samedi 18 novembre 2017 09:20:49

Yazid Benmouhoub DG de la SGBV à El Moudjahid : « le meilleur label pour les entreprises»

Adhésion timide des entreprises, cinq en 20 ans, lancement à partir de 2019 de la cotation en ligne… la tenue des assises de la Bourse.

PUBLIE LE : 07-11-2017 | 0:00
Ph. : Billal

Adhésion timide des entreprises, cinq en 20 ans, lancement à partir de 2019 de la cotation en ligne…  la tenue des assises de la Bourse.
Autant de questions que le DG de la SGBV passe au peigne fin, lors de cet entretien qu’il nous accordé dans son bureau. Bannissant l’impossible de son vocabulaire, il affirme croire dur comme fer que l’institution qu’il dirige se hisse en un outil incontournable
de financement des entreprises et de l’économie nationale.

On commence par votre toute récente déclaration, liée au système de cotations en ligne devant intervenir à partir de 2019. Compte tenu de l’adhésion timide des entreprises, du décollage du marché boursier qui tarde à venir, et tant d’autres facteurs inscrits au chapitre des urgences, ne pensez-vous pas qu’une telle démarche, au-delà de son apport, peut signifier mettre la charrue avant les bœufs ?
Partant de ce constat, la démarche paraît un peut prématurée. Mais nous sommes convaincus que le marché des capitaux doit connaître un développement rapide, notamment avec la situation financière du pays. Et s’érigera en un acteur majeur dans le financement des entreprises, et par ricochet, de l’économie nationale. Cette cotation en ligne s’accompagnera nécessairement par une mise à niveau de notre législation et réglementation boursière. C’est aussi un signal pour le marché. On veut dire aux entreprises qui sont jusque-là réticentes, que la Bourse d’Alger s’inscrit dans une logique de progression, et les standards de son fonctionnement seront les mêmes pour les bourses mondiales. Ce qu’il faut relever, c’est le manque de culture boursière des managers, dans le privé en particulier. La SGBV est en train de mettre en place un nouveau système d’information. L’objectif premier est d’intéresser les entreprises. C’est en parallèle de nos différentes actions de sensibilisation et vulgarisation, que se met en place ce système.

Quel sera son apport et son coût ?
Beaucoup d’investisseurs éprouvent des difficultés à passer des ordres d’achat ou de vente au niveau du marché. Il y a un sérieux problème de liquidités. Parmi les problèmes, il y a le nombre très réduit des entreprises à la Bourse, c’est ce qu’on appelle la profondeur du marché qui est très réduite. Nous voulons augmenter le nombre d’entreprises cotées. Ce système pris en charge par le ministère des finances vient à point nommé pour fluidifier toutes les transactions. L’appel d’offres est lancé, et le fournisseur (espagnol) sélectionné. Je tiens aussi à préciser que la mise en place de ce système s’est établie en trois phases. La première, celle de diagnostique, est finalisé il y a quelques jours, et les rapports sont validés. A partir de la semaine prochaine, on démarrera la seconde phase. Beaucoup de réunions seront tenues. La troisième étape a trait, elle, à l’implémentation du système qui interviendra en 2019. Les transactions se feront immédiatement. Le coût du projet, lui, est de 7 millions d’euros, financé dans le cadre de la conversion de la dette espagnole.  

L’embellie financière à partir de 2000 a, on reprend vos propos, «paradoxalement contribué à créer un effet d’éviction de la Bourse». Une explication ?
L’embellie financière était extraordinaire, elle a permis à l’Algérie de mener des chantiers colossaux. Cette manne financière a tout de même permis aux banques d’avoir une surliquidité. Il y avait une offre de crédit qui était supérieure à la demande. Les pouvoirs publics ont donné, à raison, des facilitations aux entreprises pour accéder à des financements car il y avait des plans quinquennaux qui doivent être réalisés. Logiquement, un chef d’entreprise n’ira pas en bourse s’il a accès à des financements bancaires bonifiés et une non obligation de communiquer l’information financière. Certains disent que la Bourse n’a pas joué son rôle, et oublient qu’elle est faite par les entreprises. Nous ne sommes pas une autorité pour les obliger à venir, mais on a des arguments à faire valoir. Aujourd’hui, plus qu’hier, la Bourse peut réellement jouer un rôle capital dans le financement et le développement de nos entreprises. Et c’est tout à fait normal que la Bourse ait souffert de cet effet d’éviction, couplé avec le manque de culture boursière chez les chefs d’entreprises et le grand public. La Bourse est un écosystème. Nous n’avons pas suffisamment de fonds d’investissement qui leur ramène des entreprises pour fait leur exit et sortie de la Bourse, ni encore de sociétés de placement de capitaux variables qui permettent de collecter des fonds et de les investir en Bourse. Tout ce manque fait que la Bourse, seule, ne peut pas se développer. Nous enregistrons avec satisfaction l’arrivée de deux nouveaux IOB (intermédiaires en opérations de bourse) en 2017, qui sont Salam Bank et El Baraka. Ainsi le nombre d’IOB est porté, pour cette année, à neuf.

La SGBV est la petite place boursière d’Afrique et de la région Mena. Que lui faudra-t-il pour troquer cet uniforme de contreperformance et se mettre à niveau des autres bourses comme celle du Caire qui compte 300 sociétés?
A ce jour, nous avons une capitalisation 45 milliards de dinars. Très en deçà des objectifs tracés dans le cadre de la modernisation de la Bourse. Mais on ne perd pas espoir car, on considère que la conjoncture actuelle est favorable au développement du marché. Il est vrai que l’économie algérienne est une économie dite d’endettement, qui s’appuie sur un financement du secteur bancaire et le Trésor. Mais il est temps pour les entreprises d’envisager d’autres plans de financement en intégrant la Bourse comme une possible piste intéressante de ce financement.  Je m’explique : aujourd’hui il y a l’émergence de certaines sociétés privées de taille importante, mais, comparées à d’autres sociétés du même secteur dans le monde, elles sont insuffisamment capitalisées. Et compte tenu du fait que l’Algérie se dirige vers une politique d’exportation agressive, ces entreprises ont intérêt d’entrer en Bourse. Pour pouvoir atteindre la capitalisation d’une bourse comme celle de Tunis qui tourne aux alentours de 10 milliards de dollar, avec une moyenne de 60 à 70 entreprises cotées, le facteur majeur est d’orienter les entreprises publiques à venir en Bourse. Nous allons les renforcer en termes de capitalisation. Sur le plan local, elles deviendront plus bancables. Quant aux entreprises privées, elles ont un réel problème dans la transmission, vu l’âge avancé de leurs leaders. Et la Bourse intervient comme un des meilleurs moyens pour garantir la pérennité de ces entités. D’autre part, les entreprises cotées en Bourse bénéficient de nombre d’avantages fiscaux comme la réduction de l’IBS à hauteur du taux de couverture et sur une période de cinq ans. Ce n’est pas tout. Il est également question de l’image de la société. Biopharm qui est entrée en Bourse en 2017, est citée par l’une des plus grandes places financières dans le monde qui est London Stock exchange qui parle d’elle comme une société leader dans son secteur, et qui a une marge de progression qui force l’admiration. J’ajoute un élément important.

Lequel ?
En Algérie, nous labellisons nos produits, ce qui une excellente chose, mais nous devons aussi labellisé nos entreprises, et la Bourse est le meilleur label pour elles. Une telle introduction signifie que l’entreprise en question réponde aux standards internationaux de la gouvernance et de transparence. Par ailleurs, les entreprises, notamment celles activant dans l’industrie, font face à un autre problème inhérent aux difficultés de retenir les salariés. Une société qui décide de se coter en Bourse peut réserver une partie de son capital à ses salariés, ce qui renforce le sentiment d’appartenance. Aux grandes entreprises, la condition d’introduction en Bourse est d’ouvrir 20% de leur capital, ce qui n’affecte en rien leur contrôle. A contrario, cette contrainte les mènera à améliorer leur gouvernance. Aujourd’hui, nous voulons des entreprises selon les standards internationaux. Nous sommes dans une économie mondialisée, et ces entreprises doivent comprendre l’impératif de suivre ce train de la mondialisation.  

Pendant que des entreprises, y compris celles à qui l’aval du CPE a été donné, n’adhérent toujours pas en Bourse, d’autres, comme la BDL, se dite prête, mais non sollicitée. Un paradoxe, n’est-ce pas ?
L’ouverture du capital est une décision souveraine du propriétaire de l’entreprise. Sur ce plan, le CPE a donné n 2013 son aval à huit entreprises publiques à entrer en Bourse. Une tentative de la cimenterie Ain El Kebir a été faite, mais n’a pas abouti.  Récemment le Premier ministre a annoncé que les entreprises et banques publiques n’iront pas en Bourse. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, une telle décision peut être salutaire à la Bourse. Pour l’exemple de cette cimenterie, on a voulu, en vain, lever 19 milliards de dinars parce que le marché est réduit. Si on verra venir Mobilis, Cosider ou CPA, à titre d’exemple, ca sera des capitalisations extraordinaires. Il faut laisser le temps au marché de grandir d’une manière graduelle.

Certains analystes reprochent à la SGBV le manque de performance comme alternative au financement. Une réponse ?
Quand on parle de non performance, sur quoi  ces analystes s’appuient-ils. Si on regarde le cheminement des introductions, elles sont très éparses dans le temps. Je le dis tout haut : on ne peut pas parler de performance de marché, avec une profondeur aussi limitée du marché. Avec les 5 entreprises, on n’a que deux séances de cotations par semaine, et, tout au plus, 40 ordres dans le mois. C’est insignifiant. Nous invitons les entreprises à venir.

Pour la dynamisation du marché financier, vous misez sur les start-up. Où en êtes-vous au juste ? Et comment ces entreprises peuvent apporter une plus-value, sachant qu’elles ne sont pas dotées d’un capital important ?
La Bourse est un marché réglementé. Les conditions d’accès sont claires. La société, même la PME, doit être une SPA. Dans la mesure où son capital est inférieur à 500 millions de dinars, on considère qu’elle a les capacités d’être en Bourse. Très prochainement, espérons le avant la fin de l’année, on verra l’entrée en Bourse de la première PME, AOM invest, spécialisée en tourisme thermal. J’espère que ca sera un déclic pour les autres PME. Pour les start up, on reçoit un nombre important de demandes d’éclaircissement et de renseignement dans le domaine de hi-Tech.

Disons-le tout net, n’est-il pas grand temps d’aller vers les assises de la Bourse ?
C’est une bonne idée sur laquelle nous avons déjà discuté. Nous devons aujourd’hui d’abord si les actions menées dans la communication, d’implémentation de notre système d’information…ont permis un certain intérêt chez les investisseurs. Tout débat qui fera avancer les choses, est le bienvenu.  
Entretien réalisé par Fouad Irnatene
 

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