jeudi 18 octobre 2018 20:11:48

YENNAYER : Le traditionnel couscous à l’honneur

Yennayer, le premier jour de l’an berbère, a été célébré hier dans l’ensemble des wilayas du pays.

PUBLIE LE : 13-01-2018 | 0:00
D.R

Yennayer, le premier jour de l’an berbère, a été célébré hier dans l’ensemble des wilayas du pays. L’occasion met en valeur la terre et ses produits. Deux préceptes qui en disent long sur l'attachement des Amazighs à la terre et à sa mémoire. Le premier jour de l'an du calendrier agraire, c'est aussi plusieurs us et coutumes propres à la culture amazighe, notamment sur le volet gastronomique où plusieurs mets sont préparés pour l'occasion, notamment le célèbre «aftir oukassoul», le couscous kabyle et le «baghrir».

Adffen iberkanen, ad kecmen imellalen. Par cet adage est annoncé le premier jour de l’an berbère. Ce moment marque la séparation entre deux cycles solaires, passage des journées courtes, «noires», aux journées longues, «blanches». Yennayer symbolise le premier jour du calendrier agraire en usage depuis l’Antiquité en Algérie et à travers le reste de la Numidie. Yennayer est aussi une journée qui fait partie de la période la plus froide de l’année allant du 13 décembre au 22 janvier. La coutume veut que l’occasion soit marquée en priant les forces divines de fertiliser la terre, source d’opulence et de prospérité. La plupart des Berbères étant sédentaires, la vie quotidienne est rythmée par les travaux de la terre. Yennayer est donc symbolisé par sa relation avec ces besognes et les cycles des saisons qui sont célébrés par des rites et coutumes selon les spécificités de chaque région, et qui témoignent d’une communion étroite et harmonieuse entre tous ces éléments naturels. Ceci nous amère à dire que le calendrier berbère est d’essence agraire. La célébration du premier jour de l’an (Amenzu Yennayer), en région berbère, obtient une notoriété, au point d’être qualifiée de solennité communautaire, tel Achoura. Le repas, préparé pour cette célèbre fête, est assez luxuriant et différent du quotidien. Les rites sont effectués d’une façon symbolique. Ils sont destinés à écarter la famine, à prédire l’avenir et à accueillir chaleureusement les forces invisibles auxquelles croyaient les Berbères. Le mois de yennayer est marqué par le retour sur terre des morts porteurs de la force de fécondité. Durant la fête, les femmes kabyles ne doivent pas porter de ceinture, symbole de fécondité. Celles transgressant la règle, subiraient le sortilège de la stérilité.

Une préférence vouée à la volaille

«Imensi n’yennayer» nécessite des préparatifs préalables. Chez les Chaouis et les Kabyles, la veille, la maison est méticuleusement nettoyée et embaumée à l’aide de diverses herbes et branches d’arbres (pin, etc.). Elle ne le sera plus, durant les trois jours suivants sinon le balai de bruyère, confectionné pour la circonstance par les femmes, lors de leur sortie à la rencontre du printemps (amagar n tefsut), blesserait les âmes errantes. On procède au changement des pierres du kanun (inyen n l’kanun). 
Pour la préparation du «dîner de Yanayer», les Berbères utilisent la viande de la bête sacrifiée, souvent de la volaille, mélangée parfois à la viande séchée pour agrémenter le couscous, élément fondamental de l’art culinaire berbère. À cela s’ajoute la préparation des beignets (lesfendj, tihbal, lekhfaf) ou des crêpes (acheddour, tighrifine, achebbadh). D’une région à l’autre, les noms donnés aux plats sont différents. Le souper de l’année est un signe qui fait appel à l’abondance alimentaire. Il est inconvenant pour l’une ou l’autre famille de montrer des signes d’aisance. Tout le monde doit être sur le même pied d’égalité que son prochain. Le couscous est préparé avec une sauce à base de légumes secs, selon les régions, on mélange deux à sept légumes (pois cassés, lentilles, fèves concassées «abisar», haricots blancs, corneilles ou doliques à œil noir, pois chiches... ) et l’incontournable volaille. D’une contrée à une autre, on propose des explications différentes au choix de la volaille.
Certains diront, par son chant matinal, le coq annonce la naissance de la lumière (le lever du jour), d’autres expliqueront, par ses œufs, la poule incarne la fécondité, donc l’abondance. Les croyances populaires méditerranéennes nous apportent d’autres éclaircissements sur cette préférence vouée à la volaille. Par exemple, les Grecs et les Romains auraient adopté le coq comme oiseau protecteur, ce qui s’apparenterait à l’usage d’«asfel» (offrande) dans l’ensemble de l’Afrique du Nord.

La nature, fortement mise à contribution
Au matin de la journée de yennayer, le niveau d’humidité du sel annonce un mois arrosé ou non. En ce jour de yennayer, la nature est fortement mise à contribution, elle est observée et écoutée, aucun geste ne doit la contrarier, car elle est porteuse de «lfal» (le présage).
Ainsi, la femme kabyle ou chaouie vérifie scrupuleusement, ce qui se trouve sous les pierres qu’elle ramasse pour renouveler le trépied de son «kanun», la présence d’un ver blanc laisse entrevoir la naissance d’un garçon, une herbe verte signifie une moisson abondante, les fourmis symbolisent l’augmentation du bétail... L’ensemble de ces éléments plus ou moins perpétués ou simplement conservés dans les récits témoignent du caractère agraire du calendrier berbère. Le nouvel An berbère, Yennayer, est une tradition ancienne inscrite dans le calendrier agraire de l’Afrique du Nord, et qui connaît aujourd’hui un regain de vitalité. Des traditions berbères liées au changement de l’année se retrouvent dans plusieurs régions d’Afrique, voire du bassin méditerranéen. Elles s’apparentent parfois à de la superstition, néanmoins elles participent à la socialisation des personnes, harmonisent et renforcent le tissu culturel. Des peuples d’identités différentes considèrent les divers rites de yennayer faisant partie intégrante de leur patrimoine culturel. Ainsi, c’est souvent l’occasion d’y associer des événements familiaux. Première coupe de cheveux aux petits garçons. Dans certaines régions, on dit que l'enfant est comme un arbre, une fois débarrassé des mauvaises influences, il poussera plus fort et plus énergiquement, c’est d’ailleurs à cette période qu’on opère la taille de certains arbres fruitiers.  
Le mariage sous le bon présage de Yennayer. Les petites filles s'amusent à marier leurs poupées. On habitue les enfants à des rites d’initiation agricoles en les envoyant aux champs afin de cueillir eux-mêmes fruits et légumes.
La célébration de yennayer s’explique par l’importance accordée aux rites et aux superstitions de l’époque, dont certaines subsistent encore de nos jours. Comme elle s’inscrit dans l’esprit de la solidarité communautaire et de l’attachement au sacré.                                                                                                        
Farida Larbi

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