dimanche 18 novembre 2018 07:55:29

Djamila Fellah, auteure et chercheuse : « Immortaliser le patrimoine oral »

Paru récemment chez Chihab Éditions, Djamila Fellah revient, dans cet entretien, sur son dernier ouvrage, Ahazij mina El-Aouras (chansons des Aurès), un livre dans lequel elle transcrit les chansons traditionnelles de la région chaouie.

PUBLIE LE : 26-11-2017 | 0:00
D.R

Paru récemment chez Chihab Éditions, Djamila Fellah revient, dans cet entretien, sur son dernier ouvrage,  Ahazij mina El-Aouras (chansons des Aurès), un livre dans lequel elle transcrit les chansons traditionnelles de la région chaouie. Elle revient également sur l’urgence de sauvegarder, de promouvoir et d’immortaliser  cet héritage oral.

Parlez-nous de votre dernier livre Ahazij mina al Aouras (chansons des Aurès)...
C’est un livre dédié à l’oralité et aux mélodies des anciennes chansons de la région chaouie. Je suis chercheuse en patrimoine, j’ai collecté pendant de longues années le patrimoine orale des femmes chaouies pour transcrire les historiques chansons folkloriques des Aurès. On trouve plusieurs genres chantés depuis des siècles par les femmes à l’exemple du Mawawil et un autre chant proche de la Debka du Liban.

Comment s’est faite cette collecte du moment que le patrimoine chaoui a toujours été transmis par voie orale ?
Je fais des recherches, je prends mon dictaphone et je pars voir les vieilles dames, elles me déclament ces poèmes, me racontent leurs histoires… Je ramène beaucoup de matière, et puis je la fais passer au tamis et je l’assemble dans un livre. Je donne l’ouvrage au ministère de la Culture afin de le transmettre à des maisons d’éditions pour l’éditer.

Que contiennent ces chansons, quelles sont les textes majeurs et dans quelles circonstances étaient-elles chantées ?
Il s’agit d’une poésie séculaire chantée par les femmes de la région chaouie, il y a naturellement de vieilles chansons qu’on répétait aux fêtes nuptiales et à différentes fêtes familiales ou religieuses. Il y a aussi pas moins de 75% des chansons ayant pour thématique la guerre de Libération nationale.
Il faut savoir que la région chaouie a été un fief historique du mouvement de Libération national, les femmes déclamaient des poèmes et les chantaient pour faire les louanges des moudjahidine, de la bravoure du combattant et des montagnes des Aurès.

Est-ce qu’il y a urgence d’écrire cette oralité avant qu’elle ne tombe dans les oubliettes de l’histoire ?
Ce patrimoine musical et poétique a été transmis, depuis la nuit des temps, de bouche à oreille. Certains ont dénaturé quelques textes, d’autres ont ajouté ou omis certains passages… notre rôle est d’archiver ce riche legs culturel, de l’écrire et de l’immortaliser pour les prochaines générations. Les dames avec lesquelles j’ai travaillé sont déjà vieilles, nous avons perdues quelques-unes et leur oralité avec. La région des Aurès est tellement vaste et riche en patrimoine, on ne cesse de découvrir et de nous approfondir dans différents aspects du patrimoine matériel et immatériel.

Quels sont les obstacles qui entravent les recherches en patrimoine, d’autant plus que c’est de votre propre initiative ?
Notre région est conservatrice, il est difficile pour une femme d’aller sillonner les hameaux et les villages à la recherche de ce sésame poétique. Mais je fais cela avec passion et conviction, cela dit, il y a un trésor de matière culturelle et historique du patrimoine des Aurès, l’édition constitue parfois des obstacles pour la sauvegarde de cet héritage. Certains éditeurs créent hélas des obstacles pour publier des ouvrages sur le patrimoine. J’espère que le ministère de la Culture sera davantage à nos côtés pour éditer la matière.

Auteure, animatrice radio et active dans la recherche du patrimoine, parlez-nous de vos activités aux wilayas chaouies et de l’engouement des jeunes pour le patrimoine...
J’ai déjà écrit de la poésie, mais je m’intéresse énormément à notre riche patrimoine. J’écris dans une revue spécialisée intitulée Ounoutha sur plusieurs aspects de la culture chaouie comme le tissage, les tatouages et tout le patrimoine matériel et immatériel de la région. J’ai déjà publié plusieurs livres sur les adages et les maximes, un autre sur les contes chaouis, un autre sur la tradition chaouie intitulé Joudour, un autre ouvrage sur l’ancienne gastronomie de la région ainsi que d’autres recherches sur le patrimoine. Je collabore également avec trois radios régionales à travers l’animation d’émissions culturelles sur le patrimoine.
L’émission «Min tourathina» à la radio de Batna, «Listenthmourt» à la radio d’Oum El Bouaghi et «Galou nas bekri» à la radio de Khenchela, se sont des émissions très écoutées, notamment celle de la radio de Khenchela où beaucoup de jeunes s’intéressent aux devinettes, aux contes et aux adages chaouis. Je suis tout le temps en contact avec les étudiants d’anthropologie, il y a un grand engouement et beaucoup de fierté pour notre patrimoine, j’espère que nous aurons plus de soutien pour promouvoir, vulgariser et sauvegarder notre identité culturelle.
Entretien réalisé
par : Kader Bentounès

 

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions