'équivalent d'un salaire minimum», mentionne d'ailleurs, sans plus de détails, l'un de ces musiciens de rues. «C'est dur, travailler dans la rue», déclare-t-il sobrement. Mais il aime la grande liberté que ce «métier» lui procure. Et d'expliquer que la beauté ainsi partagée, sous l'angle d'une rue, conserve ce côté évanescent pour mieux devenir souvenir pour chaque passant qui s'arrêterait à leur endroit ne serait-ce qu'un instant.
C'est dire qu'en se promenant dans la capitale, on rencontre de plus en plus d'artistes de rue en pleine performance, particulièrement non loin de la mythique Place Maurice-Audin ou de la Grande Poste, des artistes dont souvent on ne sait rien. La rue, bien évidemment, leur fournit un complément qui, pour la plupart, les aide à subsister. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Comment vivent-ils leur rencontre avec le public ? Forcément rodés aux contraintes qu'ils soulèvent quelquefois, ils ont pratiquement tous demandé l'autorisation préalable à l'APC d'Alger-centre, car c'est grâce à cette institution qu'ils peuvent désormais installer en toute quiétude leur scène éphémère. Et, Dieu merci, les refus de ce côté-ci sont plutôt rares.

Une nouvelle tendance de la culture populaire algérienne

Devenus figures emblématiques du cœur de la ville d'Alger, les artistes de rue rendent la cité algéroise forcément plus vivante. En tout cas plus oxygénée et plus gaie, pour ne pas dire moins morose. Seuls ou en groupe, leur diversité et leur fugacité peignent les rues d'ambiances d'autant plus changeantes qu'ils proposent une variété de genres musicaux selon les «scènes» installées. Cela va du chaàbi aux variétés occidentales en passant par des succès bien de chez nous, à savoir des reprises de chansons connues de Khaled, d’Idir ou de Dahmane el Harrachi, pour ne citer que les plus prisées. Une fois d'ailleurs, en fin de saison estivale, l'événement musical, s'il faut le qualifier ainsi, s'est même produit, de façon, dirions-nous, pratiquement improvisée.
Il y avait là un duo d'artistes qui avait «élu domicile», chaque jour que Dieu fait, non loin du restaurant de l'université. Sur ces entrefaites, passent des touristes espagnols. Parmi eux, une dame de la cinquantaine. Elle s'arrête au niveau des deux musiciens en question, échange quelques mots avec eux, et voilà que, sitôt après, le «miracle» se produit : les deux musiciens accompagnés par la dame —qui avait une voix de soprano— entament une chanson du répertoire musical espagnol très connue des Algériens... S'ensuit une autre, et d'autres encore tant l'ambiance, qui entre-temps, s'était allègrement installée, ne devait tacitement pas s'arrêter ... A telle enseigne d'ailleurs que, par moments, on se serait cru en plein récital de flamenco et musique andalouse. Inutile de dire combien les applaudissements de la foule, fort nombreuse ce jour-là, étaient nourris au terme de cette prestation improvisée, laquelle avait duré pratiquement trois quarts d'heure... Bref, ce fut un moment magique, comme seule la Méditerranée peut nous en fournir...

...semer la bonne humeur là où l'on s'y attend le moins

C'est dire aussi combien ces artistes, parce qu'ils ont été officiellement autorisés, peuvent semer la bonne humeur là où l'on s'y attend le moins. Un jour c'est l'un, le lendemain c'est un autre. Ils vont et viennent au gré de leurs envies, de leurs inspirations et surtout de leurs besoins. Et le moindre des Algériens lambda de passage ne peut qu'en être rassuré dans la mesure où il ne s'agit plus d'un regroupement idéologique de sinistre mémoire, regroupement dont il sait pertinemment que la seule raison d'être est tout à fait opposée à la leur. Très ancienne tradition algérienne à l'origine, mais entre-temps redevenue nouvelle tendance de la culture populaire actuelle dans notre pays, l'activité de ces artistes de rue à Alger est certes tolérée mais néanmoins soumise à réglementation, ce qui est tout à fait normal. En effet, ne s'improvise pas du jour au lendemain artiste de rue comme s'improvise un gardien autoproclamé de parking.
Il est vrai qu'autrefois, la police interdisait à ces artistes de se produire dans la rue, s'appuyant sur un arrêté qui interdit tout événement susceptible de provoquer des regroupements. Mais de nos jours, de tels regroupements autour de ces artistes sont à la fois visibles et fugaces chaque jour que Dieu fait. Et démontrent clairement qu'ils sont tout ce qu'il y a de plus inoffensif dans la cité. Pour tout dire, ils redonnent, assurément, de l'animation, de la gaieté, voire tout simplement de la vie à notre capitale, qui le mérite bien !
Kamel Bouslama

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions