vendredi 19 octobre 2018 04:39:46

Chaomain. 1. Diables et divins d’Abdelmadjid Benmohammed

L’envers de la psychanalyse

PUBLIE LE : 04-01-2018 | 0:00
D.R

Voici un ouvrage à tendance philosophique platonicienne peu habituel car écrit par un auteur qui est chercheur scientifique avant tout, enseignant universitaire dans les sciences physiques et aussi «un intellectuel engagé et un infatigable éveilleur de consciences, qui se bat pour la diffusion du savoir et combat l'irrationnel et l'obscurantisme (...)».

Un ouvrage dont la lecture ne peut laisser indifférent et pour cause, l'entrée en matière, plutôt singulière dans la mesure où elle rompt avec les canaux de communications habituels, -*-----situe d'emblée "Chaomain" dans un contexte transdisciplinaire, pour ne pas dire pluridisciplinaire. Qu'on en juge plutôt à travers la présentation ci-après signée Fateh Boureboune :
"Entre épistémologie et philosophie des sciences, entre mythologies et mythes personnels, entre histoire des civilisations et histoire des religions, entre mythes des origines et évhémérisme, entre la culpabilité de l’imposture de la psychanalyse et certaines impostures scientifiques autres, entre l’Être authentique, et le paraître vraisemblable de l’humain, entre l’histoire, l’historiographie et l’historicité, entre les doctrines prétendument profanes aux matrices sacrées, sémantiquement saturées de sacré, et des origines probables de l’univers à ses fins toutes aussi probables, sous les apparences de la thèse académique par souci méthodologique mais s’imposant par certaines libertés comme un essai éclectique, pluridisciplinaire et transdisciplinaire cohérent, effleurant et fleurant la théorie du chaos, démystifiant mais présentant la théorie du complot, le «Chaomain» est un pamphlet contre Freud et une éloge à Darwin le mal compris, l’incompris, à la théorie totalement dénaturée au fil du temps pour les besoins de causes pas toujours avouables».
Il suffit de lire aussi le commentaire de Aicha Lemsine, auteure notamment de La Chrysalide et Chroniques algériennes et qui du reste rejoint le premier commentateur ci-dessus cité, pour mieux saisir combien «Chaomain» est qualifié par celle-ci comme «un pamphlet fulgurant», «un livre écrit au scalpel contre la pensée de servitude et ses serviteurs, qui démontre point par point «le drame des humains à l'entrée du nouveau millénaire». Et d'ailleurs, Aicha Lemsine elle-même ne s'en cache pas en ajoutant ce passage du reste fort éloquent : «j'ai lu avec jubilation ce texte fracassant les mythes, comme peu d'auteurs n'osent en écrire aujourd'hui, de peur de tomber sous les fourches caudines du politiquement correct. Et la commentatrice d'indiquer quelques phrases (de A. Benmohammed, ndlr) dont elle suggère la méditation : «Nous devons combattre non seulement le Mal diabolique, mais aussi, et surtout le Bien divin. Les dieux diaboliques vivent à nos dépens. Ils nous conservent dans un territoire grâce à des institutions séductrices ayant des lois, des prisons, des écoles, des lieux de plaisirs divins, de la consommation à crédit...»
De l'univers onirique vers l'univers des neurosciences
Tout au long des 415 pages que compte l'essai, on ressent en effet comme une puissance d'exister chez A. Benmohammed qui terrasse la théorie du complot et démystifie la  pensée de ceux eux qui ont provoqué la catastrophe à cause de leur prétention d'être —de droit divin— les maîtres d'une vie qu'ils exploitent sans se soucier de la connaître. Ici également une autre phrase tout aussi éloquente de l'auteur A. Benmohammed : «Il ne suffit pas de partir dans un «djihad-croisé» contre un monde d'injustices, de mensonges et de crimes en déversant des croyances discursives suicidaires».
Partant de la littérature pour aller vers la réalité, traitant de la réalité de son Être pour aller vers son inscription littéraire, appelant à la barre des témoins des matières scientifiques telles la  physique, les mathématiques, la biologie, l'anthropologie et autres sciences sociales, «Chaomain», selon Fateh Boureboune, «se veut un état des lieux, un bilan de la situation actuelle de l’humanité dans son humanité et la lecture de son humanité par le truchement des sciences qui ont fait son évolution et ses révolutions, et les grands systèmes à l’origine de ses dernières».                                                              
Aussi, au gré de la lecture le lecteur est-il entrainé dans les fouilles de la mémoire de siècles de dialogues, et d’influences littéraires et psychologiques (comme l’effet du «Hamlet» de Shakespeare sur Freud pour élaborer sa théorie du complexe d’Œdipe). Justement, selon Aicha Lemsine, «le pseudo inventeur de la psychanalyse, est magistralement démystifié par l’auteur, qui par ailleurs aide à mieux comprendre les travaux de Charles Darwin». Et d’autres lignes de A. Benmohammed suivent, toujours aussi redoutables de lucidité, comme celle-ci : «Nous devons déconstruire notre mental en examinant les doctrines qui nous habitent comme la psychanalyse qui a tous les ingrédients de la modernité, mais uniquement par le langage plagié sur des croyances». La curiosité de l'auteur le pousse d'ailleurs vers un savoir encyclopédique, sans limites. On lui reconnaît avant tout dans son œuvre celle d’un critique-philosophe du sens, ou plutôt le sens du sens avec un syncrétisme de connaissances scientifiques, culture, intelligence et de sensibilité.
Etat des lieux exhaustif, le livre passe ainsi «de l’univers onirique vers l’univers des neurosciences, des sciences cognitives et de l’intelligence artificielle». Il passe d’un psychanalysme trompeur et abusif ne se fondant sur aucune une vérité scientifique, impuissant à réunir «les conditions de la vérité scientifique» posées par Charles Darwin.
Dans cet essai, on observera en effet que «les grandes théories sont passées en revue sans omission». Nous dirions plutôt à profusion. L’antiquité, les temps modernes et la postmodernité sont interrogés par l’enquêteur, car il y a effectivement enquête à se suffire de questionner la bibliographie et les citations et maximes dont l'ouvrage est truffé. Rien de tel, pour tout dire, que cet autre  passage de Aicha Lemsine en guise de conclusion de son commentaire: «Voila tout le dessein humaniste de A. Benmohammed, un auteur qui a compris que nous vivons dans une époque sans contenu, dans un monde à l'envers qui ressemble à l'enfer, mais pour qui l'homme est à délivrer et éduquer». Un ouvrage à lire et relire donc comme un livre de chevet car sa compréhension de nombreux concepts commande de le parcourir en plusieurs étapes, ne serait-ce que pour cogiter davantage.
Kamel Bouslama

Chaomain, de Abdelmadjid Benmohammed, Edition Médias-Index (deuxième édition), Alger 2016, 415 pages. Dépôt légal avril 2016, Bibliothèque et Archives nationales.
 

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