vendredi 22 juin 2018 14:02:19

Cappadoce, entre troglodytes et paysages féériques : Une évasion culturelle et historique

Un itinéraire mêlant parfums et magie d’Orient : mieux qu’une excursion lunaire sans fusée, ce voyage que nous avons effectué au début du mois de novembre avec la Turkish Airlines sillonne la Cappadocia, une région aux paysages insolites.

PUBLIE LE : 02-01-2018 | 0:00
D.R

Un itinéraire mêlant parfums et magie d’Orient : mieux qu’une excursion lunaire sans fusée, ce voyage que nous avons effectué au début du mois de novembre avec la Turkish Airlines sillonne la Cappadocia, une région aux paysages insolites. A la découverte de spectaculaires cheminées de fée avec de drôles de chapeaux mystérieusement sculptés par la nature à travers les airs, des grottes troglodytiques et des vallées aux couleurs arc-en-ciel… Une inoubliable semaine à passer à pied, à vélo, à cheval, en quad et même en montgolfière, s’offrant ainsi une vue panoramique de 360° ! Et pour finir en beauté, le hammam nous chatouille les orteils, et alors, sûr que vous deviendrez un vrai pacha !

Notre aventure a débuté le 18 novembre dernier… Ma valise est prête, avec tout le nécessaire pour un voyage vers une aventure  qui s’est avérée la plus époustouflante, laissant derrière moi mes escarpins aux talons aiguilles. Il est 9h05, nous sommes à l’aéroport international Houari- Boumediène. En moins de cinq minutes les bagages sont enregistrés au comptoir de la Turkish Airlines. Le temps d’accomplir les modalités de la paf et me voilà à la salle d’embarquement avec des confrères de la presse nationale et M. Abdellah Amini, le directeur marketing de la Turkish Airlines en Algérie, qui nous accompagne durant ce voyage, qui entre dans le cadre des voyages touristiques organisés par la compagnie aérienne turque au profit des journalistes algériens et ce, dans la perspective de découvrir les différentes régions de la Turquie. Et voilà qu’on annonce l’embarquement imminent des passagers.
L’appareil, un A321 flambant neuf, et nous sommes accueillis par de souriantes hôtesses toutes habillées de tailleurs bleus, la couleur de la compagnie. La prestation compte repas chaud inclus pour tous les vols de plus de 3 heures, siège avec un empâtement de 77 cm pour avoir plus de place pour les jambes, une franchise de 30 kg de bagage en soute et 8 kg en cabine. En me plongeant dans le magazine de bord, je m’aperçois que la Turkish Airlines programme 35 vols par semaine à partir d’Algérie à destination d’Istanbul, soit trois vols par jour à partir d’Alger, et sept vols par semaine respectivement d’Oran et de Constantine. Cette compagnie est équipée de 329 appareils dont des Airbus et des Boeing reliant Istanbul à plus de 120 destinations internationales, à raison de 300 destinations par jour. Tous ces vols sont en correspondance via l’aéroport d’Istanbul qui ressemble à une ruche d’abeilles. Il est midi passé… mon ventre commence à gargouiller ! C’est normal, m’étant réveillée à 5h et ayant pris mon petit-déjeuner à 6h… Ajouté à cela les parfums des repas que les hôtesses préparaient pour nous. Ah enfin ! Je  vois venir l’une d’elles avec le chariot comprenant les plateaux de repas chauds soigneusement rangés. Arrivée à notre niveau elle nous propose deux menus… Mumm ! Entrée, plat chaud et dessert, les plateaux sont bien garnis. Ainsi dorlotés, nous ne voyons pas le temps passer, et voilà que nous atterrissons à l’heure à l’aéroport Atatürk à Istanbul, après 3h30 de vol. Au pied de la passerelle une navette spéciale, un confortable minibus aux sièges en cuir attend les passagers et les emmène directement au terminal. Une fois arrivés, Abdou nous demande de faire vite car nous avons un autre vol à prendre à 18h pour l’aéroport de Kayseri à Cappadocia. Heureusement que nous n’avions pas de bagage à récupérer, car la compagnie s’était chargée de les envoyer directement à notre destination. Située à plus de 630 km d’Istanbul, la Cappadocia est à près de 300 km au sud-est de la capitale Ankara et à environ 400 km au nord-est d’Antalya. Pour vous rendre en Cappadoce, une première solution consiste à prendre une liaison intérieure avec Turkish Airlines depuis Istanbul, Izmir, Bodrum ou encore Antalya. Vous atterrirez à l’aéroport de Kayseri qui se trouve à 80 km d’Uçhisar et rejoindrez le cœur de la Cappadoce. Il y a deux vols par jour d’Istanbul à Kayseri. Et nous y voilà arrivés… notre avion atterrit  à l’aéroport de Kayseri après une heure et demie de vol. On récupère nos bagages. A la sortie, une navette nous attend pour nous déposer à notre hôtel. Sur la route, j’avoue que j’étais émerveillée par cette ville… tout est lumineux ! Il est 23h passé… après un bon dîner, un délicieux thé turque qui nous a été servi et une séance de relaxe dans un jacuzzi suite à cette journée chargée, nous sommes merveilleusement installés chacun dans sa chambre au MDC Cave hôtel ; on se met au lit. Place au repos, une longue journée nous attend.

De jolies églises rupestres et des vues panoramiques à couper le souffle

Après une bonne nuit tranquille bercée dans une belle chambre conçue sous forme de grottes aux lumières tamisées, on se réveille à 7h. Le groupe se retrouve autour d’une belle table de petit-déjeuner complet offert par l’hôtel. Notre guide, Erhan, que la compagnie aérienne nous a choisi est déjà arrivé et nous attend avec le chauffeur. C’est un excellent francophone qui a plus de dix-huit-ans d’expérience. « Aujourd’hui je vous emmène au parc national de Göreme et la vallée d’Ihlara qui seront au programme pour découvrir en toute tranquillité ces merveilles de la Cappadocia », nous dira Erhan. Pour y aller un minibus nous attend… D’ailleurs, il nous est réservé pour tout notre séjour.  Sur ses hauts plateaux à plus de 1.200 mètres d’altitude, le paysage surréaliste de la Cappadocia est composé de grottes, de canyons et de cheminées de fée. S’y égrènent de nombreuses villes souterraines, habitations troglodytes, églises rupestres et monastères creusés par la main de l’homme ainsi que les vestiges d’une habitation traditionnelle des premiers chrétiens, avec ses superbes fresques byzantines du IVe siècle, nous explique Erhan. Située dans le centre de la Turquie, Cappadocia est une région qui réserve de belles surprises aux voyageurs en quête d’exotisme et de paysages inédits et des vues panoramique à vous couper le souffle. Ses terres sont tapissées de formations volcaniques surprenantes, legs des volcans Erciyes et Hasan Dag. Un long travail qui a abouti à un paysage lunaire que des touristes du monde entier viennent découvrir. Jouissant d’une excellente réputation dans l’univers du tourisme de par ses vestiges culturels et ses belles plages aux eaux turquoises, la Turquie est également connue grâce aux fameux sites rocailleux de la Cappadocia. Située à plus de mille mètres d’altitude sur les hauts plateaux, la Cappadoce octroie une vue imprenable sur des reliefs impressionnants où se joignent canyons et grottes, anciens volcans et cônes rocheux. Il faut dire que cette destination méconnue par les Algériens est l’un des sites les plus visités de la Turquie, un territoire aux paysages lunaires et volcaniques, connu pour sa production agricole, viticole et fruitière intense. On vient de toute la planète pour découvrir ce «musée en plein air» qu’est Göreme, visiter ses églises rupestres cappadociennes, contempler les cheminées de fée proches du village d’Aktepe (étranges formations rocheuses d’origine volcanique) et s’immerger dans les abysses des cités troglodytes enfouies de Nevsehir, Özhonak, Kaymakli et Derinkuyu.

Aperçu historique

Construite au Xe siècle par des chrétiens et décorée de fresques colorées, Cappadocia nous livre, aujourd’hui, un superbe témoignage de l’art byzantin. Pour le découvrir, le meilleur moyen reste une balade dans les riches vallées de Cappadocia, dont la plus connue est la vallée de Gorëme. Malgré son relief peu avenant, la Cappadoce abrite des civilisations depuis plus de 3.000 ans. « Elle fut habitée dès la Préhistoire. Les Hattis, qui peuplaient la région au IVe millénaire avant notre ère, se soumirent à l’invasion des Hittites », nous raconte Erhan. Selon ce dernier, les Hittites assimilèrent leurs dieux et leurs traditions. A la chute de l’Empire hittite vers 1200 avant J.C., la Cappadoce entra dans une période d’instabilité. Les Phrygiens régnèrent un temps sur la région. « Au VIe siècle avant J.C., la Cappadoce fut conquise par les Perses. On la nomma Katpatuka, «le pays des chevaux de race», nous dira-t-il. À partir du premier siècle, elle devint une province romaine. C’est à ce moment-là qu’elle accueillit les chrétiens qui fuyaient les persécutions des Romains. La Cappadoce devint un important foyer du christianisme. A partir du IXe siècle, les moines et les ermites creusèrent des monastères et des églises dans les roches et les falaises. Ils reproduisirent la construction classique des églises (nef, narthex, transept, coupoles..). Sur les murs ont été peints des scènes bibliques. A l’abri dans les rochers, certaines échappèrent à la «guerre des images» (iconoclasme) et nous sont parvenues dans un assez bon état de conservation. Au VIIIe siècle, les habitants imitèrent les moines. Pour échapper aux troubles qui agitaient la Cappadoce, ils creusèrent à l’intérieur des rochers des cachettes qui devinrent ensuite de véritables villes souterraines sur plusieurs niveaux. Ils pouvaient vivre ainsi plusieurs mois, en totale autarcie. A partir du Xe siècle, la Cappadoce connaît une période de paix durant laquelle les monastères fleurissent. Le XIe siècle voit l’arrivée des Seldjoukides dans la région. Sous leur règne, Cappadocia renoue avec la prospérité commerciale. Mosquées et caravansérails (sortes d’auberges-entrepôts) sont construits dans les villes d’Aksaray, Nidge et Kayseri.  Cappadocia demeura une zone d’échanges pendant cinq siècles jusqu’à la découverte d’une nouvelle route maritime au XVIe siècle qui récupéra tous les flux de marchandises. La découverte de ses églises rupestres au XXe siècle l’a remise au goût du jour.

Les villes souterraines… des vestiges des civilisations hittites

Outre ses extraordinaires paysages composés de tuf et de cheminées de fée ainsi que ses habitations troglodytes, la Cappadoce, région située en Anatolie centrale, possède également quelques villes souterraines. La plus grande et la plus belle est Derinkuyu, dont le nom signifie «puits profond». Installée sur pas moins de 8 étages, elle est située à une trentaine de kilomètres au sud de Nevşehir en direction de Nigde et à 10 km de Kaymakli où se trouve aussi une ville souterraine réputée. Claustrophobes s’abstenir, en route pour une visite hors du commun qui nous emmène dans les entrailles de la terre à plus ou moins 85 m de la surface, en empruntant des escaliers et galeries qui n’en finissent pas, fort étroits et bas, où il faut parfois se courber pour avancer ! Difficile d’imaginer que dans cette région aride des centaines d’anciennes villes souterraines s’étendent sous nos pieds. Ces villes auraient été progressivement construites par les Hittites, un peuple venu du Caucase qui arriva en Anatolie vers 2000 ans avant J.C., pour se protéger des invasions. « La Cappadoce était en effet une zone stratégique. Très convoitée, elle était située au carrefour des routes commerciales reliant les plus importantes régions du monde de l’époque », nous raconte Erhan. Et d’ajouter : « Détenir la Cappadoce signifiait le contrôle des richesses qui y transitaient... » Nombreux ont été les peuples qui ont tenté de s’en emparer : Romains, Perses, Mongoles etc. Ces invasions progressives auraient conduit les habitants à creuser des villes sous la surface puis à construire des forteresses pour se protéger. S’y trouvaient au premier étage doté de niches pour entreposer le fourrage, des étables pour les animaux (souvent capturés par les ennemis s’ils s’introduisaient dans la cité). Les hommes se trouvaient dans les niveaux inférieurs (certaines cités pouvaient compter jusqu’à huit niveaux). Pour survivre, les habitants avaient recours à plusieurs sortes de puits… des puits pour stocker l’eau, des puits qui recevaient l’eau par des canalisations, mais également des puits d’aération. Ils disposaient également d’espaces creusés dans la roche pour y stocker leurs vivres, leur permettant de survivre à un siège de plusieurs mois. Toutes n’avaient qu’un seul but, explique Erhan, « empêcher la progression de l’ennemi dans la cité ». Les couloirs en pente étaient très étroits, rendant difficile la progression de plusieurs individus et les empêchant d’utiliser leurs armes de manière optimale —ces couloirs contribuaient également à l’aération, leur inclinaison favorisant la circulation de l’air—. Venaient ensuite les meules, des pierres circulaires de plusieurs tonnes destinées à fermer l’accès aux couloirs. S’il suffisait de seulement quelques hommes pour les déplacer de l’intérieur en les faisant rouler, il était cependant impossible pour les envahisseurs de les déplacer de l’extérieur. Destinés à laisser passer des lances pour transpercer les ennemis, on peut également voir des trous situés dans la partie supérieure des couloirs. Malgré ce système de défense, les Hittites, habitants présumés des villes souterraines, disparurent. Ils laissèrent la place à un autre peuple qui a su tirer parti de ces cités, les premiers chrétiens.

Vol en montgolfière… une vue panoramique de 360° de la ville

Outre la visite des sites à pied ou sur les dromadaires, le temps fort d’un incentive est sans conteste le survol de la vallée de Göreme au petit matin en montgolfière... si la météo le permet. Le panorama est éblouissant… un paysage prématuré, comme fossilisé avant même d’être venu à l’existence. Si vous avez la chance de venir découvrir Cappadocia, ne repartez surtout pas sans avoir réalisé l’expérience unique et grandiose de survoler cette région extraordinaire. Un tour en montgolfière en Cappadocia pour commencer votre journée au lever du soleil, les cheminées de fée vues du ciel. Tôt le matin avant le lever du soleil, notre guide vient avec le chauffeur nous prendre à la porte de notre hôtel pour commencer notre journée bon pied bon œil. Ça y est, nous sommes arrivés, les organisateurs nous accueillent très chaleureusement nous emmenant vers un petit-déjeuner qui nous est offert, ces messieurs-dames sont servis. Nous déjeunons dans une ambiance bien dépaysante ; des dizaines de ballons à terre, commençant à se gonfler, se préparant pour nos compagnons de cette aventure venus du monde entier qui, tout comme nous, vivrons un moment inoubliable. Emerveillée par ce paysage en cette matinée glaciale… je ne lésine pas sur la photographie, ces couleurs, ces scènes de vie de personnes s’activant pour que les voyageurs passent un bon moment. Surexcités, nous montons dans une nacelle pouvant contenir à peu près une vingtaine de personnes. Pas de panique, tout est prévu si c’est un peu haut, un beau jeune homme Turc se fera un plaisir de m’aider pour y accéder, rien de plus facile. Des consignes de sécurité nous mettent en confiance, pour nous rassurer ; on nous expliquera comment se conduire, se positionner. « Attention mesdames et messieurs, dans un instant ça va décoller, attacher vos ceintures, zut il n’y en a pas ! », lança le bel jeune homme Turc avec humour. Les brûleurs sont allumés, la chaleur vous envahit, ça y est nous décollons doucement mais sûrement, le ballon s’envole, au revoir plancher des vaches bonjour beaux horizons.
Quel bonheur ! Nous voilà flottant dans les airs, parmi tant d’autres ballons tous différents, un spectacle si fantastique que j’oublie presque que c’est en bas qu’il faut regarder. Waw… Les paysages sont féeriques, si proche de la nature, je suis au meilleur poste d’observation qu’il puisse exister ; je profite de cette lumière jaune orangée qui me rend les environs, comment dirais-je... GRANDIOSES ! Au-dessus des cheminées de fée, frôlant les arbres, contemplant du ciel les maisons de tuf, les vignobles, les habitations troglodytes; une expérience hors du commun. Apprécier la beauté de cette région à sa juste valeur, c’est tout de même un endroit naturel connu du monde entier, que vous admirer. Elle nous expose à toutes ses richesses, sa beauté, nous séduit par ses multiples formes résultant d’éruptions volcaniques, elle nous emportera pour un moment dans son monde magique.
Cappadocia en montgolfière, c’est une heure de vol ; que le temps passe vite quand on en a plein les mirettes. Durant cette petite escapade, le charmant pilote est capable de varier son altitude pour le plaisir de nos yeux. Adroitement, nous montons jusqu’à 600 mètres d’altitude pour redescendre progressivement ; vaut mieux vous me direz, le petit-déjeuner de 20 personnes dans la nacelle, pourrait faire désordre. Slalomant entre les cheminées, voire les autres montgolfières à proximité, j’ai les cheveux en l’air et mon brushing tout défait. Pas grave puisque c’est le prix à payer pour contempler de vrais tableaux de maîtres, les couleurs, les odeurs, la sensation de flotter, d’avoir eu une vue d’ensemble de la région si fabuleuse, les images plein la tête et les photos plein mon appareil. Tenez-vous bien, atterrissage pas n’importe où, bien sûr que non, ça serait trop banal ; atterrissage sur une remorque à la grandeur de la nacelle, en même temps plus petit ça serait un peu bête, vous imaginez la scène, tous en équilibre. Le pilote très habile, maître de son engin et responsable de 20 vies, dont la sienne, se positionnera comme un chef sur la remorque de ce 4×4 prévu pour nous ramener dans un endroit dégagé. C’est fini, déjà, il faut descendre. C’était si beau, je veux refaire un tour, allez rien qu’un tour. C’est bon… pas de tour de plus ! Nous descendons de la nacelle toujours portée. Tout encore chamboulée par ce que nous venons de vivre. Nous quittons Cappadocia après un séjour de quatre nuits et cinq jours. Un séjour riche avec un circuit de randonnées et de découvertes dans la plus insolite région de la Turquie. C’est une véritable merveille, unique au monde, où la nature a façonné un paysage extraordinaire. Subissant l’érosion du vent et de l’eau, le sol de cet immense plateau de tuf volcanique s’est littéralement transformé en un paysage surréaliste fait de cônes, de pics, de canyons et de cheminées de fée… une vraie évasion culturelle et historique.
S. O.
 


Musée en plein air de Göreme
Notre visite se poursuit au musée en plein air de Gorëme qui illustre parfaitement cette nouvelle page du christianisme. Ce site exceptionnel, aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, abrite des monastères, des églises de l’art primitif puis iconique. En y pénétrant, se dressaient devant moi, baignant dans la lumière dorée du soleil couchant, un couvent creusé dans un immense rocher. « Gorëme doit son origine à Saint Basile, un homme de foi inquiet du développement du matérialisme chrétien qui décida de créer un monastère pour revenir aux premières valeurs du christianisme », dira Erhan. Des communautés de moines y vivront jusqu’à la conquête de la région par les Ottomans. Ce site est un véritable témoignage de la ferveur chrétienne qui a baigné les lieux dès le IVe siècle. En effet, de nombreuses églises sont parsemées de-ci de-là, aux quatre coins de cet immense vallon, et chacune d’elles possède un charme tout particulier. Ce sont des moines qui, au tout début, élirent domicile dans ces montagnes, et la vallée connut par la suite, au Xe siècle, une jolie prospérité grâce à l’empereur byzantin Nicéphore Phocas. Au siècle suivant, les églises se couvrirent de fresques colorées et d’autres chapelles et habitations en tous genres furent encore creusées, augmentant ainsi le nombre de refuges destinés à honorer Dieu. Les plus spectaculaires églises sont, à n’en pas douter, l’Eglise Sombre, pour laquelle il faut s’acquitter d’un droit d’entrée supplémentaire si l’on veut profiter de ses magnifiques peintures, et l’Eglise de la Boucle, qui se trouve en dehors du musée, mais que notre billet d’entrée nous donne droit de visiter. L’Eglise à la Pomme, l’Eglise aux Sandales ou encore l’Eglise du Mauvais Œil sont également ravissantes et il est étonnant de voir le foisonnement d’art pictural qui recouvre presque chaque paroi de chaque grotte. A voir : La salle où les anciens chrétiens prenaient leurs repas et celle où ils cuisinaient. Vous les atteindrez en grimpant un escalier de métal plutôt abrupt.


Le «testi kebab» ou «kebab au pot», une gastronomie unique
Lors de notre séjour en Cappadoce, nous nous sommes régalés d’une cuisine locale riche en épices et couleurs, forte des nombreuses influences du bassin de la Méditerranée et des traditions de la cuisine des nomades arrivés de l’Asie centrale. Ici, on consomme beaucoup de viande, mijotée ou en grillade, toujours cuisinée avec des épices. Et en accompagnement : des légumes grillés farcis et frits de mille manières, du houmous et de la fava (de la purée de pois chiches et de fèves à l’huile de sésame), des böreks (salés ou sucrés). Sous les conseils de Erhan j’y ai goûté le fameux Testi kebab… ce fut un régal. Une des spécialités culinaires de la Cappadoce, le « Testi kebab » ou « Kebab au pot de terre », répandue en Anatolie centrale, cette façon de cuire les aliments est ancestrale. Les ingrédients, soit de la viande de bœuf ou d’agneau, voire les deux, des tomates, quelques gousses d’ail, des petits poivrons verts, du beurre, sel, poivre et épices selon les recettes et goûts divers sont cuits dans un pot en terre cuite, le « testi » en donnant aux aliments un petit goût authentique et spécial. Cuit à haute température durant plusieurs heures, le kebab est préparé à l’avance, et au moment de la commande il est réchauffé sur feu de bois durant une vingtaine de minutes. Puis, selon un petit cérémonial plus ou moins long et folklorique, le serveur viendra briser le pot devant vous à l’aide d’une sorte de couteau-sabre prévu à cet effet et vider son contenu dans votre assiette ou parfois dans un petit réchaud type réchaud à fondue déposé sur la table. D’autres fois, il se contentera de le décalotter et il vous faudra consommer votre kebab à même le pot. Parfois vous aurez droit à un petit « ramdam », le serveur frappera plusieurs fois sur le pot, ce qui est supposé en décoller le contenu… mais qui est surtout très cérémonial, particulièrement apprécié, la viande servie dans la poterie enflammée. Bref, un pur régal pour les papilles comme pour les yeux.


La vallée de Meskendir
«Ce paysage féérique de mésas, pics, vallons, cheminées de fée et pénitents est le résultat de plusieurs millions d’années d’érosion par le vent et l’eau », nous explique Erhan. Sans compter que l’homme a aussi apporté sa pierre à l’harmonie des lieux. Les pigeonniers de l’étroite vallée de Meskendir en sont un bel exemple. Décorés de couleurs vives pour attirer les pigeons, les pigeonniers servaient à récupérer les fientes des oiseaux pour fertiliser les terres. Mais depuis, les engrais industriels et le tourisme ont mis fin à leur exploitation. Dans un passé pas si lointain lorsque les pigeonniers étaient encore en activité, leur prix au m² se vendaient jusqu’à dix fois plus cher que celui d’une maison. Aujourd’hui, les temps ont changé, nous lance Erhan, les pigeonniers sont devenus des vestiges d’une autre époque et les habitations, même en ruine, frôlent le prix du m² parisien dans certaines cités touristiques de Cappadoce, comme à Göreme, Uçhisar ou Ortahisar.


Randonnée au village de Cavusin, rencontre et collation
Sur le chemin, nous avons rencontré de nombreux voyageurs seuls ou en couple, faisant de la randonnée. Puis, en bas de la vallée, au milieu de nulle part, nous avons eu le grand étonnement de trouver ce petit café nommé Meskendir Naturel Café. Le gérant dort dans une tante derrière son café, il s’appelle Aydin, c’est un baba cool très sympathique qui aime bien déconner. Il nous a proposé une double ration de jus d’orange ou de grenade frais, puis nous avons repris la route. La vallée rose était devant nous, de couleur rosée comme son nom l’indique, et absolument déserte. Après un millier de photos, et près plus de 20 km de marche, nous avons trouvé la ville de Cavusin. Nous avons fait un stop à Panorama Café Restaurant, un petit café modeste, aux prix très petits, à l’ambiance très typique. Nous y avons mangé des gozleme et bu du ayran fait maison bien frais, puis finalement nous sommes rentrés à Goreme en dolmus.
 

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