mercredi 22 novembre 2017 00:07:22

L’économiste Farid Yaïci : « Aller vers la diversification des produits financiers »

Dans cet entretien, l’universitaire Yaïci revient sur l’actualité économique et financière de notre pays, dans ce contexte de crise. Il soutient que l’Algérie dispose toujours d’une confortable marge de manœuvre, au regard de ses réserves de changes, de l’ordre de 97 Mds USD à fin décembre 2017.

PUBLIE LE : 13-11-2017 | 0:00
D.R

Dans cet entretien, l’universitaire Yaïci revient sur l’actualité économique et financière de notre pays, dans ce contexte de crise. Il soutient que l’Algérie dispose toujours d’une confortable marge de manœuvre, au regard de ses réserves de changes, de l’ordre de 97 Mds USD à fin décembre 2017.

El Moudjahid : Dans le contexte actuel marqué par la crise financière, les pouvoirs publics ont affiché un intérêt particulier pour la finance islamique. Qu’en pensez-vous ?
M. Yaïci Farid : La finance islamique existe depuis plus d’un quart de siècle en Algérie. En effet, à la suite de la promulgation de la loi fondamentale relative à la monnaie et au crédit du 14 avril 1990, qui avait octroyé son autonomie à la Banque centrale et ouvert le paysage bancaire aux capitaux privés nationaux et étrangers, la Banque Al Baraka fut créée le 20 mai 1991. Par ses statuts, elle est habilitée à effectuer toutes les opérations bancaires, de financement et d’investissement, en conformité avec les principes de la chari’a islamique. Force est de constater qu’elle ne s’est pas considérablement développée et qu’il n’y a pas eu non plus d’engouement pour la finance islamique de la part des citoyens algériens. À ce propos, il y a lieu de souligner que c’est le système bancaire dans son ensemble qui doit être réformé dans le sens de plus de modernité, incluant les technologies de l’information et de la communication, et les innovations technologiques, d’une plus grande liberté d’action et d’une meilleure concurrence. La diversification des produits financiers offrirait un éventail de choix à la clientèle. Les produits islamiques y trouveraient leur place.

Le financement non conventionnel peut-il constituer une solution pour faire face à la crise financière actuelle, et ce financement n’aura-t-il pas un impact sur la valeur du dinar ?
Le financement non conventionnel va à contresens des préceptes économiques et de l’orthodoxie financière pour un pays en développement. Les trois grands pays industrialisés (États-Unis, Royaume-Uni et Japon), qui l’ont expérimenté récemment, dans le cadre du quantitative easing (assouplissement quantitatif), et après avoir épuisé tous les autres instruments de relance, sont des économies d’offre, et le financement en question est allé à la relance de l’investissement. L’économie algérienne, au contraire, est une économie contrainte par l’offre. Dans ce contexte, la création monétaire sans contrepartie est appelée à financer le déficit budgétaire de l’État, et, par voie de conséquence, va engendrer, à coup sûr, une inflation, une dépréciation du dinar algérien et une érosion du pouvoir d’achat du citoyen, sans pour autant avoir un impact positif sur la relance économique. Car celle-ci requiert des décisions plus audacieuses liées à l’écosystème et à l’environnement des affaires, ainsi qu’au désengagement de l’État de la sphère économique au profit du secteur privé et de l’investissement direct étranger.

Pourriez-vous-nous livrer votre lecture sur la situation financière actuelle de l’Algérie ?
La situation financière de l’Algérie a commencé à se dégrader depuis le début de l’été 2014, lorsque les prix pétroliers ont entamé une baisse qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Le 20 juin 2014, le cours du brent cotait à 114,7 USD le baril, avant de chuter lourdement à 48,7 USD le 23 janvier 2015, puis remonter à 60,63 USD le 27 octobre 2017. La baisse des prix du pétrole durant ces trois dernières années est de plus 50% par rapport aux trois années précédentes. En effet, le 8 avril 2011, le baril de brent cotait à 126,65 USD, cours duquel il ne va pas sensiblement s’écarter avant l’été 2014. Pour appréhender l’ampleur du choc externe, il faut rappeler que sur la période 2002-2015, les hydrocarbures ont représenté en moyenne 98% des exportations de l’Algérie, 67% de ses recettes fiscales et ont contribué pour 35% à son PIB. C’est dire combien l’économie algérienne est dépendante de ses hydrocarbures et à quel point un retournement du marché pétrolier peut révéler sa vulnérabilité. Une vision prospective, basée sur des réformes structurelles de l’économie algérienne, aurait pu faire éviter au pays cette situation non souhaitée. Mais une vision de court et moyen termes, fondée sur la rente des hydrocarbures, a été préférée. Elle a montré ses limites. Dès lors, les conséquences les plus tangibles de cette politique ont touché aux soldes des comptes extérieurs qui se sont dégradés sous l’effet de la réduction des revenus issus des hydrocarbures exportés. Selon le CNIS, les échanges extérieurs de l’Algérie en 2016 font apparaître une contraction du montant des exportations de 16,7%, à 28,9 Mds USD et une diminution des importations de 9,6%, à 46,7 Mds USD. Le solde commercial affiche alors un déficit de 17,8 Mds USD. La balance courante s’est ainsi dégradée depuis deux ans : -16,2% du PIB en 2015 et -17,1% du PIB en 2016. Selon le FMI, le solde de la balance courante devrait être de -16,1% du PIB en 2017 et le solde de la balance des paiements de -12,2% du PIB, après avoir été de -15,4% du PIB en 2016. En dépit de cette évolution, l’Algérie dispose toujours de marges de manœuvre confortables : ses réserves de changes s’établiraient à 97 Mds USD à fin décembre 2017, couvrant ainsi près de deux années d’importations. Ceci ne doit pas faire oublier que les réformes, entamées depuis plus d’un quart de siècle, n’ont toujours pas été menées à leur terme, ce qui est la principale cause de la situation actuelle, une cause endogène donc, et non le choc exogène symbolisé par le retournement du marché pétrolier.
Propos recueillis par :  
Makhlouf Aït Ziane

 

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