dimanche 23 septembre 2018 12:22:14

«BARBARIE COLONIALE EN AFRIQUE» DE AMAR BELKHODJA : Dans les couloirs sombres de l’histoire

« … Si on agissait, dans les guerres entre nations européennes, comme nous l’avions fait en Algérie à l’égard des indigènes, on trouverait cela monstrueux; mais quand on n’a affaire qu’à des populations qui ne passent pas pour civilisées, on n’a pas à se gêner ».

PUBLIE LE : 08-05-2011 | 18:29
D.R

« … Si on agissait, dans les guerres entre nations européennes, comme nous l’avions fait en Algérie à l’égard des indigènes, on trouverait cela monstrueux; mais quand on n’a affaire qu’à des populations qui ne passent pas pour civilisées, on n’a pas à se gêner ».

D’ailleurs, une nouvelle catégorie de droits qu’on n’avait pas prévus lors de la proclamation des droits de l’homme  a été découverte : ce sont les droits supérieurs de la civilisation.
Ce passage que cite l’auteur de «Barbarie coloniale en Afrique» fait partie de dizaines d’autres qu’exhume Amar Belkhodja pour pister méthodiquement les actes commis par les troupes coloniales dans de nombreux pays africains et que les militaires gradés ou simples troufions relatent dans leurs correspondances et rapports. Une destruction massive de l’espèce humaine, écrit-il, dans un style alerte qui tient le lecteur éveillé tout au long de 150 pages de témoignages accablants.
Préfacé par Djilali Sari, ce géographe de formation, qui a consacré l’essentiel de son potentiel intellectuel à décrypter les sociétés du Maghreb dans une approche où l’histoire sert de trame à une analyse pluridisciplinaire, le livre de Amar Belkhodja  n’est pas un pamphlet au sens où il use d’un style polémiste.
Un personnage, médecin de son état, Paul Vigné d’Octon (1859/1953), parlementaire, témoin en 1889 de la première guerre mondiale de la barbarie coloniale au Maghreb et en Afrique, va réagir, écrire des brûlots contre les crimes contre l’humanité de son époque, donner de nombreuses conférences en France pour dénoncer ce « brigandage»  Ces écrits «oubliés», tus, passés sous silence  ou interdits de publication «La gloire du sabre » 1900, «La sueur du burnous» 1911, Amar Belkhodha va patiemment les ressusciter et les convoquer à la barre de l’histoire dans son livre.
Un livre qui voyage dans les couloirs sombres de l’histoire pour s’arrêter  aux expéditions sanglantes du Maroc avec le massacre d’Anflous, le martyre de Fes, les tueries de Rabat ou les massacres de Casablanca. «La pénétration pacifique prônée par Lyautey au Maroc consistait à remplacer les grands massacres  par des égorgements de douars, des boucheries partielles exécutées dans les gourbis, plus lentement mais non moins sûrement que les tueries copieuses, épuisent le pays vaincu et le réduisent à la plus complète soumission», écrit Paul Vignon dans «Terre à galons» que nous permet de connaître Amar Belkhodja… Certes une terre à galons, ces différentes campagnes où les généraux dans ce XIXe siècle finissant vont inaugurer bien avant les nazis de la Seconde Guerre mondiale les méthodes barbares d’enfumades et de gazage de tribus entières qui permettront à de sinistres personnages de s’élever rapidement dans la hiérarchie militaire.
Du Maroc, Amar Belkhodja nous emmène en Tunisie pour revivre l’horreur de l’assassinat des mineurs, la tragédie de Sfax  ou de Tazerka où la terreur dans la presqu’île de Cap bon. «Le colonialisme est un régime d’exploitation forcenée d’immenses masses humaines qui a son origine dans la violence  et qui ne se soutient que par la violence». Une sentence que retrouve A. Belkjodja  dans le n° 17 de «la République Algérienne » sous la plume de  Aimé Césaire, ce député martiniquais.
C’est que «Barbarie coloniale» est un témoignage qui ne se cantonne pas à un pays, voire à une ville ou une région mais va au-delà pour saisir dans son essence même le processus criminel du colonialisme dont  un certain Comte d’Hérisson va laisser une déposition involontaire à l’histoire. «Nos soldats glissaient peu à peu  sur la pente insensible qui ramène si vite l’homme civilisé à l’état barbare». Madagascar, le Kenya, l’île de la Réunion, le Togo, le Cameroun, le Tchad…. et d’autres contrées que le feu destructeur va anéantir. Richement documenté et avec un style hérité d’une longue pratique journalistique, Amar Belkhodja écrit : «Il faudrait soutenir avec force que les conquêtes coloniales, toutes d’origine européenne, sont en tant que telles des crimes contre l’humanité» Evidemment, l’auteur  ne pouvait faire l’impasse sur le 8 mai 45 en Algérie  au moment où l’Europe toute tremblante se réveille terrorisée d’avoir été capable de mener l’une des plus effroyables expériences d’extermination humaine.
Elle jure à Nuremberg mais aussi sur les sites mêmes où étaient érigés les camps de concentration que jamais plus elle ne s’attaquerait, ni n’exterminerait de plus faibles qu’elles…. Les feux d’artifice ne s’étaient pas éteints dans les villes européennes qu’un autre massacre à  huis clos se déroulait en Algérie … «Mais Ouradour-sur-Glane, on en commet un tous les jours ici !», s’est exclamé un militaire français en Algérie quand il a appris la tragédie de ce village français rasé par les Allemands. 
M. Koursi
 

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