vendredi 19 janvier 2018 02:48:21

Traditions : Yennayer fête du nouvel an amazigh

Certes, on sait désormais que Yennayer, qui est le premier jour de l’an du calendrier amazigh et qui correspond au 12 janvier, est consacré depuis peu, par décision du Président de la République, journée chômée et payée.

PUBLIE LE : 07-01-2018 | 0:00
D.R

Certes, on sait désormais que Yennayer, qui est le premier jour de l’an du calendrier amazigh et qui correspond au 12 janvier, est consacré depuis peu, par décision du Président de la République, journée chômée et payée. Mais on ne sait peut-être pas —ou pas assez— qu’il est fêté dans toute l'Algérie —du Nord au Sud et d'Est en Ouest— ainsi que dans toute l'Afrique du Nord, et que sa célébration peut durer plusieurs jours.

D'abord, il faut noter qu’en Algérie, il y a trois calendriers qui sont couramment utilisés: le calendrier universel —appelé aussi calendrier grégorien—, le calendrier musulman et le calendrier agraire, appelé aussi calendrier amazigh.                      
Et puisque c’est ce dernier calendrier qui nous intéresse ici, il faut savoir que c’est celui utilisé depuis l'aube de l'humanité par les paysans algériens et nord-africains. A l’image du calendrier universel ou grégorien, c’est un calendrier solaire, perpétuel (sans millésime d’année), fonctionnant au rythme des saisons. On a ainsi pu observer que les populations nord-africaines, immuablement mêlées à la terre nourricière dans une solide harmonie avec les éléments naturels, ont vécu, durant des millénaires, au rythme des saisons dont le déroulement a réglé le cours des journées, dicté les occupations de chacun et conditionné les travaux agricoles et assimilés. Mais revenons au premier jour de l’an du calendrier amazigh, Yennayer, qui, depuis le début de notre ère, coïncide avec le douzième jour du calendrier universel, ou grégorien. Dans ce calendrier berbère, les dates et saisons ont une avance de douze jours sur celles du calendrier universel. En voici quelques unes : tafsut (le printemps) ; 15 furar (28 février) ; 17 mayu (30 mai) ; anebdu (l’été) ; 17 yukt (30 août) ; Lekhrif (l’automne) ; ccetwa (l’hiver) ; 16 unber (29 novembre).
Aujourd’hui, par exemple, si nous sommes le mardi 12 janvier 2018 selon le calendrier universel, nous sommes, selon le calendrier amazigh, le 1er Yennayer 2968.

Que signifie exactement Yennayer et quels sont les rites y afférents ?

Avant d’y trouver réponse, il faut noter que dans le système linguistique berbère ou, si on préfère, le système linguistique amazigh, un seul mot peut être, à lui seul, tout un énoncé doté de sens. Ainsi, le vocable Yennayer est une composition linguistique amazighe formée des éléments «Yen» et «Ayer» avec leurs variantes successives «Yiwen» ou «Ayen» et «Ayyur» ou «Aggur». Ces variantes signifient respectivement «Un» ou «premier» et «Mois». Cela donne Yennayer (le premier mois) qui a aussi son prolongement dans une autre appellation, pour ainsi dire jumelle, tout au moins pour ce qui est du sens : l'expression «Tibbura ussegwass» qui signifie précisément «Les portes de l’année ». Yennayer annonce ainsi la fin d’un cycle et le commencement d’un autre cycle.  
Comme on le sait maintenant, Yennayer, le nouvel an amazigh, est une tradition ancienne inscrite dans le calendrier agraire de l'Afrique du Nord et qui connaît aujourd'hui un regain de vitalité. Comme premier jour de l’année («aqerru useggas»), il est marqué par des rites, des mets, des augures qui peuvent durer plusieurs jours (cinq à sept jours, par exemple, dans la tribu des Beni Snous) et cela, dans une atmosphère de fête à peu près semblable dans toutes les régions d'Algérie. Selon Edmond Destaing, qui a observé au début du siècle dernier la célébration de Yennayer chez les Beni Snous, dans la région de Maghnia (W. de Tlemcen) (in La Revue africaine, n°256, 1er trimestre1906), «déjà bien avant l’Ennâyer, les hommes se rendent au marché et y achètent les choses nécessaires. Ils partent au moulin y chercher de la semoule. Pendant 5 jours, les femmes vont couper du bois qu’elles rapportent du Taînet sur leurs épaules. Le premier jour, dès le matin, les femmes et les enfants vont à la forêt sur les pentes. Ils en rapportent des plantes vertes : du palmier-nain, de l’olivier, du romarin, des asphodèles, des scilles, du lentisque, du caroubier, de la férule, du fenouil. Les femmes jettent, sur les terrasses des maisons, ces plantes qu'on y laisse se dessécher. Les tiges vertes ont, en effet, une influence favorable sur les destinées de l’année nouvelle, qui ainsi sera verte comme elles. Et pour que l’année soit pour nous sans amertume, nous nous gardons de jeter, sur nos maisons, des plantes, telles que le chêne-vert, le thapsia, le tuya, qui toutes sont amères».

Les mêmes croyances tirées des us et coutumes locaux

De nos jours, les choses ont quelque peu évolué, mais le fonds traditionnel demeure intact. On égorge toujours un mouton ou une chèvre, pour que les gens soient pourvus de viande (le second jour de la fête). On mange aussi des poules dans chaque famille. Alors, on s’occupe du dîner. Dans la plupart des cas, il se compose uniquement de «berkoukes». Toujours selon Edmond Destaing: «Après le repas, on en place quelques grains sur les pierres du foyer, ainsi que sur les poutres qui soutiennent le toit. On ne lave pas le plat dans lequel a été roulé le «berkoukes», ni celui dans lequel on l’a mangé, ni l’ustensile qui a servi à le faire cuire ; on ne nettoie pas les cuillers ; on ne secoue pas la corbeille à pain, ni «l’anfif» (en alfa dans lequel se cuit le couscous). A cette occasion, on fait des «sfenj» (crêpes), et des «trid» (beignets).»
Ce qu'il y a lieu de noter, par ailleurs, ce sont les mêmes croyances tirées des us et coutumes locaux liées à Yennayer et ce, depuis la nuit des temps. En voici un exemple, cité par Edmond Destaing : «Une femme est-elle en train de faire une natte aux approches d’Ennayer ? Elle s’empresse de l’achever pour l’enlever du métier avant la fête ; elle détache ensuite le roseau auquel est fixée la trame. Parfois ses voisines viennent l’aider. Si cette femme, n’enlevant pas la natte, lui laisse passer l’Ennayer sur le métier, un malheur surviendrait, qui éprouverait ses enfants, son mari, ses biens. On agit de même pour un burnous ou une djellaba. Si une femme n'a pu achever une natte commencée, elle l’enlève avant l’Ennayer et la fait porter au loin dans la montagne. Puis, la fête passée, on la place de nouveau sur le métier et on l’achève».
Kamel Bouslama
 

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