vendredi 21 septembre 2018 04:13:15

Patrimoine matériel et immatériel : De quelques apports algériens à l’universel

Les apports algériens à l'universel, particulièrement ceux émanant, depuis la nuit des temps, du patrimoine matériel et immatériel algérien, sont à présent suffisamment connus et répertoriés ici et là, à l'international.

PUBLIE LE : 30-12-2017 | 0:00
D.R

Les apports algériens à l'universel, particulièrement ceux émanant, depuis la nuit des temps, du patrimoine matériel et immatériel algérien, sont à présent suffisamment connus et répertoriés ici et là, à l'international.

Paradoxalement, ces apports ne sont pas suffisamment connus à l'échelle nationale. Combien de nos concitoyens savent, en effet, que notre pays, à travers les âges pour ne pas dire à travers les siècles, a certes reçu mais a aussi exercé des influences tant aux plans culturel que socio-politique ?
Feu le Président Boumediène avait d'ailleurs déclaré, lors d’un entretien réalisé à l’époque par Hubert Nyssen dans son ouvrage «L'Algérie en 1970 telle que je l'ai vue» : « (...) il nous importe de «faire revivre une longue histoire inscrite dans l'histoire du Bassin méditerranéen», en ce que «la société algérienne a reçu et exercé des influences», bref, en ce que «cette histoire-là», il faut absolument «la rétablir et l'affirmer». Par où donc commencer vu que les apports algériens à l'universel émanant du patrimoine matériel et immatériel sont plutôt nombreux, contrairement à ce que continuent de dénier éperdument à notre pays certains pseudo-historiens du voisinage immédiat et d'outre-Méditerranée.
Ah, puisqu'il faut bien un début à tout, commençons par les tout premiers débuts de l'histoire de l'humanité. Alors...qui peut aujourd'hui contester que l'auteur du premier roman de toute l'histoire de l'humanité «L'Ane d'or où les métamorphose», fut Apulée de M'Daourouch (Madaurus à l'époque romaine), non loin de la ville de Souk-Ahras, considérée à ce jour comme l'une des premières cités savantes au monde? Qui peut aujourd'hui contester que le père de l'église chrétienne fut Afernane, Augustinus en latin, un berbère christianisé devenu l'un des pères de l'église chrétienne, natif de la même cité, Thagaste à l'époque romaine, Souk-Ahras aujourd'hui?
Sait-on aussi que cette illustre cité numide fut témoin de l'émergence d'un concept qu'on appelle communément aujourd'hui «le droit d'asile», consacré dès lors par les instances contemporaines internationales? Sait-on que c'est à travers une anecdote historique, rapportée dans le «Dictionnaire historique d'éducation» de Jean-Jacques Filassier (1818), que l'un des plus grands personnages évoqués de la Grèce antique, Epaminondas, cite précisément, dans le chapitre intitulé «Vérité» du dictionnaire en question, le cas de Firmus, évèque numide de Thagaste (Souk Ahras aujourd'hui)? Et que Cela s'est passé en 289 ap. J. C ? Il faut dire, au passage, que Firmus, inconnu aujourd'hui de bon nombre de nos compatriotes, donna, grâce à son courage, son nom à un édit international sur le droit d'asile, ainsi que sur l'inviolabilité des lieux de culte et l'extraterritorialité des représentations étrangères...
Le droit d’asile et la convention de Genève, une inspiration algérienne
Par sa généreuse fermeté, «Firmus montra qu'il était véritablement digne de son nom. On persécutait les Chrétiens, par ordre de l'Empereur (Maximien Aurelius Valerius Hercules, ndlr). Et les inquisiteurs du Prince, ayant appris qu'un homme originaire de Kabylie et répondant au nom de Dhia, natif de Ruzasus (aujourd'hui Azeffoun), un «rebelle» donc, qui professait la religion proscrite, avait cherché un asile chez le saint prélat, vinrent le presser de le leur livrer. Il leur répondit : «Je ne puis ni mentir, ni découvrir celui que vous cherchez ; je l'ai caché ; mais vous ne saurez jamais le lieu de sa retraite». Toujours selon Epaminondas, «L'empereur (Maximien Hercule, ndlr) fut instruit de cette héroïque constance. Il fit venir le pontife, qui lui parut si digne d'admiration, qu'il lui accorda la grâce et  celle de celui qu'il avait caché».
Depuis cette affaire, Maximien Hercule ordonna de ne plus s'attaquer aux lieux de culte même si des criminels y trouvent refuge. C'est le fameux Edit de Firmus, un privilège et un droit toujours d'actualité, qui consacra cette nouvelle donne, notamment au plan politico-religieux. A telle enseigne d'ailleurs que, de retour à Thagaste (Souk Ahras), Dhia émit le souhait d'y rester et y habiter, chose qui lui a été accordée. Quelques siècles plus tard, et tout en ayant conscience qu'on a, entre temps, oublié probablement d'autres grands personnages de l'histoire de notre pays, arrêtons-nous sur l'émir Abdelkader qui, en pleine résistance guerrière  à la France coloniale, fut  grâce à son humanisme envers les prisonniers de guerre français, à l'origine de ce qu'on appelle aujourd'hui la convention de Genève. Le passage ci-après peut d'ailleurs en témoigner : «Le général Saint-Arnaud écrit, dans une lettre adressée à sa famille : « Abdelkader nous a renvoyé tous nos prisonniers sans condition d’échange. Il leur a dit : « Je n’ai pas de quoi vous nourrir ; je ne vais pas vous tuer, je vous renvoie. « Il fait des prisonniers à partir de 1833. Il charge sa mère et son épouse de s’occuper des femmes détenues et de veiller personnellement à ce que leur séjour soit le moins rude possible et leur honneur protégé».             
Qui peut mieux que ce grand homme avoir manifesté autant d'humanisme envers un ennemi, prisonnier de guerre de surcroit ? A travers ce geste, l’émir Abdelkader a reconnu “de facto” et “de jure” les droits des prisonniers de guerre en 1837, soit 27 ans avant même l’approbation de la Convention de Genève. N'est-ce pas lui qui a ainsi inspiré cette Convention, avec tout ce que cela peut représenter comme avancées en matière de droits moraux des prisonniers et des blessés de guerre ?
 Plus près de nous encore, l'Assemblée générale des Nations unies vient d'adopter, le 8 décembre 2017, une résolution par laquelle elle proclame le 16 mai «Journée internationale du vivre-ensemble en paix». Il faut dire que l’initiateur du projet de résolution, autrement dit l’organisation non gouvernementale qui n’a pas lésiné sur les moyens pour promouvoir cette journée comme telle depuis au moins trois ans, n’est autre que l’Association internationale soufie alawiyya (AISA), basée à Mostaganem et dont le président d’honneur et guide de la Tariqa Alawiyya est le cheikh Khaled Bentounes. Faut-il rappeler, là aussi, que l'initiative algérienne est le fruit d'un long processus conduit par le ministère des Affaires étrangères, en partenariat avec l'Association en question ? Il n’y a là, à vrai dire, que quelques exemples de ce que sont les apports algériens à l'universel. Mais il en est d'autres, tout aussi éloquents, que nous nous ferons le plaisir de faire connaître ultérieurement, dans l'une des prochaines livraisons du quotidien El Moudjahid.
Kamel Bouslama
 

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions