mercredi 13 dcembre 2017 06:37:21

Traitement de la douleur chronique : Pour une approche holistique

Contrairement à une douleur persistante de moins de trois mois qui, elle, est dite aiguë, la douleur chronique est d’intensité moyenne mais lancinante et perdure dans le temps.

PUBLIE LE : 29-11-2017 | 0:00
D.R

Contrairement à une douleur persistante de moins de trois mois qui, elle, est dite aiguë, la douleur chronique est d’intensité moyenne mais lancinante et perdure dans le temps.

Elle arrive doucement, presque sournoisement et s'installe progressivement. Elle provoque l'épuisement et un sentiment d'impuissance. Son omniprésence entraîne une souffrance physique et psychique au quotidien face à l'absence d'explication médicale et une prise en charge tardive.
Elle peut être à l’origine d’une complication pathologique ou douleur aiguë non traitée, d’origine virale, médicamenteuse et même d’une exclusion sociale ou professionnelle. On la considère alors comme une maladie à part entière. Selon les spécialistes, la prise en charge de cette pathologie repose sur l’intérêt de promouvoir l'approche holistique. C’est ce qui ressort des travaux des deuxièmes journées internationales dédiées à l'éthique médicale qui ont eu lieu tout récemment à Oran et qui ont rassemblé quelque 200 participants nationaux et étrangers.
Le Pr Khaled  Layadi, président de l'Observatoire du handicap, de la réadaptation et de l'éthique en santé (OHRES) a déclaré à l’APS que «l'approche holistique consiste à prendre en charge le patient dans sa globalité et pas seulement vis-à-vis de l'organe affecté, impactant ainsi  positivement sur la relation médecin/malade», et d’ajouter :
«La démarche vaut aussi par sa vision pluridisciplinaire qui reconnaît les  influences psychologiques, sociales et culturelles sur la douleur», a-t-il expliqué. Le Pr Layadi n’a pas omis de mettre en relief l'impact de la douleur qui «dépasse de loin la dimension organique, car elle touche l'être dans toute sa complexité», tout en suggérant aux jeunes praticiens de tenir compte des facteurs psychologiques (anxiété, dépression, contraintes affectives) et environnementaux (contexte familial, professionnel, errance médicale). Soutenant qu'une approche pluridisciplinaire est souvent nécessaire pour venir à bout de la souffrance des patients, le spécialiste a relevé qu'«en posant le diagnostic, le médecin ne doit pas se limiter à retenir ce qui est objectif et mesurable, ni rejeter ce qui ne figure pas dans le registre du savoir acquis». Il a, à cet égard, cité l'exemple de son service de médecine physique et de réadaptation fonctionnelle relevant du CHU d'Oran, qui compte plusieurs compétences dont des psychologues, orthophonistes, ergothérapeutes et psychomotriciens, apportant chacun sa contribution dans la prise en charge des malades.

Un problème de la santé publique

Le conférencier a aussi rappelé que l'observatoire qu'il préside (OHRES) est porteur d'une proposition visant la création d'un diplôme universitaire de bioéthique faisant intervenir, en plus des sciences médicales, différentes disciplines telles les sciences humaines et sociales, le droit et la biologie.
Les participants ont appelé à cette occasion à la mise en place d’un diplôme inter-universitaire pour une meilleure prise en charge de la douleur. «Il s’agit de mettre en place un diplôme inter-universitaire qui englobera les différentes spécialités qui pourrait aider à la compréhension de la douleur, ses mécanismes, les facteurs qui interviennent dans sa genèse et son entretien», a notamment expliqué le Pr Layadi qui a précisé qu’«un tel diplôme aidera les médecins à une meilleure prise en charge de ce problème. Les mécanismes de la douleur sont divers, très complexes et en perpétuel changement. Elle s’exprime de façon très variée, en fonction des différences de perception, des émotions, de l’état d’esprit, mais aussi de l’éducation et de la culture, note le Pr Layadi.
La douleur fait désormais partie des problèmes de la santé publique en Algérie, à l’instar des autres pays, avec toutefois certaines spécificités, explique le même spécialiste, citant l’absence d’unités de lutte contre la douleur dans la grande majorité des établissements de soins, qu’ils soient publics ou privés, et l’absence de personnels de santé formés à la prise en charge des malades en souffrance, comme principaux obstacles pour la prise en charge de la douleur.
La législation sur les stupéfiants étant très contraignante, rend par ailleurs toute prescription de médicaments psychotropes ou morphiniques des plus risquées pénalement pour les médecins et les pharmaciens, a-t-il noté.
Selon le même spécialiste, la pénurie chronique de médicaments antidouleur dans les établissements de soins et dans les officines, en plus de la carence éthique chez les personnels de santé conjuguée à l’aléa déontologique, sont autant de facteurs qui entravent une prise en charge de la douleur.
Le Pr Layadi estime, en outre, que la loi sanitaire de 1985 encadrant la santé en Algérie ne prévoit pas de cadre juridique garantissant une prise en charge appropriée de la douleur chez les patients, soulignant que le progrès médical dans ce domaine au cours des dernières décennies est fulgurant.
Ainsi, les deuxièmes journées internationales de l’éthique médicale dédiées au thème de la douleur, se veulent, selon leurs organisateurs, un moment d’exploration multidisciplinaire, de réflexion commune, un temps pour la mutualisation des expériences et des compétences dont l’objectif majeur est de mettre en exergue l’importance de la thématique, de l’urgence de son traitement et de la nécessité de constituer une synthèse susceptible d’être une plateforme pour des études approfondies à venir de cette question d’intérêt majeur.
R. S.
 

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions