lundi 22 janvier 2018 22:55:34

Tlemcen : Le carnaval « Ayrad » à Béni Snous

À l’instar des pays de l’Afrique du Nord, l’Algérie a célébré hier le premier jour de l’an berbère, le 1er Yennayer 2968.

PUBLIE LE : 13-01-2018 | 0:00
D.R

À l’instar des pays de l’Afrique du Nord, l’Algérie a célébré hier le premier jour de l’an berbère, le 1er Yennayer 2968. Une occasion pour se rappeler l’identité authentique des peuples de ces pays, qui remonte à plusieurs millénaires. Pour cette année, l’événement est célébré dans une ambiance particulière, notamment avec la décision historique du Président Abdelaziz Bouteflika de consacrer Yennayer, jour de l'an amazigh, une journée nationale chômée et payée. Dans la commune de Béni Snous, les Tlemcéniens et comme chaque année ont préparé la fête traditionnelle dite Ayrad (le lion en amazigh), qui coïncide aussi avec  la fête d’Yennayer, la nouvelle année du calendrier berbère. Toutes  les familles  ont confectionné les beignets, les crêpes, le berkoukès, et autres mets et gâteaux les plus prisés pour cette fête du patrimoine national. En effet, le spectacle de la fête d’Ayrad se fait durant la nuit, selon les traditions depuis les générations, et ce durant trois journées consécutives. Les participants à ce carnaval passent ensemble d’une maison à une autre, et les comédiens ne dépassent pas le nombre de neuf personnes déguisés de masques de moutons et dirigés par un guide. Le guide muni d’un drapeau à la main entouré des autres comédiens frappe de porte en porte des maisons. Lorsque la porte est laissée entrouverte, c’est la lionne (l’biyya) qui entre  accompagnée des spectateurs et aidés par le son du tambourin, le bendir et la ghaïta et d’autres expressions telles que : «nous sommes venus, nous sommes venus, ouvrez vos portes !» Après avoir effectué quelques tours à la maison, la lionne tombe à terre et fait le mort à chaque séance. Puis, le grand Ayrad entre avec fureur et observe la lionne en train de mourir… Quelques minutes après le jeu et le réveil de la lionne, le maître de la maison remet au guide de l’argent de la ziyara, et en particulier les fruits secs mélangés, du pain, des grenades, des gâteux, des figues sèches, etc. De son côté, le M’kaddem fait la lecture de la Fatiha à haute voix, tout en souhaitant à toute la société, une nouvelle année abondante en richesses, et, en priant Dieu le Tout-Puissant de nous apporter sa miséricorde, la prospérité, de la clémence, et se dirigent vers une autre maison et ainsi de suite jusqu’à l’aube. Tous les dons reçus sont remis aux nécessiteux du village.

Dans l’esprit de la solidarité communautaire

La vie culturelle dans cette commune d'origine berbère est marquée par cet événement. Des hypothèses sont avancées, dont la plus connue  pour le moment est celle liée à «l’avènement de l’an 950 avant j.c, et qui est associé à un fait historique qui s’est déroulé il y a 2966 ans dans la localité de Khémis Tlemcen. C’est là que «le roi amazigh Chachnak infligea une cuisante défaite aux armées du pharaon Ramsès III attiré par la conquête de nouveaux territoires réputés par leurs richesses essentiellement agricoles». Par ailleurs, et selon ce qui a été colporté il y a quelques années, deux Ayrad étaient organisées, celui d’Ouled Farès et d’Ouled Méziane à Khémis chef-lieu de la commune. L’origine de ce carnaval réside dans son authenticité, il est spontané et tiré du fin fond de nos us et coutumes et les croyances les plus lointaines. Il est aussi l’apogée d’une identité millénaire dont les populations s’attachent et s’identifient, et était célébré avec faste pour marquer le nouvel An amazigh. Il s’inscrit en plus dans l’esprit de  la solidarité communautaire et de l’attachement au sacré. Il est le patrimoine de tous. Rappelons  que le 12 janvier 2001 et sur invitation du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), et à travers une caravane culturelle d’une association, le carnaval d'Ayrad a été présenté pour la première fois sur scène, au Théâtre national algérien, à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri  de Tizi Ouzou et au Théâtre régional de Béjaïa. Aussi, pour la mise en valeur de ce patrimoine, un film a été produit par le réalisateur Noureddine El-Hachemi en 1992, ainsi que d'autres documentaires, d'études anthropologiques, le sociologue français Edmond Destaing a écrit plusieurs essais, dont le dictionnaire français berbère, le dialecte des Béni Snous, les fêtes et coutumes saisonnières, l'Ennayer chez les Béni Snous, quelques particularités sur le dialecte berbère de Béni Snous, etc. Soulignons que Béni Snous (Ath Snus en langue berbère) est située à une quarantaine de km du chef-lieu de wilaya de Tlemcen.
R. S.

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