mercredi 12 dcembre 2018 14:00:48

Le Coin du copiste : LES LARMES D’UN COMPATRIOTE

L’inénarrable René Vautier, précurseur du cinéma engagé et grand ami de l’Algérie, engagé résolument pour son indépendance, raconte beaucoup d’anecdotes vécues au maquis avec un amusement d’un garçon, même quand il s’agit d’évoquer la belle qui a failli le tuer, mais qui a détruit sa caméra. Dans l’éclat, des bouts de sa caméra se sont plantés dans sa tête

PUBLIE LE : 30-12-2017 | 0:00
D.R

L’inénarrable René Vautier, précurseur du cinéma engagé et grand ami de l’Algérie, engagé résolument pour son indépendance, raconte beaucoup d’anecdotes vécues au maquis avec un amusement d’un garçon, même quand il s’agit d’évoquer la belle qui a failli le tuer, mais qui a détruit sa caméra. Dans l’éclat, des bouts de sa caméra se sont plantés dans sa tête. Cela dit, l’anecdote qui l’amuse le plus, c’est celle où il est interpellé par un haut dirigeant de la guerre de Libération nationale, lors de la projection de son film Djazairouna, à Tunis. La scène à controverse montre des moudjahidine pleurer un compagnon d’armes mort au maquis. L’ambiance est pesante lors de l’enterrement et les larmes des moudjahidine occupent l’écran. Le haut fonctionnaire se lève furieux pour interpeller violemment le cinéaste. «Un maquisard au maquis, ça ne pleure pas, même quand il perd son compagnon d’arme.» Il demande alors de supprimer cette séquence, d’intense émotion. Le téméraire cinéaste breton ne s’est pas laissé intimider. «Vous, cela se voit que vous n’avait pas tiré une balle au maquis.» Comprendre que le haut fonctionnaire n’a jamais quitté le Caire ou Tunis. L’histoire ne dit pas de quel haut responsable il s’agit ni quelle a été la sanction infligée à l’incontrôlable cinéaste. Même René Vautier se gardait bien de ne rien dire, laissant ses interlocuteurs sans épilogue. Et souvent sans transition, le cinéaste parlait d’autres sujets. Des histoires et des anecdotes pareilles, il doit en exister, mais rares sont ceux qui en parlent publiquement. Mais ce qu’il faut reconnaître, c’est que le cinéma algérien a tenu à façonner à l’écran, l’image du moudjahid. Un homme sans faille, n’ayant que des qualités, pieux, courageux, prêt au sacrifice pour son pays. En partie, c’est vrai, mais, en réalité, le moudjahid est un homme avec ses qualités et ses défauts. Ils étaient jeunes au maquis, et, certainement, ils pouvaient avoir des sentiments pour une moudjahida. Les films algériens ne le montrent jamais. Même les moudjahidine ont critiqué cette façon de les montrer au maquis. Ils témoignaient que la guerre était loin d’être un jeu, et que c’était dur, mais cela ne les empêchaient pas d’avoir des moments de divertissements et de joie. Certains ont pris pour épouse une moudjahida. Des années après l’indépendance, les films algériens consacrés à cette héroïque période restent silencieux sur de belles histoires à raconter sur les idylles et les peurs. Les films sont amputés de cette tranche de vie où la guerre certes est omniprésente, mais où la vie dans toute sa dimension a droit de cité. Nos films de guerre auraient gagné en crédibilité, mais nos cinéastes, soucieux de ne pas déplaire aux dirigeants, ont fait la sourde oreille, même aux pertinentes remarques des moudjahidine qui ont critiqué cette façon d’illustrer la vie au maquis.
Abdelkrim Tazaroute

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